‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 28 sur 402 · E E 1.LJ '"-",- QU · texte numérisé non relu

E E 1.LJ '"-",- QU

- '" (J (J tIJ ..c-:::::; o (J Q)- V} ::J c",gt>O .::1 U to:

-0 tIJ >< '" VJ .tIJ -C :::J '" Lù E tIJ C ffJ ....

-o ra .

'" .. -0 0::t>O "'oD . == ' (j '""E gN

ct) u .

tIJtIJ c..

::s . -OM t: 'f

tIJ U (J

VJ e::

Lù J ..:

> Lù :r U

Lù

::> < 'Lù e::

VJ z o U Lù Z ,Lù

""":'õE;; ct) ct)-::s GJ .- c: --

OÕ(ra OCJ

-S to: .... J,." 0

- CO ("J :::J 0", -0 tI1 C ..

V ra

QJ ....C"O:JOI)C

\Jra ::s u t>O"'O

,,, u 0 C""" ::S-t;- -", '" ::s Q);;" ...c V V ...to: ...

;;.. OCJ (j ... C ...v 0 ..... 'v -::V C .. c ct) .ct)--

-O= Q).....- c ra-

.. u U ...E ë E QJ Õ :

Q) to:::S QJ C (J C"''--C .:::J..

:::J Q).- -oU Ôj g :::J >< ,'" -C C GJ::J...c""'"'"'lll ':'=raU...

Lù Q Lù < e::

Q 'Lù :r

< Lù Q Q e::

'" ..., ff- :ï

\ }r ok-.

IL kn

LES RO:\IAi\S COU RTOb - 19

JIll

littérature : Ie nom d'Artus, répandu parmi les Bretons armoncams, a pu êtrc introduit en Italie par tels ou tels d'entre eux, venus en ce pays à la suite de Tancrède, et Ie nom de Galvanus, qu'on trouve aussi sous les formes variées de Galgano, Gualguano, ne saurait être identif.é de façon certaine, au moins dans les textes les plus anciens, avec Ie nom breton de Gauvain (Galvaginus sur Ie portail de Modène). A qui ne tient compte que des textes conservés et de ceux dont l"existence est dûment attestée, il ne se présente qu' un seul auteur qui, avant Chrëtien, ait traité de la légende arturienne, un auteur dont Ie rôle parait avoir été capital dans l"é aboration et peut-être dans la création de cette légende. Cétait un clerc, pourvu d'une lecture abondante et doué d'une imagination avide de merveilleux, qui, en 1135, dédia une Historia regum Britanniæ à Robert, duc de Gloucester: il se nommait GauÍrei, était né à Monmouth, et mourut en 1154, évêque de Saint-Asaph, Les plus anciens monuments littéraires que nous possédions aujourd'hui touchant I'histoire de la nation bretonne sont Ie De excidio Britanniæ de Gild as (vers 540), I"Historia ecc/esiastica gentis Anglorum de Bède (vers 730), et I"Historia Britonum de Nennius (976). Le propos déclaré de Gaufrei de Monmouth était de compléter I'information de Gildas et de Bède sur la période antérieure à l"ère chrétienne et, postérieurement à cette date, sur les exploits d'Artur et de ses compagnons. 1\ raconte donc comment Brutus, fils d'Ascagne, petit-fils d'f.née, fonda l"empire breton, dont l"histoire se rattache ainsi à celie de T roie; puis, descendant Ie cours des temps, il établit dans Ie détail la généalogie des princes de Bretagne et raconte les événements de leurs règnesjusqu'au moment OÙ les Saxons établirent leur domination sur Ie pays.

En ce récit rapide et bref. il a réservé une place relativement très large à l"énumération des prophéties de Merlin. ainsi qu'à l"histoire d'Artur, de sa naissance merveilleuse, de ses vaillantes actions, consacrant à ce double sujet cinq livres sur douze (du septième au onzième), cinq livres OÙ nous trouvons pour la première fois et, presque au complet, les éléments des fictions ultérieures. Or, au dire de GauÍrei, l"ouvrage serait la traduction de livres bretons: mais, en réalité. il a été forgé de to utes pièces par Gaufrei lui- même; et cette relation fabuleuse, dépourvue de tout caractère populaire et national. est la création artificielle et fantaisiste d un lettré, qui y a réuni des é!éments bigarrés et dis;::arates, quelques-uns de provenance ce\tique, beaucoup de provenance gréco-Iatine, Elle se prop age a avec rapidité, et dès 1155 elle étalt traduite en français par Wace. Elle exerça une inP.uence considérable sur notre littérature et c'est d'elle que procèdent la plupart des romans dits bretons. Dans la mesure où ceux-ci doivent quelque chose à une autre source que la seule imagination de leurs auteurs, ce n'est pas à des poèmes celtiques qu'ils se rattachent: c'est à une æuvre de clerc, à une sorte de mystification littéraire, par laquelle Gaufrei a (( lancé II la poésie bretonne, un peu comme, huit siècles après, Macpherson devait lancer l"ossianisme. D'ailleurs. dépassant bientôt leur modèle, les poètes Írançais ne se firent pas faute d'inventer à leur tour, ainsi que Gaufrei leur en avait donné l"exemple, Un lettréd'Angleterre avait donné I'exemple et les romans dits bretons ont pu f1eurir en France sans que la Bretagne ait jamais rossédé de romans nationaux. Quand nous en parlons, il faut bien savoir qu'ils ne sont bretons que par Ie lieu de la scène et par Ie nom des personnages, bretons par l"effet d'une couleur artificiellement obtenue, comme les Natchez sont un roman des Florides, comme Ie Roman de la momie est un roman d'f.gypte.

Les romans de Chrétien de Troyes, les p:us anciens que nous ayons conservés et peut-être les premiers qui aient existé de ce genre, justifient déjà ces observations. Chrétien avait pratiqué Ie roman antique: c'est par une transition qui devait être féconde en conséquences, mais qui fut d'abord presque insensible, qu'il passa à des poèmes d'une nouvelle sorte. Durant toute sa carrière poétique et à quelques dÉtails près, il resta fidèle à sa con-

. '- 'il '-:! - .... "

1 \.tlttiS lItacn(

fplC'"

d)l,fc dCII hit!

tt ;xrpu' l\l'" qUIt\.

\1\ tnit- uí111C' nu . q n

EREC A LA CHASSE (8. N" ms. français 24403),

ception initiale, qui était celie de Benoit de Sainte-Maure. celie des auteurs de Thèbes et d' Eneas: une belle histoire de chevalerie et d'amour, riche en traits merveilleux, et ornée des plus belles f1eurs de rhétorique. Mais, par rapport aux poèmes imités des anciens, la série de ses romans inaugurée par Erec offre deux particularités : un merveilleux d'un ton nouveau et une étude complaisante des problèmes psychologiques et moraux relatifs à I'amour, Déjà dans les romans antiques Ie merveilleux abondait: mais il visait à l"éblouissement des yeux : Chrétien, sans renoncer à cette ressource. lui a préféré les effets poétiques qu'engendre Ie sentiment du mystère, et ce sont les mêmes effets que, par les mêmes procédés, rechercheront après lui to us les auteurs de romans arturiens, De même, I'étudc des sentiments amoureux était aussi un des éléments du roman antique, OÙ il avait été introduit sous l'influence des ouvrages d'Ovide; mais Chrétien a eu Ie mérite, malgré trop d'indulgence pour les formules convention nelles, d'y faire une place plus large que ses prédécesseurs aux mæurs de son temps et d'avoir su exprimer les préoccupations vivantes de la société mondaine où il a vécu. Déjà dans Ie roman d'Erec, qui fut écritvers 1168, les principales lignes de sa manière sont arrêtées; mais, dans cette histoire d'un chevalier qui conquiert sa femme par sa prouesse et se met ensuite à courir en sa compagnie toutes sortes d'aventures, c'est l"élément merveilleux qui prédomine et la majeure partie de l'intérêt s'attache aux descriptions d'objets rares et magnifiques, aux récits de combats qui mettent aux prises des chevaliers mystérieux, aux épisodes étranges, comme celui de la (( Joie de la Cour II où l"on voit Erec forcer I" entrée d' un verger merveilleux, endos d'une infranchissable muraille d'air, y combattre un chevalier, retenu là par un enchantement, Ie vaincre et, à la joie de tous, relever Ie vaincu d'un serment qu'il avait fait à sa dame: car illui avait juré de rester enfermé tant qu'il n'aurait pas été abattu. L'intérêt psychologique du roman ré;ulte seulement des épreuves qu'Erec impose à f.nide pour s'assurer de son amour:

il lui a donné l"ordre de garder un silence absolu tout au long de leurs communes aventures, ordre qu'elle ne peut s'empêcher de transgresser toutes les fois qu'un danger nouveau menace son époux.

Tì J

rr rrl r

BonE A MIROIR EN IVOlRE, - Le Siège du château d'Amour, (Musée de Florence; art français du XIV" siècle),

t I. Alinali.

Page 1