IV. - Les Romans grecs et byzantins
Athis et Prophilias, p. p. A, Hilka, 1912; Partenopeu de Blois, p, p. Crapelet, 2 vol" 1834; Ipomedon, p. p. Koelbing et Koschwitz, Breslau, 1889; Cléomadès, p. p.
A. Van Hasselt, Bruxelles, 1866; Protesilaus et Florimont sont encore inédits.
Gautier d'Arras : CEuvres, p, p. Loeseth, 1890; llIe et Galeron a été aussi publié par W, Foerster (Romanische Bibliothek, VII), 1891. Au sujet d'Eracle, voir E, Faral, dans la Romania, t. XL \'1, 1920, p. 512.
SOUS LE TITRE de romans grecs et byzantins on a coutume de ranger des poèmes français qui, par desintermédiairEslatins, se ratlachent à la tradition hellénique ou néo-helllnique. Pour
les uns, I'histoire de cette filiation peut être faite au moyen de textes qui nous sont parvenus: c'est Ie cas d u roman d'Apollonius de T))r (dont la forme versifiée est perdue), de plusieurs Vies de saints qui sont de véritables romans (telles les Vies de saint Georges, de saint Grégoire, de sainte Marie I'Ëgyptienne, etc.), et du roman des Sept sages. Pour les autres, nous ne possédons plus aujourd'hui les sources grecques d'où ils dérivent, ni les intermédiaires latins quïls ont utilisés; mais on n 'en considère pas moins com me certaine leur provenance hellénique, plus ou moins directe : c'est Ie cas des romans de Cligès (par Chrétien de Troyes), d'Athis et Prophilias (par Alexandre), de Partenopcu, d'/pomedon, de Protesilaus (par Huon de Rotelande), de C/éomadès (par Adenet Ie Roi), de Florimont (par Aimon de Varenne).
Parmi les poètes qui ont composé des romans de cette catégorie, un des plus anciens, un des plus remarquables, est Gautier d'Arras, 1\ a commencé à écrire son Erucle pour Thibaut V de Blois et sa femme Marie de Champagne, et I'a terminé, vers 1165, pour Baudouin IV de Hainaut.
Ce poème peut se diviser en deux parties. La première raconte la vie d'Eracle avant son accession à I'empire. Fils d'un noble Romain, ce personnage avait acquis, par I'effet d'une grâce céleste, Ie triple don de discerner infailliblement les mérites des pierres précieuses, des chevaux et des femmes. A la mort de son père, Cassine, sa mère, pour sauver son âme, vend tous ses biens au profit des pauvres, puis Ie seul bien qui lui reste, son propre fils. Ce\ui-ci est acheté par Ie sénéchal de I'empereur, qui veut éprouver sïl est aussi habile devin qu'on Ie prétend, Mis à I'épreuve, Eracle achète une pierre, vile en apparence; mais bientôt il est reconnu qu'elle protège contre I'eau, Ie feu et Ie fer; puis il achète un poulain de pauvre mine, mais qui bientôt bat à la course les meilleurs chevaux; et quand I'empereur veut se marier, iI choisit pour lui une jeune fille d'humble condition, Athénaïs, mais qui bientôt se montre la plus digne des épouses. L'empereur part à la guerre. Malgré les con seils d'Eracle, iI fait, par jalousie, en fermer sa femme dans une tour: blessée dans sa dignité, elle se venge, L'empereur, qui a surpris son rival. décide d'abord de châtier les coupables: puis, toujours selon les avis d'Eracle, illeur fait grâce et même les marie, C'est alors que commence la seconde partie du roman, qui tourne au roman héroïque : on y apprend comment Eracle est élu empereur de Constantinople et comment, après que Ie roi de Perse, Cosdroé, a enlevé la Sainte Croix de Jérusalem, ilia reconquiert et la replace au Saint Sépulcre.
Cette deuxième partie d' Eracle est la légende de I'exaltation de la Croix, telle qu'un texte liturgique très répandu depuis Ie xe' siècle I'offrait au poète: elle n 'est pas la plus intéressante, bien que Gautier ait peut-être entrepris son ouvrage en vue de mettre cette légende en lumière et en honneur.
La première partie, qu'on peut intituler les ee enfances )) d'Eracle, traite un thème dont on retrouve les origines en Orient et qui, au XII" siècle, semble avoir été incorporé dans certaines légendes romaines : c'est là que I' auteur fai t paraÎtre ses dons les plus originaux, 1\ sait observer et iI exceile, en particulier, à peindre la vie familière et populaire. A cet égard, plusieurs pages de son roman sont charmantes, telle, par exemple, la scèneoù Eracle achète Ie poulain, et qui n'est ni moins fin::, ni
LA STATUE DE JUSTliliIEN, A CONSTANTINOPLE (8 N,. ms. français 2810).
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TRIPOLI DE SYRIE. - Le châleau vers lequel cingla Jaufré Rudel, prince de Blaye, en quêle de << I'amour loinlaine >>.
Cl. Eulart.
moins spirituelle que Ie marchandage célèbre des moutons de Dindenault par Panurge. (( Preudom, dit Eracle, s'adressant à un marchand de chevaux :
(( Preudom. fait ii, ça enlendez :
Cesl voslre poulain me vendez.
- Valez, par foi, moul volenliers; Mais il vous iert *, espoir'" trop chiers.
- T rop chiers? fail iI, vaul il cenl marÛ - Amis, nenil; mieuz fusl il ars' Que iI vous fusl sourapelez '.
Jel vous vendrai o se vous volez, Com a voisin et a ami :
Deus mars en donrez el demi, S. a voir en voulez Ie saisine., Mais jel vous vendrai en plevine' 0 - Preudom, je voi a voslre dil Que vos Ie conissiez I?e!it. .
N' e que vallS veez qUI JOU SUI.
Ne savez vous <(uïl a en lui, - T anI je sai bIen, fail Ii vilains, Que <jualre denz tienl Ii poulains; J\Ì1ais II n'a un seul plus isnel" De louz ceus qui sonl el prael.
Del pris quïl esl, çou sai je bien, Mais cist marchiez De monte rien. :
Trop estes juenes, çou m'esl vis, Pour lanl acheler sanz amis...>>
'sera, "peul-êlre,
, brûlé, 'surfail.
'fa propriélé.
'à crédil.
'rapide.
'ne vaul rien.
Gautier d'Arras ne semble pas avoir été célèbre de' son vivant; auprès de la postérité, sa réputation n'est pas grande, II était Ie contemporain de Chrétien de Troyes : on a supposé, en se fondant sur certains épisodes d' Eracle OÙ la peinture de I'amour tient une large place, qu'i1 a dû exercer de l'inRuence sur la formation de ce poète.
C'est une gloire hypothétique, et iI est plus probable que Gautier s'est contenté de suivre une mode déjà lancée par d'autres. Ce fut d'ailleurs à son détriment : son génie naturel ne Ie poussait pas vers Ie goût courtois, auquel iJ a cm devoir sacrifier dans Eracle et aussi dans Ie roman I( breton )) d'llie et Galeron, qu'il composa un peu plus tard, vers 1167, et dont Ie sujet, voisin de celui d'Eliduc, lai de Marie de France, a été traité par lui de façon assez froide. Mie x eût valu quïl suivÎt la pente de son goût personnel. qui Ie portalt vers Ie réa\isme.
On ne Ie lit plus guère : on se montre rétif devant I'effort qu'iJ impose, devant son langage plein et vigoureux, mais un peu dur et difficile.
LlTTÉR, FRANÇ, - I
V, - LA POÉSIE L YRIQUE
I, Poésie provençale. - Alfred Jeanroy, Bibliographie sommaire des chansonniers provençaux (dans la collection des Classiques français du moyen âge) , 19/6, On trouvera dans ce livre la liste de toutes les éditions des æuvres des troubadours, Les recueils les plus amples sont celui de Raynouard, Choix des poésies originales des troubadours, 6 vol., 1816-1821. et ceux de F, Mahn, Werke der Troubadours, 4 vol., Berlin, 1846-1853; Gedichte der Troubadours, 4 vol.. Berlin, 1856- A. Restori, Letteratura provenzale, Milan, 1891; Joseph Anglade, les Troubadours, 1908, et Histoire sommaire de la littérature méridionale au moy,,:n âge, 1921. 110 Poésie du nord de la France. - Gaston Raynaud. Bibliographie des chansonniers français des XlIIe et XlV e siècles, 2 vol., 1884; A. Jeanroy, Bibliographie sommaire des chansonniers français du moyen âge (collection des Classiques Írançais du moyen âge), 1918, Allred Jeanroy, les Origines de la poésie Iyrique en France, 1889, 2" éd" 1904; G. Paris, l\1élanges de littérature française, 1912; Paul Meyer, Des rapports de la poésie des trouvères avec celie des troubadours (Romania, t. X I X, 1890): J.- B. Beck, die Melodien der Troubadours, Sfrasbourg, 1908; Pierre Aubry, Trouvères et troubadours, 1910; Amédée Gastoué, les Primitifs de la musique Írançaise, 1922 ,
V OICI une chanson courtoise, prise presque au hasard entre tant d'autres.
Ell: a été composée en I'année 1191, par Guy, châtelain de Coucy, 1 un de nos plus anciens chansonniers. Demandons à ce poète de nous orienter.
A vo ., A ors, plus qu'a nule aulre genl, Est b,en raison que ma dolor complaigne, Car il m'esluet' parlir outreemenl Et dessevrer de ma lo:al compaigneo EI qua lla I'erl, nOesl riens qui me remaigne", Et sachlez bien, Amors, seürement, S'onc nus mom por avoir cuer dolent, Jamais par rnoi n'iert meüz vers De lais.
'il me Jaul.
" Teste.