‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 334 sur 402 · II \J · texte numérisé non relu

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M\SQUE MORTUAIRE DE PASCAL. - Les deux profils ont été photographiés de manière à faire apparailre I'asymélrie du visage.

témoins directs, au lieu que les prophéties constituent une preuve de valeur univer elle et éternelle, grâce à la dispersion providentielle du peuple juif. Dépositaire des Livres saints, ce peuple les fait connaÎtre à toute la terre. Chacun peut lire les innombrables prophéties qui annoncent la venue du Christ, les particularités de sa naissance, de sa vie et de sa mort. Chacun se demandera si elles ont été véridiques ou menteuses et Ie Nouveau Testament lui répondra (693,601, 706 ; cf, Petitot, ouvr. cité, p. 264-295).

Si Ie miracle joue un moindre rôle dans la conversion du genre humain, il frappe très vivt'ment les jansénistes, aussi bien ceux de la première génhation que les contemporains et successeurs du diacre Pâris. Les miracles se muhiplient quand meurt Saint-Cyran, quand meurt la mère Angélique, et presque à toutes les heures graves de l"histoire de Port-Roval. I\lais la famille Pascal a Ie sien, la fameuse guérison de !\1arguerï"te Périer par I'auouchement de la Sainte-f.pine, Pascal y avait vu un encouragement à continuer ses Provinciales; peut-être lui devait-il sa vocation apologétique, II consuha sur cet évél1ement surnaturel 1\1. de Barcos, Ie savant neveu de Saint-Cyran, et construisit sous son inspiration une théorie du miracle et du discernement du miracle (803 à 856, et I'appendice qui suit ceUe section XIII).

Ces recherches sur les prophéties et les miracles l'obligèrent à se transformer en exégète. II apprit l'hébreu. II s'initia aux controverses bibliques à l'aide d'un curieux ouvrage, vieux de quatre siècles, mais édité pour la première fois en 1651 avec les savants commentaires de Joseph de Voisin, Ie Pugio fidei, du dominicain Raymond I\lartin. Chargé par saint Louis d'une vaste enquête sur la liuérature talmudique, ce théo\ogien érudit et subtil avait forgé ce Poignard de La foi pour contraindre les J uifs à passer de l'ancienne Loi à la nouvelle, C'est Ie problème que rencontre un instant Pascal. et I'on conçoit qu'il ait éludié ce livre de plus près qu'aucun autre. T outefois, prophéties et miracles, arguments fournis par l'exégèse et par I histoire, sont des preuves qui s'adressent surtout à l'esprit et dont la force dépend en partie des convictions déjà formé::s: (( Les miracles discernent la doctrine et la doctrine discerne les miracles. I) Pour nous porter à croire, il faut ans d3ute éclairer l'es;>rit, mais plus encore il faut I( indiner I automate I) (252). Car (( nous sommes automate autant qu'esprit ", et, pour nous persuader, la I( coutume I) fait plus que la raison, i( II faut que I cxtérieur soit joint à l'intérieur pour obtenir de Dieu, c'est-à-dire que l'on se meUe à genoux, prie des lèvres, etc. '1 (250), (l Vous voulez aller à la foi et vous n'en savez pas Ie chemin... Apprenez de ceux qui ont été liés comme

vous : ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre et guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé : c'est en faisant tout comme s'ils croyaient, en prenant de l'eau bénite, en faisant dire des messes, ete. Naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira. - I\<lais c'est cela que je crains. - Et pourquoi ? Qu'avez-vous à perdre? II (233). Les psychologues contemporains ont sou vent remarqué com bien Ie cons::iI pascalien est con forme à ce qu'ils enseignent couramment sur la formation des sentiments et des croyances : l'émotion jaillit spontanément dans la conscience lorsque la machine a été ployée dans Ie sens convenable, c'est-à-dire quand nous imitons les gestes et les auitudes caractéristiques de ceUe émotion. Pascal dit cela et dit autre chose. II dit que la croyance vient de Dieu. Entre l'o;>ération qui dispose l'automate et la nóissance de la foi, il y a du surnaturel. et ce surnaturel est tout. Mais l'intervention divine n'est pas nécessairement capricieuse: nous avons rappelé I'opinion de saint Augmtin sur ce point. En sorte qu'il peut y avoir des règles présidant à l'infusion de la grâce, et par leurs dfets ces règles ne diffèrent peut-être pas beaucoup de ce qu un psychologue non théo!ogien a::>pellerait les lois de la formation des croyances.

L'apo!ogétique de Pascal est donc une ascétique plus qu une démonstration. Elle n'auend pas tout de l'æuvre des hommes. Elle compte sur Dieu. Cest au fond Ie véritable sens de la di<tinction célèbre, et pourtant trop souvent peu comprise, que fait Pascal entre Ie cæur et la raison. Ce n'est point l'entendre que prêter simplement à Pascal l'intention éclectique d'utiliser la sensibilité aussi bien que l'intelligence pour convertir l'incrédule, On croit lui rendre justice en signalant qu'il a délloncé un intellectua!isme trop étroit. I\lais en réalité on néglige I'essentiel, si I'on oublie qu'il ne situe pas sentiment et raison sur un même plan. Son jansénisme se marque ici encore par sa dénance à l'égard de notre raison corrom,:>ue, Rien de plus signincatif que ceUe page de r Esprit géométrique (t. IX, p. 259) où il proclame la valeur de la démonstration par l'absurde. L'homme est enclin à nier ce qui dépasse son intelligence, par exemple la divisibilité à l'innni d'une grandeur, et cela parce que la démonstration directe lui échappe. Or ceUe impuissance est sa condition ordinaire. La métho e qui s'adapte à notre misère consiste en pareil cas à considérer la proposition contradictoire, à se rendre compte qu'elle est fausse et à se retourner ensuite vers la première proposition qu'on tiendra pour vraie, sans la comprendre d'ailleurs davantage: ,( C'est une maladie ordinaire à l'homme de croire qu'il possède la vérité directement: et de là vient qu il est toujours disposé à nier ce qui lui

DESCARTES. - Portrait par David Beck. peintre de la reine Christine (musée de Stockholm). Bien qu'ãgé de cinquantetrois ans, Descartes para it "Ius jeune sur ce portrait que dans Ie tableau de Franz Hals. On remarque cependant des mèches blanches dans sa perruque, qu'il portait grisonnante depuis 1649.

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