‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 327 sur 402 · LE DIX-SEPTI EI\I E SI ECLE · texte numérisé non relu

LE DIX-SEPTI EI\I E SI ECLE

fort justement : II Devant Port-Royal, Ie geme de Pascal est comme une force étrangère quïl importe de surveiller. quïl y aura lieu peut-être de dompter à nouveau. jusqu'au jour où les événements viennent donner I'occasion d'employer ceUe force au service de la vérité chrétienne et de la liberté re\igieuse. " Celte occasion est fournie I'année même OÙ Pascal arrive à Port-Royal. par Ie grand péril que la cause janséniste court en la personne d'Arnauld. Pour avoir déclaré dans sa Lethe à un duc et pair que I Ëvangile et les Pères nous montrent en saint Pierre un juste auquella grâce a manqué, Arnauld vient d'être diféré à la Faculté de théologie (Ier décembre 1655). et sa condamnation paraÎt certaine, Ses amis Ie pressent de se défendre. II prépare un écrit et Ie lit à ces I\Iessieurs, qui n'y donnent aucun applaudissement. Alors illeur dit : Ie Je vois bien que vous trouvez cet écrit mauvais et je crois que vous avez raison, )) Puis. se tournant vers Pascal : II I\lais vous qui êtes jeune, vous devriez faire quelque chose. " Pascal consent et lit son essai devant Arnauld. qui s'écrie : I( Cest excellent, cela sera goûté. il faut Ie faire imprimer. ,,(Voirlerécitde I\Iarguerite Périer, I. VII, p. 60-6 I.) La première Lettre écrite à un Provincial par un de ses amis sur Ie sujet des disputes présentes de la Sorbonne parait anonyme Ie 23 janvier 1656, L'audace est grande dïntervenir sans compétence spéciale dans une querelle sur la grâce, c'està-dire dans la controverse la plus compliquée. la plus obscure, la plus fertile en embûches qui ait jamais divisé les docteurs depuis saint Augustin. lVIais ceUe audace est nécessaire, car à la Sorbonne les adversaires de Port-Royal triomphent et il n'est guère de recours à espérer : Ie cardinal de Retz. archevêque de Paris, ne peut rien de son exil; la reine mère est prévenue contre les jansénistes; à Rome domine l'inAuence des jésuites. II faut saisir un tribunal nouveau. l'opinion publique. et mieux vaut que devant un tribunal l'avocat ne soit pas UII théo!ogien de profession, O'ailleurs. aux côtés de Pascal se tiennent Arnauld et Nicole: ils fourniront les textes, discuteront Ie plan de chaque I( petite leure ". Et déjà bien des matériaux sont rassemblés. Dès 1643. Arnauld (peut-être Hallier) a publié un opuscule intitulé la Théologie morale des ]ésuites extraite fìdèlement de leurs livres. L'altaque a si bien porté que les jésuites les plus connus de I'époque, Pinthereau, Caussin, Le Moyne, Annat ont multiplié les réfutations. Ce seullibelle, ainsi que i\1. Lanson I'a montré avec détail (Revue d'histoire littéraire de la France. 1900. p. 169-195). contient Ie sujet de sept Provinciales, mais il faut tout Ie génie de Pascal pour extraire de ce s vère et morne réquisitoire ces pamphlets qui pass:onneront Ie public et provoqueront son rire en l'indignant. On a pu dire qu'on a tout mis entre les mains de Pascal et que pourtant il a tout créé. Sa meilleure inspiration. c'est peut-être de substituer à la discussion abstraite des thèses sur la grâce ou sur les cas de conscience des dialogues animés avec des personnages qui vivent sous nos yeux et discréditent leurs arguments par leurs propres ridicules. II y a ceux qu'interroge rami du Provincial et qui parlellt au nom de tout leur ordre avec une naïveté compromettante; puis tout près d'eux les plus célèbres jésuites du temps. Ie P. Sauny I( qui ôte les péchés du mondc ". Ie P. Annat qui pourrait lui disputer ceUe gloire, Ie P. Le Moyne qUi enseigne en pleine Sorbonne (I la dévotion aisée '), Ie P. Cellot qui nous dispense de rf'stituer les dépôts, nous renvoyant chez nous II chargés d écus et déchargés de scrupules ,,; au troisième plan enfin. la légion de ces nouveaux docteurs qui ont fait disparaÎtre saint Augustin. saint Ambroise et saint Jérôme, et qui s'appellent Villalobos, Conink, Llamas, Achokier, Dealkozer, Della Cruz, Vera-Cruz. Ugolin. Tambourin, Squilanti, Sarcola, Simancha.., Leur énumération tient douze lignes : II - a mon Père. lui dis-je tout eflrayé. tous ces gens-Ià étaient-ils chrétiens? - Comment, chrétiens? me répondit-il. Ne vous disais-je

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