‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 326 sur 402 · VN PROVINCIAL DE SES AM IS · texte numérisé non relu

VN PROVINCIAL DE SES AM IS

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TITRE de la première édition collective des Provincia/e. (1657).

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FROSTISPICE DE LA << THtOLOGIE MORALE Ð d'Escobar (édition de Lyon, ]656). Pascal, dans la cinquième Provincia/e, raille celie représentation allégorique de r agneau et des sept sceaux dont il est question dans rApocalypse.

dant on les allie assez souvent: mais elles s'affaiblissent I'une I'autre réciproquement, pour ne pas dire qu'elles se ruinent, )) Si c'est une confidence, il faut entendre que la passion de la gloire a préservé Pascal d' une autre passion, ou du moins en a modéré la tyrannie, Or n'est-il pas légitime de supposer qu 'il a puisé en lui-même plusd'une remarque, puisqu'il compte sur les expériences personnelles de son lecteur pour se faire donner raison: (( L'on écrit souvent des choses que I'on ne prouve qu 'en obligeant tout Ie monde à faire réAexion sur soi-même et à trouver la vérité dont on parle. Cest en cela que consiste la force des preuves de ce que je dis. )) l\lais quelle que soit la valeur autobiographique du Discours, sa signification philosophique est riche. Nous y trouvons déjà la célèbre distinction de I'esprit géométrique et de I'esprit de finesse. :\1algré de fréquents emprunts au vocabulaire des Passions de J'âme de Descartes, iJ révèle en Pascal un penseur prêt à mettre à son rang cette puissance de I'homme que Ie cartésianisme répute inférieure, Ie sentiment. (( II semble que I'on ait une autre âme quand on aime que quand on n'aime pas, On devient toute grandeur :

la passion élève tout à sa hauteur... Nous naissons avec un caractère d'amour dans nos cæurs qui se développe à mesure que I'esprit se perfectionne et qui no us porte à aimer ce qui nous paraÎt beau sans que I'on nous ait jamais dit ce que c'est. Qui doute après cela si nous sommes au mond e pour autre chose que pour aimer?,.. II n'est pas possible que I'homme puisse vivre un moment sans cela )) (t. III, p. 123).

La conversion définitive Les Provinciales- Les Écrits sur la grâce (1654-1658) g

Les Provinciales ont paru d'abord isolément sous la forme de brochures in-4", de janvier 1656 à mars 1657. Puis elles ont été publiées en volume, sous Ie pseudonyme de Louis de Montalte, en 1657. L'année suivante, Nicole (Guillaume

V endrocke) les a traduites en excellent latin et enrichies de précieux commentaires. Ces commentaires ont été à leur tour traduits en français, en 1699, par Mile de Joncoux, et celie édition a été longtemps considérée com me la meilleure. - Les Provinciales ont cessé de paraÎtre après la dix-huitième, On possède Ie début de la dix-neuvième. II est vraisemblabl e que Pascal s'est interrompu par scrupule de conscience, au moment de la communion pascale de 1657, docile aux con seils de Singlin et de la mère Angélique, qui désapprouvaient celie façon de défendre Port-Royal. De plus il pouvait croire qu'il avait cause gagnée, Depuis mai 1656, les curés de Paris, de Rouen et d'Amiens avaient tenu plusieurs ,éunions au sujet de la morale relâchée. lis publient en 1658 divers f.crits, à la rédaction desquels Pascal a très probab1ement collaboré, Les f.crits sur la grâce n'ont été publiés qu'en 1908, par les soins de M. Jovy. Ce sont des notes que Pascal ne destinait pas à J'impression, mais qui nous renseignent sur ses convictions théologiques.

LA (( DISSIPATION II de Pascal fut de courte durée. Dès la fin de 1653, iI sentit la vanité de ce qui I'avait un instant séduit et il commença de se détacher du monde sans éprouver encore la douceur d'un attachement sans réserve à Dieu. On a souvent réduit cette seconde conversion à la crise violente et brève qui la termine, crise débutant par I'extase du 23 novembre 1654, s'achevant par les résolutions prises au sortir d'un sermon de i\1. Sin lin (8 décembre).

l\1ais nous savons par Jacqueline que ce dénouement fut préparé par une longue période de découragement et par des méditations sans nombre, qui révélaient à Pascal sa misère, sans d'abord lui faire aimer des biens plus solides.

Ce que furent ces longues chaÎnes de réAexions en ce temps OÙ I'âme ne sentait pas (( ces charmes dont Dieu recompense I'habitude dans la piété )), OÙ la raison presque seule préparait les voies à la grâce, nous Ie conjecturons d'après Ie petit écrit sur la Conversion du

pécheur (t. X, p. 422-426). Dans cet état, (( I'âme considère les choses et elle-même de façon toute nouvelle... Elle ne peut plus goûter avec tranquillité les choses qui la charmaient. Un scrupule continuel la combat dans cette jouissance, et cette vue intérieure ne lui fait plus trouver cette douceur accoutumée parmi les choses où elle s'abandonnait avec une effusion de cæur. Mais elle trouve encore plus d'amertume dans les exercices de piété que dans les vanités du monde.

D'une part, la présence des objets visibles la touche plus que I'espérance des invisibles, et de I'autre la solidité des invisibles la touche plus que les vanités des visibles. Et ainsi la présence des uns et la solidité des autres disputent son affection, et la vanité des uns et I'absence des autres excitent son aversion:

de sorte qu'il naÎt dans elle un désordre et une confusion. Peu à peu I'âme s'étonne de I'aveuglement OÙ elle a vécu et se porte à la recherche du véritable bien, qui doit posséder deux qualités : ne pouvoir nous être ôté que de notre consentement; surpasser ce qu'il y a de plus aimable. " On ne saurait Ille ces pages, OÙ Ie problème essentiel est posé en termes si sobres, si éloignés de toute déclamation, et d'une sincérité si émouvante, sans penser aux méditations d'un autre sage: (( L'expérience m'ayant appris que toutes les choses qui surviennent dans la vie commune sont vaines et futiles,... je pris enfin la résolution de rechercher s'iJ existait un bien véritable, capable de se communiquer, et par lequel I'âme, rejetant tous les autres biens, pourrait être affectée uniquement, un bien dont la découverte et I'acquisition m'apporteraient comme fruit la jouissance continue, pour I'éternité, du souverain bonheur. " (Spinoza, début du Traité de la réforme de J'entendement.) II semble que Ie premier mouvement de Pascal, au moment où iJ se détache du monde, soit de revenir non pas à la religion, mais aux mathématiques. Illes avait un peu délaissées depuis plusieurs années. II s'y adonne de nouveau avec ardeur et adresse en 1654 deux traités à la (( très célèbre Académie parisienne " - probablement I' Académie fondée par :vI. de Montmor, avec Ie concours de Cassendi, - en lui en promettant huit autres, II ne paraÎt pas les avoir jamais rédigés, mais il compose cette même année son très important Traité du triangle arithmétique, son Traité des ordres numé,iques, ses Combinaisons, et il entretient de juillet à fin octobre une correspondance avec Fermat sur les probabilités.

Cependant qudqu'un veillait pour empêcher que ce dégoût des occupations frivoles tournât au seul profit des sciences profanes, (( Depuis que Jacqueline était entrée en religion, elle avait tous les jours augmenté en ferveur et tous ses sentiments ne respiraient qu'une sainteté sans réserve; c'est pourquoi elle lie pouvait souffrir que celui à qui elle était redevable après Dieu des grâces dont elle jouissait ne fût dans la possession de ces mêmes grâces; et comme mon frère la voyait souvent, die lui en parlait souvent aussi, et enfin elle Ie fit avec lant de force qu'elle lui persuada ce qu'illui avait persuadé Ie premier. )) (Vie de Pascal, par Mille Périer, t, I. p. 65,) Le désarroi de Pascal prend fin avec I'expérience mystique dont iI a voulu pour lui-même fixer à tout jamais Ie souvenir: nous possédons encore Ie papier OÙ sa main fébrile inscrivit ce qu'il pouvait ex primer de cette illumination et de ces transports, qui durèrent environ deux heures. Cest Ie brouillon de ce fameux Mémorial, aujourd'hui perdu, qu'après sa mort on trouva cousu dans la doublure de son habit et dont f.tienne Périer nous a laissé une (( copie figurée )). Tout en tête, une croix entourée de rayons, puis une date et des noms de martyrs, et aussitôt après, au milieu d'une ligne, en letlres capitales, ce seul mot: (( FEU )), pour désigner la fulguration de la grâce, I'éblouissement, Ce n'est point un appel discret d u ciel, une grâce (( suffisante II, à laquelle il faut coopérer, c'est I'éclair qui foudroie saint Paul sur Ie chemin de Damas, la grâce pleinement efficace des augustiniens, qui ne laisse après dIe que joie et certitude, Sans raisonnement philosophique, Pascal possède Dieu : (( Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. Non des philosophes et des savants. )) Puis iI ajoute : (( Dieu de Jésus-Christ )) et deux fois it appelle : (( Jésus-Christ, Jésus-Christ II, pour marquer fortement que cette extase lui fait sentir la présence d'un Dieu personnel et

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