LE DIX-SEPTIEME SIECLE
les critiques à doctrine ont des inconvénients qui auraient été plus fâcheux en Chapelain lorsqu'il avait à désigner à Colbert les écrivains recommandables. II a signalé l\lolière com me (( Ie Térence et Ie Plaute de notre siècle II. Et il aimait la poésie de Ronsard. mieux que Boileau ne l'a sentie. Quant à Boileau. ille traitait de II fripon II : somme toute, Boileau ne I'avait pas volé, de la part d'une de ses \"ictimes.
Et Vaugelas, qu'on a grand tort de ne plus lire, est charmant. Ses Remarques ont une bonhomi délicieuse et qui donne à ses rigoureux commandemcnts l'apparence de conseils que I'on aimerait à ne point négliger. 1\ voulait une langue française II ennemie des équivoques et de toute sorte d'obscurité, grave et douce tout ensemble, propre pour toute sorte de styles, chaste en ses locutions, judicieuse en ses figures, qui aime I'élégance et I'ornement, mais craint I'affectation, qui sait tempérer ses hardiesses avec la pudeur et la retenue qu'jJ faut avoir... II, 1\ tenait, disait-il, au suffrage des femmes autant qu'à celui des (( savants en langues )). 1\ n'était pas du tout un pédant, mais Ie type de I'honnête homme. 1\ suppliait que I'on prÎt ses Remarques pour des remarques en effet. qui cherchaient à être persuasives, non pas à être obéies. La mode vint de II parler Vaugclas)) : c'était assez bien parler. 1\ eut un prestige extraordinaire : et il était extrêmement timide, C'est une vertu chez un grammairien. D'autres ont eu quelquefois une impétuosité affreuse. Comment ne pas approuver et trouver jolie la timidité d'un homme qui a choisi pour sa tâche d'examiner les mots, les phrases, Ie tour de la pensée ou de la rêverie? N ulle besogne ne demande une finesse plus délicate, une attention plus exquise et plus craintive.
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Balzac
Jean-Louis Guez, né à Angoulême en 1594, préféra Ie nom de M. de Balzac, Son père était tout uniment Guillaume Guez, gentilhomme du Languedoc, mais avait épousé Marie Nesmond, laquelle lui apportait une terre et une seigneurie de Balzac. Au sorlir de /'adolescence, Guez de Balzac fit un voyage en HoJ/ande, où il eut pour compagnon Théophile: et ces deux hommes ne devaient point s'accorder, 1"un si hardi et même périJ/eux, /'autre sage et pusillanime un peu.
Théophile, au retour, écrivait à son ancien ami:
(( Après une très exacte recherche de ma vie, il se trouvera que mon aventure la plus ignominieuse est la jréquentation de Balzac. )) Cest beaucoup trop dire. Balzac ne répondit pas. Succédant à son père, il devint /'un des gentilshommes de M, Ie duc d' E;pernon. gouVerneur d'Am;oumois, d'Aunis et de Saintonge. De là, il passa au service de Louis de Nogaret, troisième fils de ce duc, et célèbre sous Ie titre de cardinal de La Valeite : il fut, pendant les années 1621 et 1622, son agent à Rome. T ombé en disgrâce, il se retira dans sa terre de Balzac, s'y confina et y vécut aVec tranquillité, solitaire, doux et orgueilleux. II composait lentement des letires et