‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 294 sur 402 · MAYNARD · texte numérisé non relu

MAYNARD

:3 François de Maynard, né à Toulouse en 1582, lut d'abord secrétaire de la reine l\1arguerite de Valois. Agé de vingttrois ans quand Malherbe vint à Paris, il fut très vite, aVec Racan, Ie disciple favori du Réformateur. Nommé président au présidial d'Auril/ac en 1618, il ne quitta plus son siège que pour être un moment secrétaire d'ambassade à Rome. Ses séjours à Paris devinrent très rares, II mourut à Aurillac II publia ses Vers /'année de sa mort, à la sollicitation de Combervil/e. Edition moderne procurée par Caston Carrisson, 1885-1888, en trois volumes; mais Ie premier volume reproduit, en les attribuant faussement à François de li1aynard, les CEuvres, publiées en 1613, d'un rimeur nommé François

Ménard; Ie deuxième volume lui aUribue un Philandre qui n'est pas de lui, Etudes: Ch. Drouhet, les Manuscrits de Maynard conservés à la Bibliothèque de Toulouse, /908; F rédéric Lachèvre, Ie Problème des deux Maynard (Revue d'histoire littéraire de la France, /9/0).

]\IAYNARD avait été loué si hautement par ]\Ialherbe qu'il passa d'abord pour un grand poète. II perdit peu à peu cette réputation, quand it eut quitté Paris. II accusa de cette disgrâce I'ingratitude de Richelieu et Ie mauvais goût des Précieuses, sans jamais douter de la revanche que I'avenir lui réservait. Sa foi en sa gloire future s'étale naïvement dans plusieurs de ses pièces, Au reste, s'il s'exagère la valeur de son æuvre, il en connaÎt bien Ie caractère. II ne se vante que de deux mérites : d'abord, it est un excellent ouvrier en vers; Ie divin métier n 'a pas pour lui de secrets; it en voit aussitôt (( Ie faible et Ie solide )1. Puis il excelle dans I'épigramme; ses vers (( ont raffiné rart de railler de bonne grâce n. Son talent est bien là, en efIet, II raille avec élégance, en des strophes parfaitement construites. II a manqué à cet épigrammatiste, pour égaler Catulle et Martial, dont il se croyait Ie rival heureux, I'amertume, la colère, Ie relief, Ie pittoresque, Pourtant, it nous a donné quelques bonnes pièces et d'excellentes épigrammes littéraires; celle-ci, par exemple, où, se moquant d'un écrivain obscur, illui décoche en une dernière strophe cette pointe célèbre :

Si ton esprit veut cacher Les belles choses qu'i! pense, Oy-moy. qui peut t empêcher Oe te servir du silence?

On cite souvent aussi quelques strophes de son Ode à Alcippe, où it développe Ie lieu commun de la mort universelle avec une vigueur presque malherbienne; de tous les vers que lalherbe a directement suscités, ce sont peut-être ceux qui ressemblent Ie plus aux siens : Mais tu dois avecque mépris Regarder ces yetits débris : Le temps amènera la fin de toutes choses, Et ce beau ciel. ce lambris azuré, Ce théâtre où I'amour épanche tant de roses.

Sera brûlé des feux dont il est éclairé.

Le grand astre qui I' embellit Fera sa tombe de son lit, L'air ne formera plus ni grêle ni tonnerre, Et I' univers, qui dans son large tour V oit courir tant de mers et E1eurir tant de terres, Sans savo;r où tomber tombera quelque jour,

RACAN ':: Honorat de Bueil, sire de Racan, appartenail à une v;eille fa mille de noblesse militaire. Né Ie 5 février /589 à Champmarin, sur les confins de l'Anjou et du Maine, ce fils de so/-

..bto.

dat pass a les tre;ze premières années de sa vie dans Ie domaine rustique de La Roche-au-Majeur, en T ouraine, Là, s'il fit de mauvaises études latines, il apprit à s';ntéresser aux travaux des champs. L e meilleur de son æuVre naÎtra des souvenirs de ce milieu champêtre.

A treize ans, il a perdu son père et sa mère.

!l1a;s un pu;ssant protecteur lui reste: Ie grand écuyer de Henri IV, Ie comte de Bellegarde, marié à sa cousine, Anne de Bueil, II est nommé page du ro;. Chez Be Ilegarde , il rencontre Malherbe. Entre ces deux poètes á âge si différent se noue une amitié à laquelle la mort seule meUra fin. Racan, pendant vingt ans, passe Ie meilleur de sa vie dans la petite chambre où s'élabore la réforme de la poésie, et c'est par ses Mémoires sur la vie de ]\Ialherbe que nous connaissons Ie mieux Ie Réformateur. Devenu officier, Racan eut de grands déboires. TimMe, gauche, ressemblant à un paysan, prononçant mal, il ne dépassa pas Ie grade d'enseigne. Les mêmes défauts lui nuisirent auprès des femmes, malgré sa réputation de grand poète, II fut éconduit par sa cousine, la comtesse de !lloret, ancienne favorite de Henri I V, puis par la marquise de Thermes, veuVe du frère de Bellegarde.

A trente-neuf ans, il rentre en Touraine, se marie avec une fille noble très pieuse, se met à aimer Dieu aVec autant d'ardeur qu'il a a;mé les femmes, et ;1 achève sa vie en élevant bien ses enfants, en désintéressant ses créanciers, en écrivant des Vers re/igieux, en allant que/quefois assister aux séances de l'Académie française. II meurt à Paris en /670.

Edition des CEuvres com p lètes, par Tenant de la Tour, /857. Voir Louis Arnould, Racan, /896, 2' éd., /901.

Cl. Giraudon.

L'ÉTÉ (RUTH ET BOOZ). - Tableau de Nicolas Pouss;n (musée du Louvre), " Que Ie solei! est haut! Oesja de ces collines - L'ombre ne iestend plus dans les plaines vo:sines; - Oesja les laboureurs, lassés de leurs travaux, - T ous suants et poudreux, emmènent leurs chevaux.... - Les oyseaux assoupis, la teste dans la plume, - Cessent de nous conter I'amour qui les consume: - L'air est partout s; clair qu'il défend à nos yeux - O'admirer les aaphirs dont il pare les cieux.., )) (Racan, Bergeries).

LA POESI E - 223

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RACAN (8. N., Cabinet des Estampes).

AVANT D'ÊTRE I'auteur des Bergeries, qui furent publiées en 1625, Racan avait été, vers 1618, I'auteur des Stances sur la retraite.

Ce court poème est en possession d'une célébrité de bon aloi. Sans être absolument original. ni parfait, il se distingue par la fermeté habituelle du vers, I'ampleur de la phrase, la force des antithèses, I'absence de toute mytho!ogie, la sincérité du sentiment, la discrétion d'un piUoresque qui peint moins qu'il ne suggère.

Ce qu'it sURgère bien surtout, ce sont les aspects successifs de la moisson : la moisson debout et toute dorée, la moisson agitée par les vents, ou gâtée par la grêle, ou tombant sous la faucille, la moisson emplissant Ie grenier, la moisson vivant dans la mémoire du mOlssonneur .

Et assurément I'honneur est grand pour Racan que, dans un pays de blé comme Ie nôtre, il soit I'un des bons poètes de la moisson.

Dans ses Bergeries. Racan, com me les autres auteurs de pastorales dramatiques, s'intéresse bien plus souvent à I'homme qu'à la nature. I\lais ce sont surtout les vers inspirés par la nature qui font Ie charme de son ouvrage.

Ce sont ces tableaux du SOIf, du midi. de la

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