‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 323 sur 402 · LJ · texte numérisé non relu

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LA MACHINE ARITHMÉTIQUE DE PASCAL. - L'inscription qu'on lit à l'intérieur du couvercle est vraisemblablement de la main de Pascal.

c'est I'amour de la gloire et c'est I'amour de la science. On s'accorde à signaler Ie Diseours de la réformation de r homme intérieur, de Jansénius, comme I'une des premières lectures pieuses de Pascal. Or, Jansénius attend cette réformation de la lutte contre les trois principales formes de la concupiscence, qui sont d'après lui les désirs de la chair, la curiosité de resprit et I'orgueil. D'ordinaire, les théologiens catholiques donnaient une division un peu différente : orgueil, sensualité, amour des richesses. L'originalité de Jansénius dans cet opuscule, c'est de dénoncer fortement I'amour de la science comme un vice introduit en I'homme par Ie péché originel. II n'est pas surprenant qu'une telle analyse de noire corruption ait vivement ému Pascal : sur les trois formes de concupiscence distinguées par Ie théologien, deux Ie possédaient tout entier. II n' est pas surprenant davantage que Ie jeune savant, encore tout enivré de ses premières découvertes en géométrie et en mécanique, soit demeuré leur prisonnier. Ce n'est pas encore, ce n'est pas du tout la II renonciation totale et douce )), Donc, (( conversion manquée II, si I'on veut, mais non point à cause du choix des guides, non parce que Pascal se serait pénétré de I'esprit de Jansénius et de Saint-Cyran, bien plutôt parce qu'il ne s'est pas trouvé capable, dès cette première rencontre, d'adhérer pleinement à leur règle de vie. II en était trop éloigné, il ne pouvait d'un seul effort franchir un si grand intervalle. Gardons-nous cependant de réduire à néant cette conversion, Pascal n'aime rien faiblement. II a pu vivre sans méditer sur la religion; mais du jour OÙ sa réHexion rencontre ces hauts problèmes, il ne peut que prendre violemment parti, De son zèle religieux au lendemain de ce (( renouvellement )), nous avons deux témoignages : I'action qu'il exerce autour de lui dans sa propre famille et son acharnement à confondre un théologien d'extravagante imagination, Ie frère Saint- Ange. II semble bien que, malgré Ie récit de MIIIC Périer, on ne puisse attribuer à Blaise la conversion de son père, puisque Jacqueline, mieux informée, déclare formellement qu'Etienne Pascal II prevint II tous ses enfants. l\Jais OÙ que la grâce ait d'abord frappé, Ie feu qu' elle alluma se propagea surtout après que Blaise en fut en- Aammé. II convertit ses deux sæurs et son beau-frère, Florin Périer. II II eut, dit Ie Reeueil d' Utrecht (p. 251), assez de peine à faire comprendre à Jacqueline qu 'elle ne pouvait allier deux choses aussi co:1traires : I'espritdu monde, qu'elleaimait, et celui de la piété, qu'elle commençait à goûter; qu'il n'était pas possible, selon I'Evangile, de servir en même temps Dieu et Ie monde... Enfin it réussit, autant par ses exemples que par ses discours, à lui persuader de ne plus penser qu'à Dieu, dont elle lui témoigna toujours une grande reconnaissance, se regardant com me sa fill e ... l\lmc Périer, qui avait tout ce qu il faliait pour être agréablement dans Ie monde, étant belle et bien faite et ayant beaucoup d'esprit, renonça généreusement à tout ce qui lui avait fait plaisir jusqu'alors, aux compagnies comme aux ajustements. Elle n'avait que vingt-six ans, )) L'aUitude de Pascal à I égard du frère Saint-Ange déplaÎt à la plupart de ses historiens. On connaÎt les faits, Un ancien capucin, de son vrai nom Jacques Forton, avait tenu à Rouen des conférences théologiques qui avaient fait quelque bruit. Dès les premières rumeurs, Ie coadjuteur Camus demande au frère Saint-Ange de se justifier, accepte immédiatement ses explications et lïnvite seulement à les

ANTOINE DE SINGLlN, confesseur et supérieur des reI igieuses de Port-Royal des Champs, qui fut Ie directeur de Pascal au moment de sa conversion définitive (654)" - Gravure de Jean George Will, d'après un tableau de Philippe de Champaigne.

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