II. - Troupes et théâtres de 1600 à
t:t Un recueil de sept farces a été imprimé par N. Rousset en /6/2, et réimprimé par Ch. Brunet, au tome /<r de son RecueiI de pièces rares et facétieuses, /872-/873, 4 vol, De Bruscambil/e, on a les Prologues tant sérieux que facétieux, /610; les Fantaisies, /6/2; les Nouvelles et plaisantes imaginations, /6/3: de Tabarin, les CEuvres, avec les Rencontres, fantaisies et coq-à-I'asnes facétieux du baron de Grattelard, publiées par G, Aventin, /858, 2 vol. On a, de Gaultier- Garguil/e, des Chansons, dont la troisième édition est de /636. Etudes: Joseph Vianey, Bruscambille et les poètes bernesques, Revue d'histoire littéraire, /90/; p, Bmn, Pupazzi et
statuettes, études sur Ie ^VlI e siècle, /908; Emile Magne, Gauhier-Garguille, 19//. - Sur la comédie italienne: N. Bernardin, la Comédie italienne en France, /902; Winifred Smith, the Commedia dell' arte, /9/2,
CEPEN DANT I'art ancien et populaire, en partie proscrit, en partie démodé.. achevait de mourir. La farce seule est vraiment Rorissante. A Paris, iI n'existe qu'un seulthéâtre, qui appartient à des amateurs : c'est I'Hôtel de Bourgogne, qui a maintenant un demi-siècle. Les Confrères n'ont jamais joué aucune pièce de style nouveau, ni tragédie, ni tragi-comédie, ni comédie, mais seulement des histoires, des moralités, des farces d'un esprit souvent satirique. lis ont, à Paris. un priviIège exclusif. On a vu que, vers la fin du XVI e siècle, its ont renoncé à exploiter ce privilège eux-mêmes, et ils I'ont loué à des comédiens.
II y a cependant deux concurrences contre qui les Confrères ou leurs locataires ne peuvent rien : celie des théâtres ouverts aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, où Ie roi Henri IV avait perm is formellement de jouer la comédie: - et celie des charlatans, ou, comme on disait alors, des opérateurs, qui vendaient leurs drogues non seulement à ces foires, mais toute I"année sur Ie Pont-Neuf. La foire Saint-Germain était une sortede petite exposition qui se tenait du 3 février au dimanche de la Passion, sur I'emplacement actuel du marché Saint-Germain. La foire Saint-Laurent se tenait de la fin de juin à la fin de septembre, hors les murs, sur I'emplacement actuel de la gare de I' Est.
Quant aux bateleurs, on les trouve tantôt seuls, tantôt au service des opérateurs. Nous avons vu, dans Ie siècle précédent, un farceur, du Pont-Allez, établi à la Pointe Saint-Eustache. Quand Ie Pont- Neuf fut achevé en 1604, les opérateurs ne tardèrent pas à dresser leurs loges parmi les boutiques portatives qui Ie garnissaient. Ces opérateurs étaient des personnages. Voici un tableau fait d'eux en 1610 : (( lis ont de coutume d'aller en housse par les rues de la ville, vêtus de superbes et magnifiques vêtements, portant au col des chaînes d'or quïls auront peut-être louées chez I'orfèvre, et bien montés à I'avantage sur des genêts d'Espagne, coursiers de Naples ou courtauds d' Allemagne, accompagnés d' une grande suite et d' une caravane d'écorniAeu:s, baueurs de pavés, bateleurs, comédiens, farceurs et arIequins. }) L'un de ces opérateurs, Mondor, qui vendait du baume sur Ie Pont-NeuE. avait pour pitre Jean Salomon, dit Tabarin, Celui-ci paraÎt s'être retiré vers 1630, Des recueils où les parades, questions, facéties de T abarin étaient recueillies, circulaient avec une vogue énorme depuis 1622. Pour attirer du monde, Mondor etlui faisaient des parades OÙ T abarin jouait Ie rôle de valet. Certains jours ils jouaient de véritables petites pièces.
Les comédiens de I'Hôtel devaient encore souffrir la concurrence des Italiens. La première troupe italienne, celie des Gelosi, était venue à Paris en 1576, et avait jouédans la salle du Petit-Bourbon, Leur succès avait été si vif que les Confrères de la Passion les contraigmrent à partir I'année suivante. Mais en 1584 une autre troupe, les Comici confidenti, venait à Paris. Les Gelosi eux-mêmes revenaient en 1588 et en 1600, Au début du siècle, leur théâtre était devenu une institution régulière, qui dura jusqu'en 1697, L projJre des Italiens étaient d'improviser sur des canevas : ces improvisations constituent la commedia del/' arte; e1les ont pour conséquence une certaine fixité des personnages, les uns représentant des caractères, les- autres des types locaux.
Enfin, en dépit du privilège, depuis la fin du XVI C siècle, des troupes de province et surtout des dissidents de I'Hôtel de Bourgogne n'ont guère cessé de représenter dans Ie quartier du Marais. L'histoire de ces sécessions est très obscure.
Cest seulement à partir de I'an 1610 ou environ qu'on a, à I'Hôtel de Bourgogne, Ie sentiment d'une troupe établie à demeure, C'est Valleran-Lecomte qui ladirige. Eton y trouve Ie triocélèbreet populaire des farceurs: Gros-Guillaume, Gaultier-Garguille et T urlupin, Elle s'appelle la troupe des Comédiens ordinaires du Roi. Après quelques années qui semblent avoir été assez calmes, des difficultés éclatèrent entre les Confrères et leurs locataires, et une rupture se produisit en 1622.
Les Comédiens du roi quittèrent I'Hôtel de Bourgogne et peu après Paris: les Confrères essayèrent d'une autre troupe, mais sans succès; celie troupe gagna la province, Pendant plus d'un an, iI n'y eut pas de théâtre à Paris. Un chroniqueur écrit pour I'année 1622: Tout divertissement nous manque...
L'Hôtel de Bourgogne est désert.
Puis une troupe italienne, dirigée par Giambattista Andreini, vient à Paris: et enfin, en 1625, une troupe française, Cette troupe nou-
velie, qui s'intitule II Comédiens du prince d'Orange )), est dirigée par I'acteur Lenoir, Elle a pour premier sujet Guillaume Desgilberts, dit !\Iondory: puis Jacquemin jadot (au théâtre, la France dans Ie sérieux, et I\lichaud dans Ie plaisant): Alizon, qui tenait les rôles comiques de femmes; et surtout Julien Geoffrin, dit Jodelet, qui avait un grand nez, une voix nasillarde, et qui jouait les valets madrés. La troupe de Lenoir joua à I'Hôtel jusqu'en 1628, malgré tous les efforts des précédents concessionnaires, les Comédiens du roi, pour I' en empêchcr, I\his Ie bail de Lenoir expirant en 1628, les Comédiens du roi se hâtèrent de se réinstaller à I'Hôtel, d'où ils ne bougèrent plus pendant de longues années,