‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 307 sur 402 · LA PREPARATIO DU CLASSICISME · texte numérisé non relu

LA PREPARATIO DU CLASSICISME

qualité d'un jugement d'histoire : sa moindre beauté n 'est pas sa lucidité intelligente.

Voilà Ie meilleur V oiture. Le pire serait la très fameuse lettre de la Carpe au Brochet. Dans un divertissement de société, Voiture avait été la Carpe et, Ie duc d Enghien, Ie Brochet. Donc, Voiture écrit au duc d'Enghien, selon I'allégorie ou la fiction : c'est travaillé, c'est méticuleux et ennuyeux, c'est puéril et savant.

Est-il malveillant de supposer que, de ces deux Voiture, Ie meilleur et Ie pire, celui que nous devons à I'hôtel de Rambouillet. ce n 'est pas Ie meil- It'ur? Parmi les productions de I'hôtel, on ne remarque rien qui ressemble au meilleur V oiture : au pire, certes oui !

Les petits vers de V oiture sont gracieux, Pour les trouver charmants, il n'en faut lire qu'un peu. lis ont une aisance aimable, un tour plaisant. Puis, au moment qu'ils commencent de vous impatienter, vous avez à vous rappeler une lettre de La Fontaine à Saint-f.vremond, OÙ La Fontaine dit: II J'ai profité dans Voiture )), OÙ iI réunit, comme les maîtres dont il se réclame, ces trois écrivains : maître F rançois, maître Clément, maître Vincent.l\lis par La Fontaine en compagnie de Rabelais et de I\larot, Voiture a son prestige.

Mais, après Voiture, qui veut-on lire, des écrivains qu'a mis à la mode I hôtel de Rambouillet? Cotin peut-être, ou Godeau? Charles Cotin savait Ie grec, I'hébreu et, dit-on même, Ie syriaque. II n'était pas exactement Ie sot qu'est Trissotin dans les Femmes savanles; et Boileau, qui I'a si mal traité, avait-il lu Théoc/ée ou la vraie philosophie des principes du monde? avait-illu Ie Traité de f'âme immorleUe? avait-il au moins suivi I'un des seize carêmes que I'abbé Cotin prêcha dans les meilleures chaires de Paris? On peut supposer que non. Et I'on peut supposer que I'abbé Cotin fut un bon prédicateur : il n'a publié aucun de ses nombreux sermons. 1'\ i son Recueil de rondeaux. ni ses Poésies chrétiennes ne permettent qu'on Ie prenne pour un poète ou seulement pour un versificateur ingénieux. II n'écrit pas mal: mais ce qu'il écrit, ce n'est rien. On lui préférera Antoine Godeau, petit homme que les familiers de I'hôtel appelaient Ie nain de Julie, Et Julie écrivait un jour à Voiture : (( II y a ici un homme plus petit que vous d'une coudée et, je vousjure, mille fois plus galant.)) Voiture était lui-mêmepetit: on I'appelait Ie roi Chiquito. Plus gal ant que Voiture, Antoine Codeau? C'est un magnifique éloge, et bien périlleux!... I\Iais Antoine Codeau, vers trente ans, I'année 1635, se I1t prêtre ct, I'année suivante, fut nommé par Richelieu évtque de Grasse. Depuis lors, il a été constamment un évêque très attentif à son diocèse, où iI parvint à rétablir la discipline ecclésiastique assez éprouvée, II tint plusieurs synodes, il multiplia les in tructions pastorales. Pour les assemblées du c1ergé de 1645 et de 1655, il vint à Paris, défendit I'intégrité de la morale et soutint avec vigueur la dignité de I'épiscopat. Soitqu'il s'agît de parler ou d'écrire, il avait de la facilité. II aimait la Provence OÙ iI demeurait, la Provence pauvre avec ses jasmins et ses orangers; ill'appelait une gueuse parfumée. Est-ce à I'hôtel de Rambouillet quïl avait apprisà trouver decesjolies choses? Peut-être.Son ouvrage qui a été Ie plus longtemps lu est une Hisloire ecc/ésiastique, in-folio, (( la première histoire de I'f.glisecomposée en français, qui soit exacte, fidèle et agréable )). Elle a perdu ses agréments et, sans doute, e1le a gardé ses mérites : on n'y va plus voir. Dans tous ses ouvrages, Godeau a mis du sérieux et de la religion, Ie ton d'un évêque; c'en est la plus louable qualité: Codeau n'avait point appris dans la chambre bleue I'art d'être un bon évêque. L'un des écrivains qui ont Ie plus sensiblement subi l'inAuence de I'hôtel de Rambouillet, ce fut l\lénage, On se moquc de lui, d'habitude, parce qu'on ne Ie distingue pas du Vadius des Femmes savanles, Le Þrlenagiana, qu'il avait préparé, lui prête cette glose : liOn dit queles Femmes savantes de l\lolière sont :\lesdames de,.. et I'on me veut faire accroire que je suis Ie savant qui parle d'un ton

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