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Bien est-il malaisé que I'injuste licence Qu'ils pre,!nent chaque jour d'afßii!.er I'innocence Ën .quelqu. un de. leurs vreux ne pUlsse prospérer; Mals tout mcontment leur bonheur se retire Et leur honte fait rire ' Ceux que leur insolence avoit fait soupirer.
QuÏI écrive une ligne ou une page, Malherbe dit beaucoup, et iI Ie dit fortement, donc brièvement. II s'interdit les détails de pur ornement, les épithètes superfJues, les répétitions de mots, bref tout ce qui n'est pas essentiel à la pensée, Avec la plénitude, ayant Comme conséquence la sobriété, Malherbe recherche la c1arté.
II met un ordre net dans I'alexandrin, qu'il coupe en deux parties égales; dans la strophe de six vers, dont il oppose volontiers les deux moitiés: dans la strophe de dix vers, où iI place toujours un premier repos après Ie quatrain initial, un autre après Ie deuxième ou Ie troisième vers du sixain final:
Apollon à portes ouvertes Laisse indil!éremment cueillir Les belles feuilles touJours vertes Qui gardent les noms de vieillir.
Mais I'art d'en faire des couronnes N 'est pas su de toutes personnes:
Et trOIs ou quatre seulement, Au nombre âesquels on me range, Peuvent donner une louange Qui demeure éternellement.
La justesse - justesse de la rime, justesse de I'expression - lui paraÎt, autant que I'ordre, l'instrument de la c1arté. II ales à peu près en horreur. U ne querelle qu'il fait souvent à Desportes, c'est d'employer un mot pour I'autre, c'est de ne pas savoir distinguer deux termes un peu semblables (consommer et consumer); c'est de ne pas discerner la nuance qu'un préfixe ajoute au radical dans un mot composé. Lui n'admet pas qu'on donne à plainte Ie sens de complainte, à conjurer celui d'adjurer.
Comme il est soucieux du vrai ser.s des mots, iI recherche Ie mot qui convient, Ie mot de circonstance. Par exemple, là OÙ Ie Psalmiste salue Dieu d'un titre beau en soi, mais sans rapport avec I'idée du poème, l\1alherbe substitue au texte un titre plus approprié. Et Ie mot choisi comme étant celui de la situation est aussi placé avec justesse, c'est-à-dire là OÙ il doit servir à la parlaite intelligence de la pensée. Boileau a raison; c'est Malherbe qui a enseigné à nos écrivains Ie pouvoir d' un mot mis ee en sa place )).
Ces qualités font une poésie surtout intellectuelle. Comme beaucoup ne sont point particulières à la poésie, ni surtout au Iyrisme, Malherbe, en épurant I'ode, réformait toute notre liUérature. T ous nos écrivains apprirent à son école Ie prix de I'expression juste, sobre, claire, forte, A tous, il enseigna quÏI n'y a pas de chefs-d'æuvre sans une forme parfaite, et qu 'une forme parfaite ne s'obtient pas sans travail.
LoUIS XIII AU SIÈGE DE LA ROCHELLE (fragment). -Gravure de Jacques Callot (B.N" Cabinet des Estampes), Malherbe avait près de soixanle-treize ans quand il écrivit, en 1628, son ode Pour Ie roi allan! châUer la rebellion d"s Roche/ois e! chasser les Anglois : Done un nouveau labeur à tes armes s' apprête : Prends ta foudre, Louis, et va com me un lion Donner Ie dernier coup à la dernière tête De la Rebellion...
sur I'ambition, dont il dénonce la nature, la source, I'opiniâtreté, puis I'aboutissement. 50n ode Pour Ie roi aI/ant châtier la rebel/ion des Roche/ois rappelle tous les caractères et toute I'æuvre d'un règne. Et voici sa Paraphrase du Psaume CXXVllI, OÙ il défend, avec quelle force! Ie dogme de la Providence:
Les funestes complots des âmes forcenées, Qui pensoient triompher de mes jeunes années Ont a"un commun aSs8ut mon repos offensé.
Leur raJ!e a mis au jour ce qu'elle avoit de pire, Certes, je puis Ie dire; Mais je puis dire aussi quïls n'ont rien avancé. r étois dans leurs filets, c. étoit faIt de ma vie; Leur funeste rigueur, qui I'avo:t poursuivie, Mé r. risoit Ie conseil de revenir à soi; Et e coutre aiguisé sÏmprime sur la terre Moins avant que teur guerre N' espéroit imprimer ses outrages sur moi, Dieu, qui de ceux qu'il aime est la garde éternelle, Me témoignant contre eux sa bonté palernelle, A, selon mes souhaits, terminé mes douleurs.
II a rompu leur piège; et de quelque artifice Qu'ait usé leur malice, Ses mains, qui peuvent tout, m'ont dégage des leurs La gloire des méchants esl pareille à celie herbe Qui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe, Croit sur Ie toit pourri d'une vieille maison: On la voit sèche et morte aussitôt qu'elle est née, Et vivre une journée Est réputé pour e1le une longue saison.
Les disciples de Malherbe
Malherbe, malgré son orgueil, n 'avait prévu ni Ie nombre ni la valeur des grands disciples qu'il allait avoir pendant toutle XVIIC sièc1e. En revanche, il se fit illusion sur la fortune liUéraire de ses deux disciples immédiats. Du moins, il ne se trompa point sur Ie caractère de leur talent; à Maynard il accordait I'art de bien faire Ie vers; à Racan, la force voulant dire I'inspiration.