‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 292 sur 402 · VAUQUELIN DE LA FRESNAIE · texte numérisé non relu

VAUQUELIN DE LA FRESNAIE

:g Jean Vauquelin naÎt à la Fresnaie-au-Sauvage, près de F alaise, ou à F alaise même, en 1536. II étudie d' abord à Paris, où i/ fréquente les poètes de la Pléiade et assiste à la représentation de la C1éopâtre de Jodelle, puis à PoWers, où i/ se lie aVec Sainte-Marthe. II y publie ses F oresteries en 1555. De retour en Normandie, il se marie, devient lieutenant général, puis président au présidial de Caen. Très honnête homme, bon magistrat, dévoué à sa petite patrie, excellent Français, il est député aux Etats généraux de Blois en 1588 et soutient, après la mort de Henri I II, Ie parti de Henri IV. Desportes l'encourage à se remettre à la poésie. II publie ses Vers lui-même, mais sans rééditer les F oresteries, en 1605, II meuri peu après, en 1606 d'après les uns, en 1608 d'après les autres, æuvres : F oresteries, à Poitiers, 1555; Les diverses poésies du sieur de la Fresnaie Vauquelin (I'Art poétique, Satyres françoises, Idillies, Ë.pigrammes, Ë.pitaphes, Divers Sonets), à Caen, 1605; réimpression par Julien Travers, à Cacn, 1869-1870. Editions modernes de rArt poétique : en 1862, par Genty'; en 1885, par G. Pellissier.

Etude d'ensemble : A.-P. Lemercier, Ë.tude littéraire et morale sur les poésies de Jean Vauquelin de la Fresnaie, 1887. Sur les Satyres, voir /. Vianey, Mathurin Régnier, 1896,

V AUQUELIN épouse Ie goût des poètes de son temps. Ses Foresteries de 1555 sont Ie divertissement, souvcnt fort leste, d'un étudiant qui vient de lire en 1553 des Folastries, OÙ la Muse de Ronsard, dépouillée de toute prétention au pindarisme, s'est faite aussi gauloise que ce!le de Marot.

Ses /dillies ont de I'agrément. Achevées en 1582, dies ont été composées au temps OÙ régnait Desportes, et manifestement .sous son influence. Les meilleures sont des odelettes, toujours au moins aussi précieuses, mais parfois presque aussi alertes que les chansons de Desportes. Plusieurs tiendraient une place honorable dans une anthologie de la chanson française, celle-ci, par exemple :

A ce matin, ce doux Zephire, Ou'on vit par ce bocage bruire, Ët cet air frais et douce/et, 8 ui nous Ie donne} Est-ce I' Aurore } u si ce plaisant vente/et Vient voir ici sa dame FIord

-"" .r,- ..>!; #.'V, ....'"A".T4t.Io<'.TJl'....." ,.." v p>,.,.,,' r,... I- 'V J. - - - '3t' 'il"" );.# .I\.? .):"-.t:1(' %

tJ .

..> ! it" .t.

.u I.MIIIII .':.io ," "" .... .O'lllt" ... ..'

.., "': .., A..UIOU ..

. llt ," ... .

Jt.

r ) ro;'y

it . · ' þ'>( t , , C I ;

. ell Lnlln T ".'cow"

-i:'CT; ...-yo \':"V"' .

' <by-' . Î fJJ .

Ir .

II"; r:iJ ' , ,' G 1Ia....- .....

Ii'

RELIURES DU XVI" ET DU xvII" SIÈCLE.

Ha! c' est Philis, qui vient, qui mene Amour enchêné d'une chêne F aite de roses et de Heurs.

Elle arrive comme Deesse.

Arriere, ennuis, arriere, pleurs I Le Ris la suit et r Allegresse, Quelques-uns de ses Sonnets comptent parmi les plus estimables qu'aient produits, à la fin du XVl e siècle: pour la forme, I'imitation des Regrets; pour la pensée, Ie retour à I'inspiration morale et chrétienne :

Hé! qu' est-ce que du monde? une vanité pure: I.' un veut suivre la guerre, et r autre aime à plaider : L'un des astres se veut, rautre d'herbes aider: L'un veut estre prelat, et rautre n'en a cure... Mais qu'avient-il de nous? Nous nous voyons mourir, Sans qu. estats ni moyens nous puissent secourir: Qui pense estre Ie mièux se trouve estre Ie pire.

En quali/ìant ses Satyres de française5, il a fait croire longtemps qu'il y avait peint d'après nature les mæurs de son pays. En réalité, dies ne sont guère que des traductions des satires italiennes réunies dans Ie recueil de Sansovino (Sette libri di Satire, Venise, 1560). Arioste, Bentivoglio, Alamanni, Vinciguerra, Nelli, Sansovino, ont fourni à peu près tous les traits de ce portrait, OÙ Vauquelin a la prétention de nous faire reconnaître la société française de son temps, I I doit au recueil de Sansovino jusqu'à sa préface. Mais ses Satyres, malgré leur origine presque toute livresque, n'en ont pas moins inauguré chez nous la satire régulière.

Son Art poétique n'est point hostile à la Pléiade. Sur tous les points essentiels, Vauquelin reprend la doctrine de Ronsard et de du Bellay. II veut qu 'on enrichisse la langue poétique par des emprunts aux idiomes provinciaux ct aux vocabulaires techniques. II proscrit bal!ades et rondeaux, préconise odes, épopées, tragédie5 à la manière des Anciens. Les modèles qu'iI propose à l'imitation sont Ronsard et du Bellay. Pourtant, ce n 'est pas en vain que plus de cinquante ans se sont écoulés entre la Défense et cet Art poétique qui se publie I'année OÙ Malhelbe apporte à Paris une doctrine opposée à celie de la Pléiade.

Si /ìdèle qu'il croie être demeuré à Ronsard, Vauquelin s'écarte de lui en ce qu ïl est, com me Desportes et Bertaut, suivant Ie mot de Boileau, II plus retenu )1. II répète les revendications du manifeste de 1548, mais il ne les répète qu 'avec modération :

Si quelques mots nouveaux tu veux mettre en usage, Montre toi chiche et caut à leur livrer passage. Le sage esprit de réserve, qui dans ces deux vers prémunit contre une audace excessive Ie poète tenté de créer des mots, se retrouve dans toute la doctrine de Vauquelin, Celle-ci se ressent aussi du succès qu'ont obtenu des æuvres d'inspiration religieuse com me les /uives de Garnier et la Semaine de du Bartas. Contrairement à I'Art poétique de 1674, I'Art poétique de 1605 préfère les héros chrétiens aux héros mythologiques :

Plût au ciel que, tout bon, toutchrestien et tout saint, Le F rançois ne prist plus de sujet qui fust faint I 1\ lalherbe, lui aussi, condamnera les fictions, Vauquelin, sans renier Ronsard, a préparé la voie au réformateur,

<oJ Q{ "QI

Malherbe

:3 François de Malherbe est né à Caen en 1555, Son père étail conseiller au présidial. V oulant être, non magistrat, mais soUat, il se !ìt attacher à la personne du duc d'Angoulême, !ìls naturel de Henri II, grand prieur de l'ordre de Malte, gouverneur de Provence. A Aix, OÙ il suivit son maître et demeura dix ans, il se lia aVec Peiresc, qui devait devenir son correspondant !ìdè/e; avec du Périer, dont il a immortalisé la !ìlle; avec Ie président du Vair, et ce rétormateur de notre prose exerça sans doute une gran de influence sur Ie futur réformateur de notre poésie. Après l'assassinat du grand prieur, en 1586, Malherbe rentre à Caen; mais, en 1595, il

Tepart pour Aix. Dix ans plus tard, du Perron dil un jour au roi que personne en France ne doit plus se mêler de faire des Vers après un gentilhomme de Normandie, 1\1, de Malherbe, qui vil retiré à Aix, Le poète est mandé à Paris, II adresse à Henri I V la Prière pour Ie roi partant en Limousin. Son succès est immense. II est prié de rester à la cour, reçoit Ie titre de gentilhomme de la chambre, est logé chez Ie duc de Bellegarde, II est désormais Ie poète officiel. II chante la gloire du roi, dont il s'abaisse aussi parfois à chanter les passions. II reste en laveur auprès de la régente, puis auprès de Louis XIII et de Richelieu. II ne quitte plus Paris. II échange aVec Peiresc, demeuré à Aix, des letlres précieuses pour nous. II fréquente chez Mm. de Rambouillet. II préside impérieusement un petil cercle d'amis, qui se réunit chaque jour dans sa très modeste chambre pour causer de littérature : là il censure les vers de ses prédécesseurs, amende ceux de ses disciples, explique la bonté des siens; il rature Ronsard, il encourage Racan et Maynard; il discute la justesse d'une rime et la propriété d'un mot, Son !ìls ayant été tué en duel, Malherbe poursuivil l'adversaire. Comme Ie procès se pro/ongeait indé!ìniment, il partit en 1628 pour La Rochelle, assiégée par Ie roi : il espérail que Ie prince ne refuserail rien au poète qui venail de cé/ébrer dans une ode retentissante Ie départ de l'armée royale. II ne Jut pas même reçu, prit la !ìèvre, et revint mourir à Paris. La première édilion de ses CEuvres complètes date de 1638, Edition moderne, publiée en 1862, par Ludovic Lalanne, dans la Collection des Grands Ecrivains, Sainte-Beuve, Tableau de la Poésie française au XVl e siède; G. Allais, Malherbe, 1891; Ferdinand Brunot, la Réforme de l\1alherbe, d'après Ie (( commentaire sur Desportes )), 1891 ; F. Brunetière, I'f.volution des genres, 1890; duc de Broglie, l\1alherbe, 1897.

I\IALHERBE veut être de son temps, Sans doute, il s'inspire à I occasion des Anciens et de la Bible, l\1ais il prend à Horace et à Sénèque seulementcequi, étant d'une vérité éternelle, peut intéresser un contemporain de Henri IV, et quand il paraphrase les Psaumes, il grefle sur Ie texte biblique des pensées du XVlI e siècle. Quels sont ses thèmes Iyriques? Dieu, dont iI défend la providence contre les libertin5 (Ps. VIII) ; - I'homme, dans lequel il voit un être misérable, faible de corps, borné dans son intelligence, en proie aux pas5ions, mais Ie lieutenant de Dieu (ibid.); -Ia royauté, dont iI s'est fait un idéal conforme par avance à celui que Bossuet exposera dans la Polilique tirée de I' Ecrilure sainte : Ie roi s'appuyant sur les lois; bon, mais ferm et autoritaire; sûr, s'il est juste, d'être protégé par Dieu (Prière pour Ie roi allant en Limousin):la France, qu'il veut forte au dehors, paisible au dedans, unie (Ode à Marie de Médicis, Ode à Louis XIII), Et ses idées, ce sont celles de presque tous les Français au début du XVlI e siède.

Com me il ales idées de son temps, Malherbe les exprime dans la langue de son temps. II exclut les latinismes, les composés, les dérivés, les provincialismes, désolé de son impuissance à dégasconner la cour. II débarrasse Ie vocabulaire et la syntaxe de tout ce que I'usage a répudié des innovations de la Piéiade. Quand il demande que I'on parle comme les crocheteurs du Port au foin, ce qu'il veut en réalité, c'est que ron parle comme parle un Parisien dont Ie vocabulaire est puisé dans Ie fonds commun à toutes les professions. Celie poésie s'adres5e à la raison. C'est pourquoi elle vise d'abord à la plénitude, En une strophe, il condense une ample matière :

FRAr.ÇOlS DE MALHERBE.- Portrait par Daniel du Monstier (B. N., Cabinet des Estampes).

UTTtR, FRANÇ. - I

Quelques blasphémateurs, oppresseurs dïnnocents, A qUI r excès d" orgueiI a fait perdre Ie sens, De profanes discours ta puissance rabaissent ; Mais la naïveté Dont mesmes au berceau les enfants te confessent C1ôt-elle pas la bouche à leur impiété?

Son Psaume VIII contient une conception des rapports de l'homme avec Dieu et avec la nature, Sa Prière pour Henri I V est tout un sermon sur les devoirs des rois, Son Psaume ex LV en est un autre

,,' . It: .. 1 ", . - ..

tI. L ">:L ." . ,.....;

if.r..' : \ . - .

--- " " ;{ WIÍt" - .

Page 1