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ASSEMBLÉE DES ACADÉMICIENS (8. N" Cabinet des Estampes),
saints. M, Belurget ne croyait à aucune révé ation, traitait Moïse d'imr;osteur et, quand on lui demandait sa religion, répondait : II La religion des plus grands hommes de I'antiquité! II II les citait : Homère, Aristote, Cicéron, Pline, Sénèque. M. Naudé se réclamait de son maitre M, Belurget, et, ce quïl ne tenait pas de ce bonhomme, il se vanta it de I'avoir appris à la cour de Rome, quand il y fréquentait Ie cardinal Bagni. Maintenant, lisons Cui Patin: I( I\I. Naudé était un homme fort sage, fort prudent... II (I'une des prudences de 1\1. Naudé fut d'écrire une apologie de la Saint-Barthélemy, sur commande; il y expose que les princes ont leur morale, qui n'est pas celie des particuliers : il avait horriblement reur de rInquisition), (I .... fort réglé, qui semblait vivre dans une certaine équité naturelle, qui étail fort bon ami, fort égal et fort légal, point jureur ni moqueur, point ivrogne : il ne but jamais que de I'eau; je ne I'ai jamais entendu mentir à son escient... II Voilà un portrait bien aimable. Est-ce que Cui Patin ne I'approuve pas? I( Je conclus, dit-il, que I'homme est un chétif animal bien bizarre, sujet à ses opinions, capricieux et fantasque, qui tend à ses fins et qui toute sa vie n 'aboutit guère à son profit, particulièrement en pensées vagues, mais quelquefois bien extravagantes : aussi plusieurs n'y réussissent-ils pas, et même M. Naudé n'y a pas trouvé son compte, tout savant qu'il fût II, Les conclusions de Cui Patin, sur les questions de la foi, n'ont paset il ne Ie voulait pas - une netteté parfaite. On ne dirait point avec assurance qu'il fût mécréant : mais, pour extrêmement crédule, it ne I'était pas.
II avait la réputation d'un philosophe. II adorait I'Antiquité grecque et latine. A cette époque, les libres penseurs se montraient partisans déterminés des Anciens: c'est qu'ils trouvalent dans la philosophie païenne des arguments contre toute (I papimanie II et (( moinerie II, comme ils disaient. Cui Patin, en outre, détestait la nouvelle médecine et, contre les novateurs, tenait pour Hippocrate et Calien, ou tenait pour I'un des deux, si les deux n'étaient point d'accord : iI les accordait afin de taquiner les Modernes. On lui reproche d'avoir nié rudement la circulation du sang, d'avoir nié les vertus médicales de I'antimoine et du quinquina. Ce philosophe assez libre et qu'on a considéré comme un libertin fut, dans son métier, dans son art et dans sa compétence, un véritable réactionnaire. Sa correspondance est toute pleine de renseignements précieux sur les gens et les choses du jour. II était curieux; il avait de bons yeux et I'oreille fine: les propos médisants I'amusaient. II écrivail à sa façon, qui n'est pas la plus élégante, mais qui a une plaisante gaillardise et l'insolence la meilleure, II ne ménageait rien ni personne. II a écrit: (( Je suis fils de bonnes gens, que je ne voudrais pas avoir changés
contre de plus riches, j'ai céans leurs portraits devant mes yeux, je me souviens tous les jours de leur vertu et suis bien aise d'avoir vu lïnnocence de leur vie, qui a été admirable. On ne vit pas com me cela dans les villes... )) Ce mauvais homme de Cui Palin, ne I'aimez-vous pas un peu? Sa n.:desse cache de la sensibilité; il a de la bonhcmie. François de La Mothe Le Vayer est un autre homme, qui a beaucoup moins de simplicité, qui a de la simplicité pourtant, mais une simplicité, si I'on peut ainsi dire, double: et les mots se contredisent ! II paraissait ce qu'il n'était pas; ce qu'il était, il ne Ie paraissait pas, On peut I'accuser d'hypocrisie; mais il avait cette hypocrisie-Ià presque naïve. En Ie lisant, vous connaÎtrez un Le Vayer fort sincère, et bien cynique, En Ie rencontrant, ses contemporains connaissaient un Le \'ayer tout différent et qui n'était pointfaux. Quel estle véritable Le Vayer? II y avait deux véritables Le Vayer, II appartenait à une famille parlementaire, fut très bien élevé, devint un savant, ne montra nulle hâte à parvenir et attendit patiemment d'avoir passé la cinquantaine pour obtenir la récompense de ses talents. Alors, it entre à I'Académie et it est choisi comme précepteur de Monsieur, frère unique du roi, L'on a dit que, s'il ne fut pas choisi comme précepteur du roi lui-même, c'est à cause de ses opinions libertines. 1\-1ais, en tant que libertin, la cour ne I'eût pas désigné pour instruire Monsieur. II n'avait pas la renommée d'un libertin. II avait une (( conduite réglée, semblable à celie des anciens sages II; de bonnes mæurs et con venables à un moraliste. On lui trouvait de la sévérité, car iI refusait jusqu'aux plaisirs permis et préférait au x divertissements ordinaires Ie modeste contentement de s'enfermer dans son cabinet, pour lire ou composer des livres. Quand il sortait, d'aventure, iI marchait la tête haut levée, les regards au-dessus des enseignes. Son libertinage, ill'a mis dans ses écrits, dans les dialogues qui ont paru sous Ie nom supposé d'Orasius T ubero. Là, il se donne libre carrière. II dépasse Ie pyrrhonisme et, volontiers, s'attarde aux questions dite,s obscènes. II va très loin, com me un païen subtil ct par moments cymque.
II n 'est pas un écrivain délicieux. II doit beaucoup à 1\10ntaigne: en quelque sorte, il mène de Montaigne à Bayle: mais il n'a ni Ie talent de I'un ni Ie talent de I'autre. II a quelque séduction. Sa philosophie de I'indifférence et une certaine douceur avec laquelle il se résigne à I'incertitude ont, parfois, du charme, II est assez adroit: et, quand il sait qu'on va Ie soupçonner de scepticisme, OÙ il se plaÎt dangereusement, il se sauve: quand on est sur Ie point d'apercevoir, en 1\1. de La Mothe Le Vayer, cet autre Le Vayer, honni sous Ie nom d'Orasius T ubero, il vous donne à entendre qu'un doute provisoire est Ie fondement de la méthode et la base de J'apologétique,
L' Académie. Grammairiens et critiques:
Chapelain, Vaugelas
L' A cadémie se forme pendantles années 1629-1635; En 1629 commencèrent de se réunir chez Valentin Conrart, au coin de la rue Saint-Martin et de la rue des Vieilles-Etuves, un certain nombre de lettrés: Chapelain, Godeau, Gombauld, Gir)) , Habert, l'abbé de Céris)), Malleville et Seriza)), Ils trouvaient un II plaisir extrême )) et un II profit incro))able )) à mettre en commun leurs lumières et à se consulter sur les ouvrages qu'ils préparaient. Le cardinal de Richelieu eut vent de cela et, par Bois-Robert, leur ami, leur fit mander qu'ils lui agréeraienl en voulant bien (( faire un corps)) et se ranger sous une II autorilé publique II. Plusieurs d'entre eux n')) lenaienl pas beaucoup : Chapelain les sut persuader de ne pas déplaire au cardinal. Ce ful au début de 1634; l'année fut grandement occupée à délibérer sur les statuts de la nouvelle compagnie, Rédigées par Conrart, les lettres patentes furent signées par Ie roi Ie 29 janvier /635; Ie Parlement mit de la lenteur à les enre![istrer, de la lenteur et de la malveillance ombrageuse : l' on ne put travailler sans retard. Les premiers temps, l'Académie continua de tenir ses assemblées dans la maison de Conrart, Mais celui-ci se maria, n'eut pas trop de loul son Jogement pour son ménage; de sorte que l'Académie passa chez Desmarets de Saint-Sorlin, puis chez Chapelain, puis chez Gomberville. Son protecteur était Richelieu. A la mort du cardinal, ce fut Ie chancelier Séguier qui l'installa dans son hôtel. Enfin, Ie roi la prit sous sa protection en /672 et la logea au Louvre.
Voir : H istoire de l' Académie française, par Pellisson et d'Olivet, avec une introduction, des éclaircissements et notes de Livet, 1858; Histoire de l'Académie française depuis sa fondation jusqu'en 1830, par Paul Mesnard, 1857. Les Remarques sur la langue française, de Vaugelas, ont pam en 1647 et ont été réimprimées, avec d'autres documents et de bons commentaires, en 1880, par A. Chassang. Deux tomes de lettres de Chapelain ont été publiés en /880-/883, par T amise)) de Laroque (dans la collection des Documents inédits sur l'histoire de France),
LE XVII" SIÈCLE a eu deux croyances qui lui ont donné beaucoup d'entrain : la première, de succéder à des époques, sinon tout à fait barbares, au moins très impolies encore et qui préparaient cOllfusément la venue de la perfection; la seconde, et mieux justifiée, de posséder enfin l'idée de la perfection et de la réaliser. Cela, dans les mæurs, dans la vie de société, dans la philosophie, en tout ordre de choses, et dans la liuérature aussi. Ces c1assiques un peu ingrats, et qui ont généralement méconnu l'effort de leurs devanciers, ont été de vifs novateurs. lis sont nos maîtres; et Ie goût de la bonne tradition nous ramène à eux, com me leur génie nous jmpose : mais ils aimaient principalement la nouveauté, ils I'aimaient d'autant plus quïls ne comptaient quasi pour rien ce quïls avaient trouvé de tout fait avant eux.
Et i1s savaient qu'ils fondaient I'avenir : i1s ne Ie craignaient pas et croyaient bien Ie gouverner à leur guise.
Quand Richelieu appelle à travailler auprès de lui les amis de Conrart et leur adjoint d'autres confrères, voici leur propos : ils neuoieront la langue (( des ordures qu'elle a contractées ou dans la bouche du peuple, ou dans la foule du Palais, ou dans les impuretés de la chicane, ou par les mauvais usages des courtisans ignorants, ou par l'abus de ceux qui la corrompent en l'écrivant et de ceux qui disent bien dans les chaires ce qu'il faut dire, mais autrement qu'it ne faut II. Brd, la langue française, à leur avis, est en état pitoyable; tout Ie monde la traite mal, gens de la cour et de la ville, gens du peuple et gens d'église, et les écrivains, De sorte quïl s'agit d'une réforme qui sera, ou de très peu s'en faut, une création. En fait de langue, iI n'y a plus rien; la nouvelle Académie donnera aux écrivains une langue, II parut, à vrai dire, que ceUe prétention marquait de la superbe. Et Ie Parlement,