LA PHILOSOPHIE ET LA RELIGION
correspondance, par ses ouvrages. Ce fut un prédicateur très goûté et toujours prêt à parler. Pendant son voyage de 1602, il prêcha à Paris une centaine de fois en six mois, Pendant Ie voyage de 1619, qui dura un an, il prêcha tous les jours.
II n'aimait point ces plans logiques qui allaient plaire au c1assicisme. II composait comme Montaigne, dont iI estimait I'art et d'ailleurs la pensée, Son sermon était une causerie. Seulemmt, tandis que chez Montaigne Ie mouvement des idées était déterminé par la démarche de son propre esprit, il I'était chez saint François de Sales par Ie désir de satisfaire aux curiosités successives des auditeurs, qu'il savait deviner sur les visages.
Par un autre trait, saint François de Sales était demeuré un homme du XVl e siècle, et peut-être fut-il même à cet égard un attardé en son temps, bien loin d'annoncer les grands sermonnaires de I'âge suivant. Ceux-ci, pour rendre la prédication digne de la chaire chrétienne, voudront la rendre d'abord évangélique et biblique; ils condamneront les anecdotes tirées des historiens ou des philosophes de I'Antiquité profane, les allégories, les comparaisons ingénieuses; l'E:criture seule leur fournira les textes, les exemples, et même les ornements du style. Saint François de Sales était moins exclusif. Certes, iI ne voulait point faire æuvre qui ne fût toute chrétienne, Mais, pour atteindre Ie but, il ne dédaignait aucune voie. Sans rechercher cette érudilion et ces Aeurs de langage que les réformateurs de la chaire allaient bientôt considérer com me des ingrédients nocifs, iI ne s'interdisait pas, lui, d'en user quelqudois. Cette prédication, qui n'était point neuve par sa méthode, I'était par sa matière. Assurément, saint François de Sales n'a pas imaginé de prêcher sur la morale; mais personne encore n 'avait fait de la morale I'objet principal de la prédication ni surtout n'y avait apporté Urìe telle entente de la diversité des âmes. Ce fut un premier Bourdaloue, non moins pénétrant que Ie second, plus attrayant, plus cordial, et d'une finesse incomparable.
C'est surtout par sa correspondance que I'on juge bien la pénétration de sa psychologie et la diversité de ses dons, Religieuses, grandes dames, magistrats, gentilshommes, chacun reçoit les conseils et les encouragements appropriés à son caractère et à sa situation. Chacun est engagé, puis soutenu, dans Ie chemin OÙ il réalisera Ie genre particulier de perfection auquelle destine sa personnalité, Chacun en tend Ie langage susceptible de Ie persuader. Mais avec tous Ie directeur a la contenance d'un gentilhomme, la fermeté et la tendresse d'un père. A tous il applique cette règle essentielle : (( II nous faut, Ie plus qu'il est possible, agir dans les esprits, comme les anges font, par des mouvements gracieux et sans violence, )) L'lntroduction à la vie dévote procède de la correspondance. Non pas que ce livre ait été fait avec des fragments de lettres, II a été composé pour I'ensemble des chrétiens. Mais il est bien Ie fwit de I'expérience acquise par la direction individuelle. Ce n'est pas un traité, c'est une causerie, où I'auteur se met directement en contact avec I'âme inconnue qu'il conduit à Dieu; ill'interpelle, illui dit son affection, il I'appelle (( sa chère Philothée )). Le nombre des Philothées de saint François de Sales fut incalculable. Publiée à Lyon en 1609, l'lntroduction eut, sous sa forme première, quarante éditions en onzeans, L'édition définitive n'eut pas moins de succès. En 1656, I'ouvrage avait été traduit en dix-sept langues, On Ie citait à Genève chez des calvinistes, à Londres chez des anglicans. Ce qui aUJourd'hui encore charme aussitôt Ie lecteur de l'lntroduc-
(.,1. (ì. ton.
UN PAYSAGE SAVOISIEN aimé de saint François de 5ales : I'ermitage de saint Bernard de Menlhon, au-dessus de T alloires