‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 336 sur 402 · LE DIX-SEPTIEI\IE SIECLE · texte numérisé non relu

LE DIX-SEPTIEI\IE SIECLE

dans les Pays-Bas; il devait s'y trouver depuis plusieurs mois quand son nom apparaít pour la première fois dans Ie Journal de Beeckman, à la date du 10 novembre 1618, II quitte la Hollande Ie 19 avril 1619, visUe Ie Danemark, se rend à Francfort, où il assiste aux fêtes du couronnement de /'empereur Ferdinand 11 (juillet-septembre 1619), et prend du service dans /'armée catholique du duc de Bavière. Sa carrière militaire se termine à la fin de 1620. II accomplit alors de grands voyages à travers la Bohême, /'Allemagne du Nord et la Ho/lande, puis revient en France (février 1622), OÙ il demeure jusqu'en septembre 1623 pour régler des affaires de famille. 1/ vend ses terres, et ces réalisations lui procurent un revenu de six ou sept mille livres qui lui assurera /'indépendance et Ie loisir, 1/ repart pour de nouveaux voyages, cette fois en Suisse et en ltalie, assiste à Venise aUx épousailles du doge avec /'AdIiatique (/6 mai 1624), accomplit Ie pè/erinage à Notre- Dame-de-Lorette dont il a formé Ie væu en 1619, visite Rome, revient en France par les Alpes et par Lyon. Après un séjour en Poitou, il se rend à Paris, où il va passer la plus grande partie des années 1626, 1627, 1628. Sa vie est celie d'un jeune noble, aimant la musique et Ie jeu, lisant des Oers et des romans, curieux de toute sorte de sciences. II a un duel dont il sort vainqueur et faisant grâce de la vie à son adversaire désarmé. l/fréquente l'astronome J.-8. Morin, Ie mathématicien Mydorge, /'ingénieur Villebressieu, /'habile ouvrier en optique Ferrier, Ie P. Gibieuf de /'Oratoire, Jean de Silhon, fauteur des Deux Vérités, et surtout Ie P. Mersenne, de /'ordre des Minimes, qui demeurera son plus intime ami. ee SnOT QUE l'âge me permit de sortir de la sujétion de mes précepteurs, je quitlai entièrement I'étude des letlres (c'est-à-dire des livres) ; et, me résolvant de ne chercher plus d'autre science que celie qui se pourrait trouver en moi-même ou bien dans Ie grand livre du monde, j'employai Ie reste de majeunesse à voyager, à voir des cours et des armées, à fréquenter des gens de diverses humeurs et conditions, à recueillir diverses expériences, à m'éprouver moi-même dans les rencontres que la fortune me proposait... I) (t.. VI, p, 10-11). La première page de ce grand livre du monde que contempla Descartes après son propre pays fut la Hollande. II y vint étudier Ie métier des armes auprès du plus fameux soldat de I'époque, Ie brillant stathouder Maurice de Nassau. Les savants travaux de M. Gustave Cohen sur les fcrivains français en Hollande dans la première moitié du XVII' siècle no us apprennent que depuis vingt ans nombre de gentilshommes Írançais avaient suivi la même route: Jean de Schelandre, Henri de Coligny, Léonidas de Béthune. Odet de La Noue, Du Buysson, Fourmentières, Montesquieu de Rocques, Montmartin, Dommarville. Beaucoup étaient tombés devant Ostende, devant Nieuport. devant Grave, devant Juliers. T ous avaient voulu servir sous Ie grand capitaine, fascinés par sa hardiesse, sa science de la guerre et sa constante fortune.

A leur exemple, Descartes vient tenir garnison à Bréda, II y rencontre un jeune médecin très cultivé, bon mathématicien et bon physicien, Isaac Beeckman, de six ans son aîné, qui deviendra plus tard principal du collège de Dordrecht. Beeckman lui propose des problèmes curieux et I'empêche de s'abandonner au désæuvrement. Descartes lui dédie. Ie 31 décembre 1618, son premier ouvrage, un Traité de musique, I1lui écrira I'année suivante: (( Je m'endormaiset vous seul m'avez éveillé II (t. X, p. 162). Par ses letlres à Beeckman, nous connaissons les occupations du jeune officier à cetle date: iI étudiait la peinture,l'architecture militaire et surtout Ie hollandais (t. X, p. 152), Quelques mois plus tard, sous d'autres cieux, se produit l'événement qui a peut-être décidé de toute sa vie.

(( j'étais alors en Allemagne, où I'occasion des guerres qui n'y sont pas encore finies m'avait appelé ; et comme jt" retournais dU" couronnement de I'empereur vers I'armée, Ie commencement de I'hiver m'arrêta en un quartier OÙ, ne trouvant aucune conversation qui me divertît et n'ayant d'ailleurs, par bonheur, aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurais tout Ie jour enfermé seul dans un poêle où j'avais tout Ie loisir de m'entretenir de mes pensées II (Discours de la méthode, t, VI. p. II), Cet entretien avec sa pensée ne fut pas la calme et froide méditation que laisserait supposer ce récit. Par les fragments que nous a conservés Baillet d'un opuscule intitulé Olympica, terme désignant la région des choses divines, no us savons quïl s'accompagna d'une exaltation singulière. Nous lisons dans un de ces fragment:; : (( 10 novembre 1619, Comme j'étais transporté d'enthousiasme (en tendons une sorte de délire divin), ayant découvert les fondements d'une science admirable... )) (Cum plenus forem enthusiasmo et mirabilis scientiæ fundamenta reperirem...). S'étant couché dans cet état d'excitation intellectuelle, iI eut trois songes quïl

interpréta Ie lendemain, sans hésitation, comme un message venu de I' (( Esprit de Vérité II qui lui prometlait de lui ouvrir les trésors de toutes les sciences (Baillet, ouor. cité, t, I. p. 80-86), Les jours suivants, iI supplia Dieu et la sainte Vierge de I'éclairer plus complètement sur leur volonté et forma Ie væu d'un pèlerinage à Notre-Damede-Loretle, Ie sanctuaire Ie plus vénéré des catholiques, Qu'était cetle merveilleuse découverte? II ne faut penser ni à la méthode, puisque Ie Discours nous apprend qu'i1 se met précisément à la chercher et se promet d'employer assez de temps à cetle tâche (t. VI. p. 17), ni à la fusion de la géométrie et de I'algèbre en une mathématique plus générale, car ni la seconde partie du Discours, ni Ie commentaire des O/ympica par Baillet et son récit des trois songes ne contiennent la moindre allusion à une invention de cet ordre. Les deux premiers songes enseignent à Descartes que Dieu a des desseins sur lui : (( La foudre dont il entendit l'éclat était Ie signal de I'Esprit de Vérité qui descendait sur lui pour Ie posséder. )) Dans Ie troisième songe, il aperçoit deux livres: d'abord un Dictionnaire, qui, selon lui, (( ne voulait dire autre chose que toutes les sciences ramassées ensemble I) ; puis un Corpus poetarum, qui (( marquait en particulier, et d'une manière plus distincte, la philosophie et la sagesse jointes ensemble I). Vient ici, dans Ie récit de Baillet, pour expliquer la relation entre un recueil de poésies et des pensées aussi profondes, la traduction du fragment des Olympica précédemment cité. Ces textes paraissent établir trois choses. Premièrement, toutes les sciences ne sont qu'une science et une même clef en ouvrira tous les trésors. Secondement, c'est Dieu lui-même, non pas un esprit malfaisant de ténèbres et d'erreur, qui invite Descartes à rechercher cetle clef. Troisièmement, iI doit la chercher en soi-même, parce que la vérité est en nous comme Ie feu dans Ie silex. Certes, sur ces trois points, Ie Discours est médiocrement explicite. Ëcrit près de vingt ans après l'exaltation de la découverte, il représente, selon la juste expression d'un récent historien. (e une couléede lave refroidie et solidifiée )) (Chevalier, Descartes, p. 45). L'idée de I'unité de la science s'y retrouve pourtant en maints passages. Lïdée de la protection divine est devenue ce principe que Dieu garantit la véracité des idées claires et distinctes. Lïdée d'une lumière quïl faut chercher en soi-même et non dans les choses extérieures est, au fond, I'âme de toute la méthode, ainsi que nous en persuade avec force la plus sommaire lecture des Règles pour la direction de /'esprit. Si nous nous étonnons des formules voilées du Discours, rappelons-nous ce qu'écrit Descartes au P. Vatier: (( Je vous dirai que mon dessein n'a point été d'enseigner toute ma méthode dans Ie Discours, OÙ je la propose, mais seulement d'en dire assez pour faire juger que les nouvelles opinions qui se verraient dans la Dioptrique et dans les Météores n'étaient point conçues à la légère II (1. I, p, 559). La grande découverte du 10 novembre 1619, c'est donc I'idée de I'unité des sciences dans la sagesse, c'est-à-dire dans Ie savoir que no us puisons en nous-mêmes. Si (( Ie feu prit au cerveau II, comme I'écrit Baillet, si sa ferveur religieuse s'exalta au lendemain de cetle illumination, c'est que Descartes se sentit élu par Dieu pour élever Ie nouvel édifice. Voilà ce qu'il faut lire entre les lignes du Discours. Quand iI énonce comme l'une des premières pensées de sa méditation cetle remarque, en apparence banale, que (( sou vent iI n'y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces et faits de divers maîtres qu'en ceux auxqucls un seul a travaillé II, entendons qu ïl se prépare à devenir l' unique artisan d' une réforme totale de la connaissance humaine. Quand iI nous parle de cet (( hOInme de bon sens II qui, par ses simples raisonnements, a plus de chances d'approcher la vérité que les innombrables auteurs de livres sur des sciences incertaines, entendons que cet homme de bon sens s'appelle Descartes et rappelons-nous qu'i1 vient d'écrire : (( Je pris un jour résolution d'étudieren moi-même. II La modestie des formules impersonnelles du Discours ne sert qu'à écarter l'accusation de témérité et de présomption ; mais leur sens n'est pas douteux : un seul homme va constituer à lui seulle corps en tier des sciences, et cet homme, ce sera lui (Cf. f.tienne Gilson, Descartes en Ho/lande, dans la Revue de métaphysique et de morale, 192\, p. 552).

U ne autre date inquiète les biographes, exactement postérieure d' un an à la méditation de 1619. Les Olympica portent: (( II novembre 1620, j'ai commencé à comprendre Ie principe d'une invention admirable (cæpi intelligere fundamentum inventi mirabilis) II. Cetle fois on pourrait penser à la découverte de la méthode. Mais puisque Descartes parle seulement du principe d' une invention admirable et que Ie principe de la méthode est en somme lïdée de I'unité du savoir humain, la découverte de 1620 se confondrait, dans cetle interprétation, avec celie de 1619. En nous rappelant qu'au début de la Dioptrique (t. VI, p.8\), Descartes désigne comme une (( invention admirable II celie des lunetles astronomiques; que d'autre part, d'après Borel, son plus ancien biographe, Descartes, au lendemain de la bataille

livrée Ie 8 novembre sous les murs de Prague, alia voir dans cette ville les instrumenls de Tycho-Brahé; qu'il y trouva cerlainement, à défaut de ces inslruments, les ouvrages de Kepler sur I'optique, nous inclinerions à penser qu 'il entrevit, Ie II novembre 1620, I'explicalion, c'est-à-dire la Ihéorie malhématique des lunettes (Cf.

Milhaud, Descartes savant, p. 89-102, et Chevalier, oUVr. cité, p. 50).

Un seul événement au cours des neuf années qui suivent paraíl avoir exercé sur sa pensée une inRuence profonde, Dans une réunion qui se tint à Paris, chez Ie nonce du pape, en novembre 1628, un certain Chandoux, aventurier éloquenl et audacieux, exposa ses idées sur une nouvelle philosophie et lit grande impression sur ses auditeurs, mais non sur Descartes.

Le cardinal de Bérulle remarque cette froideur et prie Descartes de s'expliquer, Le nonce joinl ses instances à celles du cardinal. Alors Descartes montre que la méthode de Chandoux est aussi vaine que la scolastique, qu'e1le peut servir à rendre Ie faux vraisemblable et à faire douter des proposilions les plus incontestables. On lui demande sïl possède des procédés plus sûrs pour dislinguer la vérité de I'erreur et il découvre à I'assemblée quelque chose de sa méthode, De Bérulle comprend la fécondilé des principes de Descartes; iI invite Ie jeune philosophe à venir lui exposer plus complètement ses idées et illui fait une obligation de conscience d'employer à la réforme de la philosophie, probablement à la défense des grandes vérités métaphysiques qui s'accordent avec la foi calholique, la force et la pénétration d'esprit que Dieu lui a départies. II ne restait à Descartes qu'à choisir la retraite la plus favorable à I'exécution de ce grand dessein. II choisit la Hollande,

de se plier aux caprices de celie reine fantasque, de s'exposer au froid pour se rendre au palais à cinq heures du matin, il contracte une pneumonie, tente de se soigner lui-même et meurt Ie 11 février 1650, âgé de cinquante-trois ans.

Ii>

POURQUOI Descartes s'est-il exilé en Hollande? Qu'attendait-i1 d'un séjour au milieu de ces marchands attentifs à leur prolit, qui se hâtent à leurs affaires sous les arcades de la Bourse et sur Ie Dam?

Que peut venir chercher ce sobre philosophe au milieu de ce monde de buveurs dont Ërasme blâme la gloutonnerie épicurienne et Théophile lui-même la II desbauche opiniastre ))? Comment cet homme d'étude, de santé délicate, qui a besoin de demeurer couché jusqu'à midi, peut-il songer à s'accommoder d'une médiocre installation à Franeker, OÙ il reconnaítra que Illes lits sont fort incommodes et qu'il n'y a point de malelas))? Comment ce catholique pratiquant, cet ami du cardinal de Bérulle et du P. Mersenne, peut-i1 se résoudre à émigrer dans un pays calviniste OÙ Ie culle catholique est interdit, à se lixer même en 1640 à Harderwijk,où il est persécuté,où un prêtre sera condamné à six cents Rorins d'amende pour avoir célébré la messe?

Autant de questions auxquelles les biographes de Descartes répondent mal, parce qu'ils ne s'intéressent qu 'à Descartes, I\'1ais nous savons aujourd'hui que la séduction exercée sur nos gens de guerre par Maurice de Nassau, les Universités de Hollande, parliculièrement celie de Leyde, I'exerçaient sur nos humanistes et nos théologiens. Leyde avait attiré de nombreux Français : Ie prédicateur Lambert Daneau; Ie juriste Hugues Doneau, émule de Cujas; Ie fameux botaniste Charles de I'Escluse; Ie grand philologue du XVI e siècle, Scaliger; B,mdius de Lille; Polyander de Metz; Ie théo l ogien protestant Ie plus en renom vers 1620, André Rivet; enlin Ie digne successeur de Scaliger, Claude Saumaise, sans parler de moindres célébrités : Saravia, Du Jon, Du Moulin, Trelcat, Basting, etc, Comme eux, Descartes a subi I'attrait de ces villes paisibles, si propres à fournir Ie cadre d'une vie studieuse. A peine arrivé en Hollande, iI se fait immatriculer à la petite Université de Franeker-en-Frise et, en 1630, à celie de Leyde. Sans priser I enseignement universitaire, i1 passera sa vie à proximité de ces centres intellectuels; il reviendra à Leyde en 1636- 1637, au moment où sïmprime Ie Discours de la méthode; iI habitera Amsterdam, Utrecht, Deventer, Harderwijk, toutes vi lies qui possèdent leur Université ou leur (( Ëcole illustre)). Parmi les villes universitaires de Hollande, on ne voit que Groningue où Descartes n'ait pas séjourné, Encore cette Université n'a-t-elle pas manqué de jouer un rôle dans sa vie; son recteur, Schoockius, ami de Voetius, lui chercha querelle, mais Descartes y recruta deux alliés, Ie Français Samuel Desmarets et I'Allemand Tobie Andreae. La vie qu'iI mena dans ces diverses relraites, nous la connaissons par deux lettres bien curieuses qu'il adressa d'Amsterdam à Balzac (15 avril et 14 mai 1631). II y célèbre Ie calme, supérieur même à celui des champs, dont il jouit dans cette grande ville, où I'esprit de négoce détourne les habitants dïmportuner Ie prochain, II Je me vais promener tous les jours parmi la confusion d' un grand peuple, avec autant de liberté et de repos que vous sauriez faire dans vos allées, et je n'y considère pas autrement les hommes que j'y vois, que je ferais les arbres qui se rencontrent en vos forêts, ou les animaux qui y paissent. Le bruit même de leur tracas n'interrompt pas plus mes rêveries que ferait celui de quelque ruisseau... Que sïl y a du plaisir à voir croitre les fruils en vos vergers et à y être dans I'abondance jusques aux yeux, pensez-vous qu'il n'y en ail pas aulanl à voir venir ici des vaisseaux qui nous apporlenl abondammenl loul ce que produisent les Indcs elloul ce qu'il y a de plus rare en Europe? Quel aulre lieu pourrail-on choisir au resle du monde, où toules les commodilés de la vie el toules les curiosilés qui peuvenl être souhailées soient si faciles à lrouver qu'en celui-ci? Quel aulre pays où I'on puisse jouir d'une liberlé si enlière, où I'on puisse dormir avec moins dïnquiétude, où il y ail toujours des armées sur pied exprès pour nous garder, où les empoisonnemenls, les trahisons, les calomnies

ti !

r 'il'l

Pilot. communiqué(' l,al" 1'Alliulll'e frallfuise.

UNE MAISON D' AMSTERDAM où habila Descarles.

Descartes en Hollande et en Suède

:: Le Journal de Beeckman mentionne la visite de Descartes à Dordrecht Ie 8 octobre 1628. Mais Descartes paraÎt être revenu en France pour y passer l'hiver à la campagne et s'assurer par celie expérience qu'il serait capable de supporter la solitude (t. V, p. 558). II est de nouveau en Hollande, à Franeker-en-Frise, en avril 1629. Son humeur changeante Ie conduit à Leyde (juin 1630), à Amsterdam (automne de 1630), à Deventer (mai 1632), à Amsterdam encore (décembre 1633), à Utrecht (1635), à Leyde (1636), à Sandport près de Harlem (été de 1637), à Harderwijk (/ìn de 1639), à Leyde (avril 1640), à Endegeest (avril 1641) et à Egmond (mai 1643août 1649). Cest à Amsterdam qu'il connut Hélène, l'humble servante dont il eut une /ìlle qui mourut à râge de cinq ans. Celie mort fut, dil-il, (I Ie plus grand regret qu'il eût jamais senti de sa vie )).

Même en Hollande, une philosophie aussi nouvelle que celle de Descartes ne pouvait manquer de surprendre et d'inquiéter, A rUniversité d'Utrecht, où professail un de ses partisans très zélés, Le Roy (Regius), Ie doyen V oët ( V oetius) s'aliaqua au disciple, puis au maître. Malgré de so/ides mémoires défensifs qu' égayait une ironie méprisante à r égard de ses diffamateurs, Descartes eût été condamné, si /e prince d'Orange n'avait arrêté les poursuites. A Leyde, un certain Revius accusa Descartes de pélagianisme et la querelJe s' exaspéra.

Ces persécutions donnèrent au philosophe l'idée d'aller chercher /e repos en Ang/eterre ou de revenir dans sa patrie. En 1644 i/ se rend en Poitou pour rég/er une succession, en 1647 à Paris, où i/ voit Pascal, en 1648 à Paris encore, a/ors que /es troubles de 1a Fronde vont commencer. En 1649 la reine Christine /e presse de venir en Suède. 1/ hésite et d'abord congédie l'amira/ chargé de /e ramener, II redoute d'aller vivre (( au pays des ours, entre des rochers et des g/aces)). En/ìn, Ie 1" septembre 1649, i/ s'embarque, paré II d'une coiffure à boucles, de sou/iers en croissant et de gants garnis de neige I). II n'a pas à se fé/iciter de celie décision. Ob/igé

Page 1