‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 271 sur 402 · TITRE DE L'ÉDITION DES (( ESS"S " DE · texte numérisé non relu

TITRE DE L'ÉDITION DES (( ESS"S " DE

æuvres portent un caractère personnel nettement marqué; et Horace, encore, quiåvouemollement son idéal de vie facile et voluptueuse; au point que Montaigne, en citant ses vers, pourrait se les appliquer à lui-même, Et puis, en l'an 1578, à quarante-cinq ans, il reçoit une visiteuse imprévue : la souffrance entre dans sa vie. La maladie de la pierre, héréditaire dans sa famille, vient brusquement l'assaillir. Plusieurs crises l'amènent aux portes de la mort, Cétait Ie cas de voir ce que pouvait sa philosophie contre les accidents naturels, d'essayer parmi ses maximes celles qui resteraient eflìcaces. II est obligé de s'étudier constamment, pour dompter Ie mal avec lequel il sera désormais toujours aux prises, C'est ainsi quïl en est venu peu à peu à cette formule : (( Je n'ai d'autre objet que de me peindre moi-même. II Elle l'a séduit, parce qu'un pareil dessein était très neuf, et que personne, même dans I'Antiquité, ne l'avait expressément formé; ensuite, parce qu'elle convenait à un gentilhomme qui voulait écrire, mais d'un air dégagé et san

qu'on pût Ie prendre pour un pédant; et enlìn, parce qu'elle lui permettait de poursuivre ses expériences morales, tout en sauvegardant son sens du relatif. II présentait ce qu'il trouvait en lui-même, sans plus: aux autres de voir ce que ces observations valaient pour eux. Ce n'en était pas moins un programme, qui va diriger maintenant la composition des Essais, Le portrait moral et physique qu'il va nous donner, il ne I' entreprend d'abord, s'il faut en croire I'Avis au lecteur qui précède l'édition de 1580, que pour ses parents et ses amis : de manière qu 'après sa mort, ses familiers puissent Ie retrouver dans son æuvre. Dans un passage des Essais qui date de la même époque, il va jusqu'à dire que, sïl fait im;:>rimer son livre, ce n'est pas pour Ie public, - car Ie public n'en a que faire; - il veut seulement s'épargner la peine d'en faire exécuter plusieurs copies manuscrites. Conception dangereuse, si elle avait engagé I'auteur à ne se peindre que par ses traits les plus particuliers.

Heureusement, et par un nouveau progrès, il l'abandonnera pour voir plus largement les choses. Tout homme, dira-t-il en 1588, porte en soi (( la forme entière de l'humaine nature II ; quiconque me lit, peut se reconnaître en moi et tirer prolìt de mon expérience, Ne me dites donc pas que ma vie ne présente aucun événement digne de retenir votre attention: il n'y a pas que les héros de Plutarque qui vaillent la peine d'être examinés, car (Ion attache aussi bien toute la philosophie morale à une vie populaire et privée qu'à une vie de plus riche étoffe II. Conception féconde, cette fois : Montaigne passe du particulier à I' universe\.

En 1588 aussi, dans l'essai intitulé De T expérience, il a indiqué ses idées sur la méthode de la connaissance et donné à la peinture du mOl sa pleine signilìcation. S'il a renoncé à croire que l'esprit humain est incapable de distinguer la vérité, il estime que ses contemporains tourncnt Ie dos à la route qui seule peut conduire vers elle. Savoir, pour eux, c'est répéter une leçon; un exemple n'a de valeur que s'il est imprimé; ils confondent l'érudition avec la sagesse. Au contraire, fermons les livres et observons la nature; ou, si Ie livre reste ouvert, quïl nous aide seulement à déchiffrcr les choses I L'expérience, que nos savants méprisent, nous instruira, et les faits les plus familiers, si nous savons les

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