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LE DIX-SEPTIEME SIECLE

pourtant douteux que J'étude d'un autre mouvement religieux de la même époque, serait-ce de J'Oratoire, illustré par tant d'esprits éminents, puisse jamais entrainer historien en pareille aventure, U ne telle étude justi/ierait sans doute bien des volumes: elle ne conduirait pas aussi loin du monastère ou de la chapelle. Certes, \'effort de la mère Angélique et de Saint-Cyran ne fut pas isolé. Autour d'eux les grands chefs spirituels abondent : François de Sales, Jeanne de Chantal, de Bérulle, Bourdoise, Ie P. Eudes, Olier, Ie P. Lallemant et bien d'autres. Cependant Port-Royal se distingue par quelques traits précis, Les réformes auxquelles se rattachent les grands noms qui précèdent n'ont propagé aucune doctrine contestée : elles ne tendaient qu'à combattre l'irréligion, à exalter telle ou telle forme de piété orthodoxe, communément approuvée. Port- Royal se défend d'avoir sa doctrine propre : iI \'a néanmoins. Peut-elle se formuler en quelques propositions de théologie, ou se réduit-elle à une certaine conception pessimiste de la nature humaine, à certains scrupules sur \'usage des sacrements, à \'illusion de faire revivre Ie christianisme des siècles primitifs? T oujours est-il que la religion de Port- Royal inquiète, fournit \'occasion d'interminables polémiques, comme n'en offrit jamais celie des oratoriens, des sulpiciens ou des eudistes. J'entends bien que \'orthodoxie de tel oratorien, de Richard Simon par exemple, est certainement plus discutable que celie de Saint- Cyran ou de Singlin. Mais Richard Simon ne représente pas \'Oratoire et se retranche lui-même de son ordre par ses hardiesses intellectuelles. De Port-Royal on se retranche en se soumettant à Rome. Le seul lien des am is de Port-Royal entre eux, c'est une commune manière de com prendre la religion, précisément parce qu ïls ne forment pas un ordre, lis représentent un mouvement d'idées, un esprit, quelque chose par conséquent de plus ouvert et de plus fermé à la fois qu'un monastère; de plus ouvert, puisque les solitaires ne s'engagent par aucun væu et demeurent des laïcs qui rentrent dans Ie siècle quand bon leur semble; de plus fermé, puisqu'iI ne suf/it point d'adojJter une robe et une règle pour se dire de Port-Royal. De cet esprit plusieurs circonstances historiques ont assuré l'incomparable diffusion: la plus considérable est peut-être qu'à l'heure des premiers périls Pascal se rencontra,

II existe une véritable encydopédie pascalienne : c'esl J'édition des CEuvres de Blaise Pascal, publiée dans la collection des Grands Ë.crivains de la France, par Léon BlUnschvicg, Pierre Boutroux et Félix Gazier, 14 vol., 1904-1914. Elle contienl lous les écrits connus de Pascal distribués suivant /'ordre chronologique, et de plus tous ceux de son père, Etienne Pascal; de ses sæurs, Gilberte Périer et Jacqueline Pascal; un grand nombre de pièces extraites des recueils manuscrits pieusemenl constitués par Ie bénédictin Jean Guerrier et J'oratorien Pierre Guerrier, parents éloignés de Pascal du côté mateme!; enfin une multitude de documents contemporains. Le seul index des textes du X V II- siècle utilisés dans cette publication occupe vingt-trois pages du onzième volume, Les rétérences du présent chapitre se rapportent à cette édition, - Plus maniable et aussi fort précieuse est J' édition classique des Opuscules et Penséesde Pascal qu'avait publiée Léon Brunschvicg dès 1897.

Les études d'ensemble sur Pascal sont innombrables, mais la liste s'abrège quand on néglige les commentateurs qui tentent de J'annexer à leur secte ou à leur parti. Les uns ont imaginé un Pascal précurseur des philosophes et des encycfõpédistes du X V Ill' siècle, d'auires un Pascal romantique, un Pascal protestant, un Pascal catholique irréprochablement orthodoxe. Parmi les études déjà anciennes, nous ne retiendrons que celles de Sainte-Beuve, Port- Royal, lll' livre; de Vinet, Ë.tudes sur Pascal, 1848; de /'abbé Maynard, Pascal, sa vie et son caractère, ses écrits et son génie, 1850; Ie court chapitre de Prévost-Paradol sur Pascal dans ses Ë.tudes sur les moralistes français 1864; enfin J'artide de Ravaisson sur la Philosophie de Pascal (Revue des Deux Mondes. 1887). Parmi les travaux de

ces irente demières années. nous ne signalerons que l'indispensable : F. Rauh. la Philosophie de Pascal (Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 1892); G. Lanson, J'artide- Pascal dans la Grande Encvclopédie; Victor Giraud. Pascal. l'homme. l'æuvre. l'inAuence (1898, 3" édit., 1905): Emile Boutroux. Pascal (1900); Ad. H atzfeld. Pascal (1901); Gustave Michaut. les Ë.poques de la pensée de Pascal (1902); Fortunat Strowski, Pascal et son temps (3 vol.. 1907- 1908); Jacques Chevalier. Pascal (1922); E. Jovy, Pascal inédit (Vitry-le-François, 5 vol., 1908-1912), Sur la religion de Pascal, c'est-à-dire sur Ie fond même de sa vie spirituelle, il convient de ne pas s'intormer seulement auprès des critiques littéraires. Consulter plutôt: Ie P. Laberthonnière, I'Apologétique et la méthode de Pascal, dans les Essais de philosophie religieuse (1903); /'abbé Paquier, Ie Jansénisme (1909); Ie p, H. Petitot, Pascal, sa vie religieuse et son Apologie du christianisme (1911); Henri Bremond, la Prière de Pascal, dans J'Histoire liUéraire du sentiment religieux en France, tome IV, où fauteur fait apparaÎtre aVec force ce qui subsiste de jansénisme chez Pascal, sa ten dance à exagérer les effets de la chute originelle comme à diminuer ceux de la rédemption, (( SI CE DlsCOURs vous plait et vous semble fort, écrit Pascal à la /in d'un fragment célèbre, sachez qu'iI est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après.)) De bons historiensde Pascal ont suivi cet exemple : comme il s'humiliait devant Dieu et lui soumettait tout son être pour s'offrir à la grâce inspiratrice, ils se sont agenouillés devant Ie saint. Peut-être se sont-ils agenouillés trop tôt. La sainteté fut chez Pascal une tardive conquête, C'est bien un saint dont :Yl mc Périer nous retrace l'existence douloureuse ; mais son récit est celui d'une sæur, toute imprégnée de l'esprit de Port-Royal, et qui vise surtout à nous léguer une (( vie édi/iante )) : elle ne rappelle pas les expériences de son frère sur l"équilibre des liqueurs sans nous assurer, par une pieuse erreur, qu'iI ne devait jamais plus s'appliquer aux sciences humaines; elle a bien soin de rapporter qu'un mal de dents lui ôtait Ie sommeil, pour \'excuser d'avoir résolu (( sans y penser )) les problèmes de la Cycloïde, et, sur les Provinciales, une ligne lui suf/it. L'histoire est autre. Pascal a conservé, jusqu'à ses dernières années, une passion pour la recherche scienti/ique où Jansénius aurait vu une abominable concupiscence; il a défendu avec âpreté la priorité de ses découvertes, au int de commettre une fois au moins (Letire à M, de Ribeyre, t. II. p. 490) d'étranges inexactitudes; il a maltraité de respectables adversaires. com me Ie p, Noël. Ie p, Lalouère et Wallis; iI s'est improvisé inquisiteur, plus sévère que Ie coadjuteur de Rouen. pour obliger à rétractation un prêtre dont la théologie \'inquiétait; il a aimé les richesses et disputé à sa sæur Jacqueline la dot qu'elle réclamait pour entrer en religion. Ne Ie simpli/ions pas, Aussi bien les séduisantes hagiographies trahissent celui qu'elles prétendent grandir, Si Pascal s'estlëñtement élevé à la perfection chrétienne par une lutte obstinée contre une nature ardente, inAexible et hautaine, s'iI a dû vaincre des attachements forts et son amour certain de la gloire, ne surpasse-t-il pas les âmes moins orageuses que des passions plus tièdes prédisposent à de plus faciles saintetés ?

Pascal avant sa première conversion (1623-1646) \

Blaise Pascal. né à Clermont-Ferrand Ie 19 juin 1623, appartient à une vieillefamille d'.luvergne, anoblie par Louis XI.

Son père, Etienne Pascal, fils d'un irésorier de France, après ses études de droit à Paris. avait acheté à Clermont une charge de- (( conseiller élu )); il devint bientôt second président en la cour des aides de Montferrand, cour transférée, en 1630, à Clermont. II avait épousé en 1616 Antoinette Bégon, fille d'un ancien échevin, réputée pour son esprit et sa charité. Elle mourul en 1626, laissant trois enfants en bas âge :

Gilberte, la future M · Périer, née en 1620; Blaise. de trois ans plus jeune; Jacqueline.

la future sæur Sainte-Euphémie de Port- Royal, née en 1625.

L'enfance de Blaise Jut maladive. A deux ans, il ne peut supporter la Vue de J'eau; il a des convulsions si ses parents s'approchent J'un de J'autre en sa présence, II guérit,

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