‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 339 sur 402 · Cûht'n' ChalllpiuJ. t.dit · texte numérisé non relu

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L'U:>IVERSITÉ DE FRA"EKER où Descarles Jul inscril cornrne éludianl pour Ie serneslre d'élé 1629,

se composera de plusieurs opuscules dont quelques-uns admettent Ie mot II méthode n dans leur titre (Discours touchant la méthode de la certitude et I'art d'inventer; Dc la vraie méthode de la philosophic et de la théo/ogie, etc.). A cette époque tous les penseurs se préoccupent de la méthode et tous croient à son eflìcacité. Hamelin nous dit fort bien pourquoi (ouvr. cité, p. 33). C'est quïls viennent de rom pre avec toute autorité en matière de philosophie et qu'ils ont besoin de quelque chose qui les rassure, De très bonne heure Descartes s'est soucié de trouver une méthode, ou plutôt, comme disent les philosophes de ce temps, la méthode. Tout jeune, quand il entendait parler d'une invention ingénicuse, il tentait de refaire la découverte par lui-même, sans consulter les ouvrages qui en traitaient. Cette habitude, nous apprend-il (t, X, p. 214), lui avait donné occasion de remarquer quïl procédait en ces cas selon des règles lìxes, Au collège même iI s'était formé une méthode pour discuter en philosophie, qui ne déplaisait ni au P. Charlet, son directeur, ni au P. Dinet, son préfet, bien qu'e1le donnât un peu d'exercice à son régent. Nous possédons des fragmentsd' une Etude du bon sens ou Art de bien comprendre (Studium bonæ mentis) où I'on a vu une première esquisse des Règles pour la direction de l'esprit (Regulæ ad direction em ingcnii) , peut-être même du Discours, Les Regulæ prouvent que vers 1628 Descartes avait recueilli une abondante collection de préceptes, II nous en donne vingt et un, et I'ouvrage entier en eût apporté trente-six. Mais quand il écrit Ie Discours, il renonce à cette complication, faisant réAexion que la Logique traditionnelle rebute par Ie nombre excessif de ses règles et qu 'un Ëtat se peut bien gouverner par un petit nombre de lois, pourvu qu'elles soient fort étroitement observées. II réduit alors sa méthode à quatre préceptes et il n 'est pas de texte philosophique plus célèbre que les formules quïl en a données : (( Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle: c'est-à-dire d'éviter soigneus ment la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de Ie mettre en doute.

II Le second, de diviser chacune des diflìcultés que j'examinerais en autant de parcelles quïl se pourrait, et quïl serait requis pour les mieux résoudre.

II Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commen'

çant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés, et supposant même de I'ordre entre ceux qui ne se précèdent point natl!rellement les uns les autres. (( Et Ie dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales que je fusse assuré de ne rien omeltre (t. VI. p. 18-19).

Descartes a pris soin de marquer à ses correspondants qu'iI avait eu dessein de II parler)) de sa méthode, II non de I'enseigner )), et iI a ajouté qu' II elle consiste plus en pratique qu'en théorie " (t. I. p. 349). En fait, si les formules qui précèdent disent par ellesmêmes quelque chose à I'esprit, il serait impossible au lecteur Ie plus perspicace d'en soupçonner la véritable profondeur, si les Règles pour la direction de I'esprit n'en Fournissaient Ie commentaire. Quand il s'agit des arts, expose Descartes au début de cet ouvrage, il est bon, pour exceller, de n'en cultiver qu'un seul. J\lais il en va tout autrement des sciences. C'est un tort de les étudier à part, car non seulement elles se tiennent, mais ..lIes ne sont rien autre chose que I'intelligence ou sagesse humaine, laquelle reste toujours une, toujours la même, si variés que soient les objets auxquels elle s' applique. II n'y a donc qu' une seule science, une seule certitude, une seule méthode.

Où découvrir cette méthode unique? Les disciplines qui nous offrent seulement des opinions probables sont de nul secours. Mieux vaut la totale ignorance que la connaissance incertaine. Science veut dire évidence et certitude, Et I'on s'apercevra quïl y a plus de connaissances claires et assurées qu'on n'imagine, Ie jour où I'on ne négligera plus de considérer ce qui paraît trop facile et à la portée de tous. J\'1ais présentement iI n'est que deux sciences où les opinions probables n'ont point de place: I'arithmétique et la géométrie. Cette supériorité provient de ce que leur objet est si transparent et si simple qu'elles n'ont rien à redouter de I'expérience, parce qu'elles ne lui doivent rien. L'entendement humain les a constituées en puisant en lui-même; en d'autres termes, elles ne font appel qu'aux deux démarches essentielles de notre intelligence, qui sont I'intuition et la déduction.

(( j'entends par intuition la conception ferme qui naît dans un esprit sain et attentif des seules lumières de la raison et qui, plus simple, est par conséquent plus sûre que la déduction e1le-même )) (t. X, p, 368), Nous savons par la seule intuition que trois droites suflìsent à enclore une surface et qu'une sphère est délimitée par une

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