LA PREPARATION DU CLASSICISM E
qui n'enregistra point sans chicane les leures patentes de la compagnie, la pria de s'en tenir à (( I'ornement, l'embellissement et l'augmentation )) de la langue, L'Académie eut à se défendre d'avoir d'autres ambitions. Dans la première édition de son dictionnaire, elle supplie qu'on ne I'accuse pas de fabriquer la langue, de Fai,e des mots et d'en supprimer à sa fantaisie: pour gage de sa modestie, elle assure qu'elle a maintes fois rdusé de II se charger de plusieurs mots récemment inventés, ni de certaines façons de parler affectées, que la licence et Ie caprice de la mode essayaient d'introduire )1. Elle est prudente, Elle suit l'usage : l'usage, II maître de l'orthographe aussi bien que du choix des mots; c'est l'usage qui nous mène insensiblement d'une manière d'écrire à I'autre et qui seul a Ie pouvoir de Ie Fai,e II. Les II particuliers )) qui, un beau jour, se meUent en tête de formuler des règles perdent leur temps : I'on n'obéit point à leurs règles. Ni un particulier. ni même un corps tel que I'Académie ne prévaut contre l'usage.
Seulement, iI yale bon usage et Ie mauvais. Voilà où Ie discernement de I'Académie s'exercera. Et voilà, en vérité, sa modestie. l\his voici son bel orgueiI. Son dictionnaire, dit-elle, II a été commencé et achevé dans Ie siècle Ie plus Aorissant de la langue française; et c'est pour cela qu'i1 ne cite point, parce que plusieurs de nos plus célèbres orateurs et de nos plus grands poètes y ont travaillé et qu'on a cru s'en devoir tenir à leurs sentiments )), C'est orgueilleux et, par un bonheur, c'est juste. La jeune Académie fondait son autorité sur la qualité de ses membres, autant dire des écrivains les plus renommés de l'époque où Ie génie de la France avait conscience de s'épanouir à merveille. Si l'usage nous mène d'une façon d'écrire à une autre, comme Ie dit I'Académie, c'est constater qu'une langue, et la française, évolue, com me on dit maintenant : et I'Académie n 'aurait donc fait que noter un moment ou un état passager de notre langue,) Ce n'est pas son opinion et, généralement, ce n'est pas I'opinion de ceUe époque très heureuse OÙ la vue de I'évolution préalable ne vous aventurait pas à prévoir I'évolution perpétuelle. Les académiciens de Richelieu ont prétendu améliorer la langue: les académiciens de Louis XIV ont cru que la besogne était faite. Ceux-ci considèrent que la langue française est arrivée à sa dernière perfection par II la gravité et la variété de ses nombres,la juste cadence de ses périodes, la douceur de sa poésie, la régularité de ses vers, I'harmonie de ses rimes)). Les philosophes diront que l'évo ution ne s'arrête pas et qu 'au surplus la langue française a évolué depuis la mort du grand roi. II faudrait pourtant ne pas Fai,e une idole, trop fallacieuse, de ce mot d'évolution qui n'a passon emploi légitime en tous les cas: et iI faudraitsedemander si la corruption d'une langue est un phénomène qu'on doive tranquillement regarder comme un progrès continuo Les académiciens de Louis XIV constatent qu'après Cicéron la langue latine a subi des changements: i1s trouvent Ie latin de I'époque cicéronienne plus beau que Ie latin de la décadence. lis estiment pareillement que Ie français de leur temps ne saurait aller à plus de perfection; de sorte qu'en notant Ie bon usage de leur époque, i1s croient fonder la langue française ou constater que les grands écrivains l'ont une bonne fois conduite à son état véritablement exemplaire.
Ce sont les écrivains de génie, les orateurs,les poètes, qui ont illustré ceUe époque et qui consacrent les décisions que l'Académie prenait avec eux ou auprès d'eux. II convient aussi de compter comme de très utiles auxiliaires des gens de goût, des critiques ou des grammairiens tels que Conrart, Chapelain, Vaugelas.
Conrart, qu'un vers de Boileau a injustement ridiculisé, est fort estimable: II II parlait si bien Ie français que c'était l'un des oracles que I'on consu\tait sur les doutes de la langue et sur la pureté du style; iI écrivait avec beaucoup de politesse, en prose et en vers, et ceUe justesse était soutenue de beaucoup de bon sens. )) On lui rendait ce témoignage, en un temps OÙ I on se connaissait en pareille matière.
Chapelain, à qui sa Puce lie a beaucoup nui, a été un grand personnage dans la littérature, et très utile, Ses lettres Ie montrent un fin critique, intelligent et avisé.
On lui reproche de n'avoir pas de II doctrine)). En quelque façon, quel éloge! Et
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VALENTIN CONRART (8. N.. Cabinet des Estampes).
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BALZAC (B. N" Cabinet des Estampes).