‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 321 sur 402 · BLAISE PASCAL · texte numérisé non relu

BLAISE PASCAL

Dessin à la sanguine exécuté par Domat, ami de Pascal. sur une page d'un ouvrage de droit. On lit dans Ie haut cette note de Domat Ie fils: II Mon père s'est servi de ce corps de droit pour son ouvrage des lois civiles, et au bas : .. Portrait de

Mr Pascal fait par mon père. II On ne possède aucun autre portrait de Pascal exécuté de son vivant. - Ce dessin est aujourd'hui la propriété de 1\1. Maurice Barrès. qui a bien voulu en autori er la reproduction.

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mais sa santé reste précaire. Elle s'altérera gravement quand il atteindra sa dix-huitième année.

En 1631, Etienne Pascal vend ou donne sa charge à un frère, vient résider à PaIis, place sa fortune en rentes sur I' Hô el de V ille et se consacre tout enlier à ses devoirs paternels. En 1638, aCCl'sé d'avoir fomenté certains troubles, d fuit Paris pour éviter une arrestation. Mais ses amis intercèdent, apaisent Richelieu. Jacqueline joue avec un grand succès devant Ie cardinal l'Amour tyrannique de Scudéry et obtient la grâce de son père. Sur la fin de 1639, Etienne Pascal est envoyé par Richelieu à Rouen com me second intendant, Une sédition violente vient d'éclater. Le révolté de la veille part aVec les troupes du maréchal de Gassion, qui vont étouffer l'insurrection. II demeure à Rouen jusqu'erl 1648.

(( PAS D'ÉCRIVAIN, a dit 1\1. Lanson, qui soit plus engagé dans ses livres de toute sa personne et de toutes les parties de son humanité. )) Qui veut com prendre \ l' eeuvrc de Pascal regardera donc surtout Pascal lui-même, II doit à son père toute sa première formation. II n'a fréquenté aucun collège, il n'a pas eu d'autre professeur. Privé de mère à l'âge de trois ans, il a grandi, entre deux seeurs très bien douées, auprès de ce père veuf, qui entendait élever luimême ses enfants, sans aide et à sa façon. Quel homme est Ie président Etienne Pascal?

II possède, à n'en pas douter. un caractère assez rude. Quand il soupçonne une pauvre femme d'avoir jeté un sort à son enfant, il a une manière de lui promeltre la corde qui fait aussitôt jaillir les aveux. Ilia rencontra sur l'escalier, raconte sa petite-fille Marguerite Périer, et (( lui donna un soufHet si fort qu'il lui fit sauter Ie degré )) (l. I, p. 128). Les quartiers de rente sur l'Hôtel de Ville ne sont-ils pas intégralement payés, sa protestation domine celie de tous les autres mécontents, (( Commissaire député par Sa Majesté en la haute Normandie pour l'impôt et la levée des taxes n, il pressure sa provinceau point de provoquer des rébellions. Quand Ie P. Noël, digne recteur du collège de Clermont, se permettra sur ({ Ie plein du vide )) d'assez innocentes plaisanteries, il administrera à ce savant septuagénaire ce qu'il appelle une correction fraternelle, con forme au précepte de l'Evangile; il s'agit d' une virulente épÎtre de trente pages, OÙ l'on remarque un art supérieur de donner aux peccadilles l'air Ie plus criminel. Blaise n'est pas comme la mère Angélique sous l'influence d'un François de Sales.

Dans ce families de magistrats, l'atmosphère est chrétienne, Mais la religion d'Etienne Pascal est une religion de coutume, qui ne donne pas un caractère d'austérité à sa vie. ({ II avait de la piété, dit un historien de Port-Royal, mais elle n'était pas éclairée, II neconnaissait pas encore les devoirs de la vie chrétienne et il croyait pouvoir allier des vues de fortune avec l'Evangile, )) Ses actions, affirme de même Marguerite Périer (l. I, p, 16), ({ n'étaient proprement l'efiet que d' une vertu morale, mais point du tout d' une vertu chrétienne )). Pourquoi la foi de ses enfants serait-elle plus vive? Gilberte dit de sa seeur, la future religieuse, {{ qu'elle avait un grand éloignement et même un peu de mépris pour la religion (entendez : Ie couvent), parce qu'elle croyait qu'on y pratiquait des choses qui n'étaient pas capables de satisfaire un esprit raisonnable )) (t. I, p, 151). Si elle ne dil rien de la piété de Blaise pendant son enfance, et si Ie Nécrologe de Port-Royal est également muet sur ce point, c'est qu'il n'y a rien à en dire.

\ Ses dispositions naturelles, l'éducalion qu'il reçoit de son père, les causeries des familiers de la maison ne lui tracent guère qu'une voie : il est géomètre. Son père a eu dessein de lui enseigner d abord les Ilangues et de lui dérober que que temps les séductions des mathématiques par crainte qu'il ne néglige Ie latin. l\lais vainement Etienne Pascal a serré ses livres et surveillé ses conversations avec ses amis. La curiosité de l'enfant est en éveil; plus on difière l'initiation, plus on allise son désir. (( Mon frère, écrit Gilberte, voyant celie résistance, demanda un jour ce que c'était que celie science et de quoi on y

trattatl. Mon père lui dit en génélal que c'était Ie moyen de faire des figures justes et de trouver les proportions qu'elle< ont entre elles, et en même temps lui défendit d'en parler davantage et d'y penser jamais. )) Sur quoi Blaise y pense toujours, trace des figures avec du charbon sur les \ carreaux, formule à sa manière des axiomes et se laisse surprendre un jour tout occupé à démontrer que la somme des angles d' un triangle est égale à deux angles droits. Le père, {{ épouvanté de la grandeur et de la puissance de ce génie n, pleure de joie et donne à son fils des ouvrages de géométrie, Tel est Ie récit de Gilberte, Tallemanl des Réaux rapporte la scène autrement :

Blaise aurait avoué, tout tremblant, qu'il avait lu, aux jours de congé seulement, six livres d'Euciide, Ie premier en une soirée, les suivants plus rapidement encore : ce qui demeure un joli tour de force, Cette version supprime, sans nuire à la gloire du jeune Pascal, une invraisemblance qui ne laissait pas de nous inquiéler un peu. Nolons qu'il vient de manifester également ses aptitudes aux recherches expérimentales en composanl. à onze ans, un petit traité sur les sons, ({ tout à fait bien raisonné)), Le choix même de ce sujet prouve combien l'enfant est associé aux préoccupations inlellectuelles de son père. Etienne Pascal passe à celie époque pour l'un des savants les plus compétents en acoustique. Le P. l\lersenne, lui dédiant un livre de son Harmonie universelle (1636), Ie loue de cette érudition spéciale et surtout ({ du mariage très excellent)) qu'il a fait {{ de la pratique avec la théorie n. Ce {( mariage )) caractérisera plus encore Ie génie de Blaise Pascal.

Le salon du président est une sorte d'académie des sciences. On y rencontre Ie P. Mersenne, Roberval, Carcavi, Mydorge, Gassendi, Ie Lyonnais Desargues, Elienne Pascal correspond avec Fermat, de Toulouse, Ie plus grand mathématicien du temps, II est l'un des cinq commissaires que Richelieu désigne en 1634 pour examiner une découverte de l'astronome l\lorin relative à la détermination des longitudes (t, I. p. 170). Pourlant, ne l'imaginons pas {( avec une longue robe de pédant )), II a d'autres relations: les Arnauid, qu'il connaÎt depuis ses années d'études de droit à Paris; ses voisins, 1\1, de Morangis, directeur des finances, et l\l me de Morangis; l'acteur l\lontdory, qui a créé Ie théâtre du Marais et révélé à Paris la Mélite de Corneille: Mille Sainlot, la maÎtresse de Voiture, à laquelle il confie Jacqueline pendant quelques mois qu'il va passer en Auvergne avec ses autres enfants, et I'aimable Le Pailleur, mathématicien lui aussi, mais surtout gai compagnon, passablement débauché, musicien, parasite de grands seigneurs, devenu l'homme de con fiance d'une vieille coquelle, la maréchale de Thémines. Le président fait assez grande figure dans la bourgeoisie parisienne. II est assuré que B'aise n'a pas allendu sa renconlre avec Ie duc de Roannez ou avec Ie chevalier de Méré pour savoir ce qu'était un (( honnête homme)). A Rouen, même vie, plus brillante encore, Le nouvel intendant reçoit les personnages notables de la vilie et il n'en est pas alors de plus en vue que Corneille, dont Montdory entretient depuis long temps les Pascal. Jacqueline, qui versifie non sans talent, dcvienl l'élève du grand poèle. II semble qu'elle lui doive une conception stoïcienne de,la passion, quïl exprime dans la dédicace de la Place Royale et qu on relrouve dans les naïves Stances de la jeune fille Contre l'amour (1642).

De l'activité scientifique de Biaise à celie époque, nous possédons deux témoignages précis : l' Essai sur les coniques (1640) et la machine arithmétique.

J L' Essai est une production de sa seizième année, OÙ Descartes /,reconnut tout de suile l'influence de Desargues, Pascal ado;:>le en efiet dès Ie début certaines définilions du malhématicien Iyonnais et sa manière d'étudier les sections coniques en les considérant comme les projections d'un cercle. On lit parlout que Descartes fit peu de cas de l'o::>uscule et que Leibniz au contraire Ie prisa fort; mais on oublie d"ajouter que les deux philosophes mathéma!iciens n'eurent pas sous !es yeux les mêmes écrits de Pascal. Descarles ne vit que I'Essai, lorsqu'il parut, el, à celte dale, Leibniz n'élait pas encore né. Ce qui fut envoyé bien plus tard à Leibniz par Florin Périer, ce sont

JACQUELINE PASCAL, sæur Sainle-Euphémie. - Tableau ancien (musée de POll-Royal).

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