LE MOYEN AGE
Un chevalier est aimé d'une fée : il perd son amour pour avoir été indiscret; pourtant la fée Ie sauve des périls où iI s'est précipité par fidélité à son amie (Lan val), - Et voici encore Ie lai de Guigemar. Guigemar est un jeune chevalier du pays de Léon, qui dédaigne I'amour. Un jour quïl chasse en forêt, il poursuit une biche b!anche et la blesse: mais, par un enchantement, la fJèche se retourne contre Ie chasseur, et Ie frappe à son tour. Et comme it gÎt sur I'herbe, la biche, qui est fée, jette sur lui ce sort: ee Vassal, nul ne saura jamais te guérir, hormis, si tu peux la rencontrer, une femme qui souffrira pour toi et pour qui tu souffriras les pires douleurs. )) Le blessé erre par la forêt, parvient au rivage de la mer, 1\ y trouve une barque d' ébène, qui semble abanc!onnée. 1\ s'y couche, épuisé, sur un lit dïvoire, de cyprès et d'or, et la barque I'emporte. Elle Ie dépose sur une grève inconnue, au pied d'un donjon de marbre vert, où vit en recluse la jeune femme d'un vieillard jaloux.
Celle-ci Ie recueille, Ie soigne, s'éprend de lui. Mais, comme ils savent qu'ils ne pourront longtemps tenir leurs amours secrètes, ils se lient I'un à I'autre par un pacte. La jeune femme fait un næud au vêtement du chevalier, Ie chevalier ceint sa dame d'une ceinture: il jure de n'aimer jamais que celie qui saura défaire ce næud; elle jure de n'aimer jamais que ce\ui qui saura détacher cette ceinture. Bientôt après, ils sont surpris et séparés. Les næuds symboliques résistent, comme leur amour, à qui veut les défaire, jusqu'au jour où, après mille épreuves, se retrouvent les amants : ee Or a trespassée lor peine. II - Les situations amoureuses, les éléments merveilleux impliqués dans ces thÈmes n 'ont pas de mérite intrinsèque: il fallait, pour les mettre en valeur, Ie talent d'un poète. Celui de Marie est modeste. Elle avait peu de personnalité et elle imitait trop docilement les maîtres. Elle retient pourtant notre curiosité. Dans sa façon grêle et frêle, il y a une tenue où la sécheresse n'est pas tellement éloignée de la sobriété, et la simplicité de I'élégance; et I'on considère avec intérêt I'effort de cet art élémentaire, de ce tempérament assez effacé, mais soutenu par une intention visiblement supérieure à I'exécution, par un zèle littéraire touchant, et par un goût de la clarté qui supplée à I'éclat du talent. On possède de Marie de France une douzaine de lais. Un certain nombre d'autres sont anonymes, dont quelques-uns sont pleins d'un véritable charme, comme Guingamor. On doit citer à part, - c'est plutôt un fabliau, -Ie petit poème de Robert Biket intitulé Ie Lai du Cor, fondé sur Ie thème de la vertu magique d'une corne à boire où seuls peuvent s'abreuver les maris dont les femmes sont fic!èles.
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