‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 316 sur 402 · DI. BALZAC · texte numérisé non relu

DI. BALZAC

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Ur;E ÉDITION ELZÉVIRIEN"E (i664) des (Euvres de Balzac

divers petits ouvrages, qui lui valurent la plus grande renommée. II ne commit qu'une imprudence: un jour il écrivit que les moines II sont dans les cloÎtres comme les rats étaient dans /'arche )). Ceite menue phrase lui valut bien des ennuis et d'être, par Jean Goulu, général des Feuillants, traité de Néron, de Sardanapale et de toute of/ensante manière, Aux approches de la mort, qui Ie prit en 1654, it eut un grand souci re1igieux et revêtit, aVec autant de bonne foi que d'élégance, Ie personnage, qu'il avait magnifiquement rêvé, d'un Socrate chrétien :

mais il lui manquait la bonhomie de Socrate, II a publié lui-même ses letires : Ie premier volume en 1624. Le Prince est de 1631 ; Ie Barbon, satire morne, de 1648; Ie Socrate chrétien, de 1652; et Aristippe ou de la Cour, de 1658. Tous ses écrits sont réunis dans la belle édition des CEuvres de Monsieur de Balzac, en deux tomes in-folio, préparée par Conrart.

De son vivant, ses CEuvres diverses furent sans cesse réimprimées: dix ans après sa mort, dans la seule année 1664, il Y en eut six éditions. Après ce1a, ce fut fini: nulle édilion pendant Ie XVlIl'siècle.

T amisey de Laroque a publié (1863- 1873) un certain nombre de letires inédites de Balzac, En 1913, M, /.-B. Sabrié a consacré une étude aux Idées religieuses de J .-L. Cuez de Balzac,

ON NE REGARDE PAS sans appréhension les deux énormes in-folio qui contiennent les CEuvres de Balzac; et, dès qu'on les a feuilletés, I'appréhension redouble, à cause de ce qu'on a pu apercevoir d'une éloquence continue et qui ennuie. Alors, il faut appeler à la rescousse d'un courage un peu défaillant I'exhortation des bons juges. Boileau dit de Balzac: II II a effectivement des qualités merveilleuses. On peut dire que jamais personne n'a mieux su sa langue que lui et n'a mieux entendu la propriété des mots et la juste mesure des périodes; c'est une louange que tout Ie monde lui donne encore. I) Et Bayle: (( On ne devrait parler de cet homme qu'avec res;:>ect et vénération. Sans lui, notre langue serait encore incertaine et chancelante et nous lui avons I'obligation de savoir parler et écrire. 1\ est vrai que, dans les exemples qu'il nous a laissés, iI paraÎt nous avoir plutôt bravés qu'instruits... Pour n 'avoir personne qui Ie suive, cela n 'empêche ni la rareté de son mérite, ni la vigueur de la course, ni la beauté de sa carrière: il n 'en est que plus remarquable. )) C'est I'opinion des connaisseurs qu'il a rendu à la prose française Ie même service que Malherbe à la poésie. Dans sa retraite, OÙ Richelieu lui reproche d'être un peu trop II cagnard )), ou rencogné, Balzac travaille à préparer pour un Pascal et un Bossuet, pour les grands écrivains de la plus belle époque. une langue parfaite, ordonnée, claire. et qui réuni se à la logique la beauté, 1\ mérite ainsi Ie respéct et la vénération que lui accorde et veut qu'on lui accorde Bayle. Puis, en Ie lisant, on a de bien agréables surprises. L'homme est fort singulier, amusant parfois. La solitude a préservé sa vive originalité. 1\ n 'est pas ami du genre humain; et il écrit, avec une sincérité rude: II Si nous tenons tous les hommes pour nos parents, faisons élat de porter Ie deuil tout Ie temps de notre vie I )) Ce n 'est pas son genre; il préfère un heureux loisir, II aime la campagne et, quand ill'a trouvée jolie, Ie mande à 1\1. de La Motte Aigron, qui habite Angoulême : I( 1\ fit hier un de ces beaux jours sans solei I que vous dites qui ress{'mblent à cette belle aveugle dont Philippe second fut amoureux... La paix étoit générale depuis la plus haute région de I'air jusque sur la face de la terre,.. Nous sommes ici en un petit rond couronné de montagnes; et Ie printemps, qui commence les sièges et les entreprises de la guerre. ne nous fait rien voir de nouveau que des violettes et des roses. II La maison n'est pas grande; mais à la porte, il y a un bois II OÙ, en plein midi, il n'entre de jour que ce qu'il en faut pour n'être pas nuit : tellement que, de I'obscurité et de la lumière, il se fait un lroisième temps... )), Au delà du bois, il y a une prairie où I'on foule des tulipes et des anémones; puis un canal qui est Ie refuge des cygnes et II qui fait rêver les plus grands parleurs aussitôt qu'ils s'en approchent et au bord duquel je suis toujours heureux. soit que

je SOlS )oyeux. soit que je sois triste )), Veuille 1\1. de La Motte Aigron descendre de son Angoulême en ces lieux aimables! Et 1\1. Chapelain. qui demeure à Paris. ne sait pas ce qu'est. au printemps, rémulation des rossignols : II Si vous ne Ie savez pas. je vous apprends qu il y a autant de différence de rossignol à rossignol que de poète à poète, )) M, de Balzac se plaisait à faire entrer dans de be les phrases Ie melon lourd, la boue des chemins et la pluie : cela suLit à la besogne d'une journÉe.

j\ i femme ni enfants autoul de lui. Et iI formulait ainsi sa règle de célibat : II J e ne veux pas être en peine de compter tous les jours les cheveux de celie que j'épouserai. afin qu'elle ne donne ses faveurs à personne... Je ne veux pas être obligé d'aimer des monstres à cause que je les aurai faits. quand je serois assuré de ne point faillir en cela, )) Son insolence de vieux garçon, que nulle tendresse ou indulgence du cæur ne gêne, se voit dans cet impertinent billet à une Clorinde supposée : II II viendra une saison OÙ vous aurez plus de peur de votre miroir que les coupables n 'en ont de leurs juges. V otre front s' étendra jusqu 'au haut de votre tête, les joues vous tomberont sous Ie menton et vos yeux de ce temps-Ià seront de la couleur de votre bouche à cette heure... Clorind , Ie solei I est beau quand iI se couche; I'arrière-saison est agréable, mais nous n 'avons de bonnes années que les premières... V oulez-vous que je vous fasse peur de ce que je viens d'apprendre d'un étranger que j'ai entretenu tout aujourd'hui? II faut que vous sachiez qu'il n'y a partie du monde où la curios té ne rait porté, ni merveille en la nature qu'il n 'ait considérée avec soin. II a vu des montagnes qui brûlent sans se consumer; it a abordé en des íles qui ne s'arrêtent jamais en même lieu; on 1m a montré des hommes marins; mais iI m'a juré que, parmi tant de mirac es, iI n'a jamais pu v:Jir une belle vieille. II Voilà comme badinait 1\1. de Balzac. qui n 'aimait point assez les femmes pour s'apercevoir de sa cruauté, Ou bien sa cruauté vaine. et que rendait innocente la solitude, ramu :lit.

II faut. comme lui. se plaire aG jeu malin des mots pour Ie lire .lVec plaisir un peu longtemps. II n'est point un penseur. et quoique I'on ait dit que Ie Socrate contenait déjà I'ic!ée de I' Histoire universelle et celie des Variations, les amateurs de doctrine feront, dans ses deux in-folio. buisson creux. II n 'enviait pas les nouveautés de la méc!itation, Sa politique est toute simp!e: II !\:ous ne sommes pas venus au monde pour faire des lois, mais pour obéir à celles que nO:Js avons trouvées et nous contenter de la sagess de nos pères com me de leur terre et de leur solei I. II Rousseau aura plus d'invention. moins de sagesse. Lui, Balzac. redoutait Ie changemcnt : ne changez seulement pas. disait-il. les mauvaises choses. Vous remarquerez. dans les f.tats, des II pièces si caduques et ébranlées )) que I'on risque, à les toucher, de les rcnverser : II lIs ne laissent pourtant pas de durer. pourvu qu'on ne les tourmente pas; ils se conservent dans un repos de corruption et parmi les maux connus et accoutumés... )) Un jeune homme ayant trouvé cette philosophie trop quiète. Ie bonhomme Balzac de répliquer : II Quand notre jeune ami aura autant vécu que nous. iI n 'aura pas meilleure opinion que nous de ceux qui veulent réformer Ie monde. Qu'illise les histoires de tous les siècles. it verra que ce zèle de réformation a toujours fait naÎtre de nouveaux désordrcs au lieu de faire cesser les anciens. )) Si ron dit que ce n'est pas gai. M. de Balzac se consolait à bien arranger les arguments de sa triste sagesse.

II était exactement catholique. blâmait Ie libertinage. et, s'i1 ne molestait pas les prétendus réformés. c'est quïl redoutait de rien réformer à son tour. Mais il a cé!ébré sa croyance. II y a, dans Ie cabinet OÙ épiloguent les interlocuteurs du Socrate. un tableau de la Nativité : II Une étable. une crèche, un bæuf et un âne, Quel palais. bon Dieu. et quel équipage! Cela ne s'appelle pas naître dans la pourpre... Nous adorons un enfant, mals cet enfant est plus ancien que Ie Temps. II se trouva à la naissance des choses; iI eut part à la structure de I' univers et rien ne se fait sans lui. depuis Ie premier trait de rébauchement d'un si grand dessein jusqu'à la dernière pièce de sa fabrique. II Voilà une certitude. Et M. de Balzac fut. toute sa vie. exempt de doute: c'est pour cela que sa langue a tant de repos et une sérénité qui offense plusieurs de nos manies.

II appelait Ie sens commun II la principale pièce de I'esprit hurr.ain )) : et il ne distinguait pas Ie sens commun du bon sens. II pratiquait cependant rhyperbole. qui est une façon de dire OÙ Ie bon sens aurait à critiquer. Une fois. il écrit à Richelieu que ce cardinal cst un homme II sur la sagesse duquel Dieu pourroit se reposer du gouvernement de la terre II. Le style de Balzac. - la raison mise dans les phrases, - admet maiutes fantaisies. joyeusetés et fmesses, L' n classique déjà et Ie maître de plus grands écrivains. ce Balzac est e:Icore un peu Louis XII I et contemporain des poètes bizarres et cxquis. Cela lui donne de rattrait. lorsque ses principaux mérites sont au moment de n 'être que Iou abIes.

* On possède une admirable étude d'ensemble: Ie Port-Royal de Sainte-Beuve (8' édil.. Paris. /9/2. 7 vol. in-/2), Un précieux Index forme Ie demier volume; à la fin du tome III, une Lettre à un magistrat amateur de Port-Royal énumère les é/éments essentiels d'une bibliothèque port-roJjaliste. Pour pénélrer dans Port-Royal par une voie plus courte et délicieuse. se confierà Racine: Abrégé de I'histoire de Port-Royal. L'excellente édition d'Augustin Gazier ajoute à ce récit un résumé chrono/ogique des événements surVenus de /665 à /7/0 et une bibliographie fort utile. Gazier avail à sa disposition la riche collection de manuscrils et d'imprimés, fonnée au début du XVIII siècle par Mile de Théméricourt et Mile Joncoux. augmentée, par la suite, des documents patiemment rassemblés par Le Paige, Il a mis à profit ces ressources et sa personnelle connaissance des demiers jansénistes pour rédiger son Histoire générale du mouvement janséniste (/922. 2 vol.), qui conslitue ['indispensable complément Ju livre de Sainte-Beuve. On lui doil aussi une très complète iconographie: Port-Royal au XVII'sièc!e, images et portraits (/909). OÙ se trouvent reproduiles les æuvres des artistes jansénistes, notamment de Philippe de Champaigne et de Ma![deleine Hortemels, De ces tableaux et de ces estampes. Ie Pèlerinage de Port-Royal. par M. André HallaJjs (/908). foumil Ie plus agréable commentaire. Une étude récente sur Port-Royal, d'une spéciale importance, est Ie quatrième volume de rHistoire littéraire du sentiment religieux en France, par AI. Henri Bremond (/920). Les ouvrages anciens sont de trois sorles. - D'abord les études d'ensemble, compilations souVent bien faites, quoique tardives : Gerberon. Histoire générale du jansénisme. Amsterdam, /700, 3 vol.; Besoigne. Histoire de I'abbaye de Port- Royal. Co/o!!ne,/752, 6 vol. in-/2: Dom C/émencei. Histoire générale de Port-Royal. Amsterdam, /755-/757, /0 vol, in-/2; Gui/bert, 1\lemoires historiques et chronologiques sur I'abbaye de Port-Royal. Utrecht, /755-/75r;. 9 vol. in-/2. A ce même groupe se rattachent les æuVres d'un adversaire. Ie p, Rapin. longtemps demeurées inéciites : Histoire du jansénisme depuis son origine jusqu'en 1644, /86/ (mal édilée; Ie manuscril est à ['Arsenal): et Mémoires sur I'f.glise et la société,la cour.la ville et Ie jansénisme, /865.3 vol. - D'autre part. des æuVres de témoins directs. plus co/orées. plus exactes de ton : les Mémoires touchant la vie de M, de Saint-Cyran, par Lance/ot. Cologne, /738, 2 vol" Ie plus précieux document sur la première génération de Port-Royal; les Mémoires de Fontaine, Utrecht. /736, 2 vol,. de Pierre Thomas, sieur du Fossé. Utrecht, /739. édWon plus complète, Rouen. /877-/879. 5 vol.; les divers Nécrologes de rabbaye de Notre-Dame de Port-Royal desChamps, /723,/735, et /760-/778.2 vol, in-4') el 7 vol. in-/2. Le Recueil de plusieurs pièces pour servir à rhistoire de Port-Royal ou Supplément aux l\1émoires de M1\1. Fontaine. Lancelot et du Fossé. Utrecht, /740. in-/2. dil Recueil d'Utrecht. est un ouvrage essentie/. Comme ancienne description de Port-Royal. Sainte-Beuve recommande aVec raison celle du P. Comblat. Lettre intéressante à un évêque sur Ie monastère de Port-Royal. 1678. - Enfin les æuVres des écrivains de Port-Royal. dont les principales seront énumérées par la suile.

LA PLACE de Port- Royal dans I'histoire des lettres françaises ne se mesure pas à la valeur littéraire des écrits que religieuses et solitaires nous ont laissés. Pascal mis à part, - puisque aussi bien son génie même, I'indépendance de sa pensée et la date tardive de sa véritable conversion interdisent de renfermer trop étroitement dans la célèbre abbaye, - Port-Royal ne possède que des écrivains solides. judicieux, auxquels I'élégance. la couleur et la concision font souvent défaut. Ces grands chrétiens visent à I'effet salutaire, se répètent pour mieux se faire entendre et n'ont pas Ie souci de la forme châtiée. Saint-Cyran, rapporte Lancelot, II ne voulait pas qu'on s'amusât tant à épiloguer sur les paroles. à être plus longtemps à peser les mots qu' un avaricieux ne serait à peser I'or à son trébuchet. pi!rce que rien ne ralentit plus Ie mouvement de rEsprit-Saint que nous devons suivre )) (l\lémoires, t. II, p. 130). Et Arnauld déclare à ses adversaires: II i\ous ne haïssoi1s pas la rusticité du style, pounu qu'elle soit pieuse n ((Eu- Vres, t. XXIX, p. 501). Quelques rares amis de Port-Royal. Arnauld d'Andilly. Antoine Le 1\laÎtre. ont professé une doctrine précise sur rart d'écrire, et ce sont des écrivains qu'on ne lit plus. La diatribe Je Joseph de 1\laistre demeure cependant profondément injuste : (I Je te vomirai. dit I'f.criture en parlant à la tiédcur.

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