LE SEIZIEME IECLE
prône et applique. (( V oi\à comment iI faut parler des choses, avec preuves fondées sur quelque raison... II (Discours admirables; Ill, T raité de for potable).
Encore la méthode serviraite\le de peu, sans les qualilés morales qui sont nécessaires pour diriger l"action. Au précepte, notre observateur ajoute l"exemple. Où trouver un plus admirable modèle de volonté ?
II nous raconte les épreuves qu'il a subies avant de réussir à fabriquer ces émaux dont il entrevoyait la rare beauté, Que d'années de labeur! Que de tentatives manquées! Que de déceptions! (( Quand j'avais appris à me donner garde d'un danger, il m'en survenait un autre, lequel je n 'eusse jamais pensé. II II est près de renoncer à la tâche qu'il s'est imposée; il touche aux limites du désespoir. II continue cependant, sacrihant tout son bien, bravant la calomnie: car on l"appe\le faux monnayeur, et il s'en va par les rues, II tout baissé comme un homme honteux II. Mais il se redresse; iI ra\lume son fourneau; il a trouvé, sinon les causes, au moins l"une des causes de son insuccès; il veut essayer un procédé nouveau. Et fort de sa volonté, conhant en sa raison, averti par l"expérience, iI recommence son æuvre. E\les n'ont pas vieilli, les pages où Bernard Palissy nous raconte cette émouvante histoire, qui est comme Ie symbole du labeur de l"humanité; elles n 'ont pas viei\li : e\les sont immortelles.
de Montaifme laissa tomber ce nom d'Eyquem, qui rappe/ait ses origines bourgeoises.
Aussi bien fut-il élevé en gentilhomme : on fit venir d'Aliemagne un précepteur qui, ne sachant pas un mot' de français, avait charge de ne lui parler que latin : to us les habitants de la maison, et jusqu'aux domestiques, apprirent ce qu'il fallait de cetfe langue pour jargonner avec fenfant I( N ous nous latinizames tant n, écrira-t-il plus tard, I( qu'il en regorgea jusques à nos villages tout autour, OÙ il Y a encores.., plusieurs appellations latines d'artisans et d'outils. n QuanJ il eut sept ans, on Ie mit au collège de Guyenne, à Bordeaux. La maison était illustre, les professeurs faraeux : Guérente, Buchanan, Muret; il y resta six ans, sans aucun profit, à l' en croire (Essais, I. xxvI).
II étudia Ie droit et, à vingl et un ans, entra dans la magistrature; il fut conseiller à la Cour des Aides de Périgueux (1554-1557), conseiller au Parlement de Bordeaux (1557-1570). II nesemble pas qu'il ail jamais eu beaucouþ de goût pour ses fonctions.
Un des grands événements de sa vie morale fut ramitié qu'il contracta aVec Etienne de la Boétie, conseiller, comme lui, au Parlement de Bordeaux; une épidémie lui enleva, dès Ie mois d'août 1563, cet ami incomparable (Essais, I. XXVIII). Nous aVons de lui, datant de cetfe période, une letfre qu'il écrivit à son père sur cette mort (elle fut publiée avec les æuvres de la Boétie, en 1570), et la traduction d' un traité composé par un théo/ogien qui avait professé à Toulouse au X V, siècle: la Théologie naturelle de Raymond Sebonde (1569), La plus saVoureuse biographie de Montaigne est consliluée par les Essais eux-mêmes. Voir, pour la compUter : Paul Bonnefon, Montaigne, l"homme et l"æuvre, 1893; Malvezin, Michel de Montaigne, ses origines et sa fami\le, 1875; Grün, la Vie publique de Michel de 1\10ntaigne, 1855; Paul Bonnefon, Montaigne et ses amis, 1898.
Les citations des Essais sont failes d' après r Mition de Bordeaux, 1906-1920.
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MICHEL DE MONTAICNE.
IÕ.cole française du XVl e siècle (musée Condé. à Chantilly),