‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 352 sur 402 · LE DIX-SEPTIEI\IE SIECLE · texte numérisé non relu

LE DIX-SEPTIEI\IE SIECLE

jeté en prison, D'autre part, les coupables en fuite, Pymante toujours sous son habit de paysan, et Dorise, travestie et qui a pris les habits d'un des moris, en errant par les bois se rencontrent, se fuient, se reconnaissent enhn, Or Pymante aime Dorise, et cet amour dédaigné a été I'origine de son crime, Maintenant qu'i\ la tient à sa merci dans une forêt, elle serait sa proie, si, d'une épingle qu'elle a gardée dans ses cheveux, elle ne lui crevait un reil. F urieux, ilIa poursuit I'épée à la main, I'auei n t et va la tuer au moment OÙ paraÎt Ie prince, qui chassait dans la forêt; changé en une sorte de bête féroce et démente, Pymante se jeue sur Ie prince, pour supprimer ce témoin, Le rrince se défend, Ie désarme,le fait ligoter. Noussommes à la hn du quatrième ade. Le cinquième est consacré aux éclaircissements; Rosidor épouse Caliste et, par symétrie, Clitandre épouse Dorise repentante, La pièce avec son action vive, avec la variété de son décor, avec I'alternance des scènes de mouvement et des scènes de tendresse, a gardé beaucoup de charme. Mais enhn elle ne diffère pas beaucoup des ouvrages contemporains de du Ryer et de Rotrou. On peut conjedurer, mais gratuitement, que Corneille remit sa tragi-comédie de Clitandre à Mondory dans I'été de 1632, si la troupe vint passer I'été à Rouen, comme elle faisait quelquefois, Mondory monta I'ouvrage avant la hn de 1632, car I'édition est de ceUe année-Ià. On ne sait si la représentation eut lieu au cul-de-sac Berthaud ou au jeu de paume de la Fontaine, rue Michel-Ie-Comte. Quoi qu'i1 en soit, voilà Corneille devenu décidément un des auteurs de la troupe de Mondory. Et au commencement de 1634, elledonna de lui une pièce nouvelle, /a Veuve ou /e T raÎtre trahi. Corneille est de la coterie des auteurs à la mode, et vingt-six de ses confrères lui adressent au sujet de sa nouvelle pièce des hommages quïl insère dans I'édition, En même temps, iI subit la peine d'être du nombre des beaux esprits et iI lui faut prendre partÏ dans I'affaire des unités qui les occupe. (( ]'ai donc cherché que\que milieu pour la règle du t mps, dit-il dans son avis (( Au ledeur II, d me suis persuadé que, la comédie étant disposée en cinq ades, cinq jours consécutifs n'y seraient pas mal employés,.. Pour I'unité de lieu et d'adion, ce sont deux règles que j'observe inviolablement; mais j'interprète la dernière à ma mode, et la première, tantôt je la resserre à la seule grandeur GU théâtre, et tantôt je I'étends jusqu'à toute une ville, comme en ct:Ue pièce. )) Corneille ne publiera /a Veuve qu'en lé35, après avoir composé trois nouvelles comédies, A ceUe distance, iI sera frappé de I'effort quïl a fait pour peindre au vrai. Cet effort ne se traduit pas, comme dans noire théâtre, par la simplicité de l'intrigue : Ie poète se flaUe au contraire de I'avoir faite subtile, et iI nïmaginera jamais Ie théâtre sans un enchaÎnement ingénieux des faits. II y a du Sardou dans ce grand homme. Ce qu'il veut dire, c'est qu'i1 a fui la pompe et les vers d'auteur et quïl a fait parler les personnages naïvement, c'està-dire naturellement, Chassée de la rue Michel-Ie-Comte par un incendie, la troupe de Mondory loua, Ie 8 mars 1634, Ie jeu de paume du Marais, qui se trouvait rue Vieille-du-Temple, à droite et en montant du côté des numéros pairs aduels, entre la rue de la Perle et la rue des Coutures- Saint-Gervais. Les comédiens vont y rester près de quarante ans, jusqu'à la fusion de 1673.

Dans Ie cours de I'année, Corneille donna deux comédies, /a Ga- /erie du Pa/ais, qui est une comédie réaliste où tout un coin de Paris est peint au vif, et /a Suivante, qui est une comédie romanesque. L'année 1634 avait été brillante pour la troupe de Mondory, que nous appellerons maintenant la troupe du Marais, En revanche, elle avait été défastreuse pour la troupe de I'Hôtel. Celle-ci avait été brusquement désorganisée par la disparition du trio de farceurs qui avait été une des raisons de sa fortune: Gaultier Garguille était mort en décembre 1633, Grosguillaume dans Ie cours de 1634, Le roi répara Ie dommage par Ie moyen Ie plus brutal. II en leva d'un coup à Mondory six de ses meilleurs sujets : I'Espy, Lenoir, Jodelet, la France, Alizon et la Lenoir, et les transporta à I'Hôtel de Bourgogne, I\'Iondory, sans désespérer du sa/ut de sa petite république, tâcha, comme Ie dit la Gazette du 15 décembre, à (( réparer son débris )). Le 18, I'ancienne troupe, ralliée encore une fois, joua la Sophonisbe de Mairet. Puis iI reconstitua une troupe nouvelle. II y eut d'autant moins de pe:ne qu'au jugement de T allemant iI valait à lui seul mieux que tout rHôtel de Bourgogne. Le théâtre rouvrit Ie premier dima:lche de 1635, Le 4 mars, la troupe jouait à I'Arsenal. devant Ie roi, une comédie dont Ie sujet était de l'invention du Cardinal et quïl a"ait fait meUre en vers par cinq auteurs: Boisrobert, Colletet, de I'Estoile, Rotrou et Corneille. Celui-ci avait fait Ie troisième acte. Les idées sur la concurrence étaient alors fort larges. Quelques années plus tôt, Jean Claveret avait fait représenter à I'Hôtel de Bourgogne une comédie intitulée /a Place Royale; la troupe de Mon-

dory elle-même avait joué la pièce à Forges, devant Ie roi, en 1633. Les comédiens eurent-i1s I'idée qu'une nouvelle comédie de même titre auirerait chez eux Ie public de ce quartier voisin? Quoi qu'il en soit, Corneille prit sans scrupule Ie titre de son confrère et donna en 1635 une Place Roya/e, qui est une comédie d'intrigue et d'imbroglio, II faut se représenter Corneille comme un grand inventeur dramatique à I'affût de la nouveauté, même quand elle n'est pas entièrement de lui. De ses six premières pièces aucune ne ressemble à I'autre, et I'on peut dire qu'elles relèvent de six genres différents, Or, en 1634, Mairet vient de donner Sophonisbe, la premiere tragédie régulière. Aussitôt Corneille s'engage dans la voie tracée, Et en 1635 iI écrit Médée.

II semble bien que la pièce de Mairet, qui fut jouée au Marais et dont Ie succès fut immense, amena un renouveau de la tragédie. On n'en avait à peu près vu aucune dans les années précédentes; maintenant, au contraire, elles se multiplient. Dans celie seule année 1635, avec la Médée de Corneille, on voit la C/éopâtre de Benserade, et Ie Mithridate, qui fut Ie début au théâtre de La Calprenède. Une brochure de La Piralière, imprimée en 1635 et intitulée Ie Parnasse ou /a Critique des poètes, nous fait un vif tableau de I'état du chantier dramatique à ce moment, La Piralière nous montre les poètes obscurs qui cherchent à se pousser en feignant de connaÎtre les auteurs à la mode: (( IIs les montrent à ceux de leur compagnie et leur disent : Voilà M. de Rotrou, ou M. du Ryer,.. Tantôt ils s'éloignent un peu d'eux et reviendront incontinenlleur dire: Messieurs, je vous demande pardon de mon incivilité, je viens de saluer M. Corneille, qui n'arriva qu'hier de Rouen. II m'a promis que demain nous irions voir ensemble M. Mairet... lis parleront du p!an de C/éopâtre (i1 s'agit de la C/éopâtre de Mairet) et de cinq ou six autres suiets que son auteur a tirés de I'histoire romaine, dont il veut faire des sreurs à son incomparable Sophonisbe, lIs disent quïls ont vu des vers de I'V/ysse dupé; que Scudéry est au troisième ade de /a Mort de César, que la Médée est presque achevée, que l'lnnocente fidélité est la plus belle pièce de Rotrou, quoiqu'on ne s'imaginât pas qu'il pût s'élever au-dessus de celles quïl avait déjà faites; que I'auteur d'/phis et d'/ante (Benserade) fait une autre Cléopâtre pour la troupe royale d que Chapelain n 'a guères encore travaillé à son poème de la Puce/le d'Or/éans, ni Corneille à celui qu'il compose sur un ancien duc de son pays. )) Corneille a trouvé Ie sujet de Médée traité par Euripide et Sénèque; c'est un des premiers que les tragiques français aient abordés. Comment lui-même I'a+il traité? II est visiblement impressionné par I'effort que Mairet a fait pour contenir sa Sophonisbe dans I'unité de temps, Quant à l'unité de lieu, il se contente de satisfaire aux conditions du décor divisé, tel qu'il est d'ordinaire en 1635. On peut I'imaginer assez aisément. II faut au fond un palais, qui est, si ron veut, celui de Créon. D'un côté, un autre palais dont on puisse voir Iïntérieur et qui est celui de Médée. De rautre côté, une prison. La plupart des scènes se passent, d'ailleurs, dans I'espace commun. Quant à la pièce elle-même, elle s'écarte assez sensiblement de la simplicité tragique, Les rivalités amoureuses, aussi bien que les prodiges, appartiennent à la tragi-comédie. Surtout, la dignité tragique n'est pas encore inventée. Corneille osera peindre un Jason rufhan dont Ie portrait réaliste n'aurait pas été supporté par la suite. II introduit dans sa pièce des scènes de ruse, des familiarités, des puérilités qui seront plus tard considérées comme propres à la comédié et indignes de personnages d'un si haut rang, Après Sophonisbe, après Médée, Ie genre nouveau de la tragédie régulière est représenté dans la première moitié de 1636 par un troisième ouvrage, qui est Ie début d'un auteur nouveau, alors âgé de trente-cinq ans : la Mariane de Tristan I'Hermite. C'est une très belle reuvre, et très différente de ce que nous avons vu jusqu'ici. C'est !'étude de la passion, du soupçon, de la jalousie, dans I'âme d'Hérode, qui aime Mariane, n'en est pas aimé, la croit inhdèle, la fait périr; Ie dernier ade est Ie tableau de ses remords. En 1636, Corneille exploite encore une fois une veine que d'autres venaient d'ouvrir, et dans r /llusion comique, iI met des comédiens à la scène, L'Hôtel de Bourgogne avait joué en 1633 /a ComMie des Comédiens, de Gougenot, OÙ les comédiens paraissaient sur la scène comme si on les voyait dans la coulisse. Deux ans plus tard, en 1635, I'idée de peindre des comédiens et Ie titre même de la pièce de Gougenot furent repris par Scudéry, qui avait inliniment plus d'esprit et de talent, et ceUe fois pour la troupe de Mondory. Ce procédé de concurrence, par quoi une troupe imite ce qui a réussi à I' autre, et contrefait son répertoire, et Ie devance si elle peut, est commun au XVIIC siècle, jusqu'au moment OÙ nous en verrons des exemples illustres : les Don Juan, les deux /phigénie, les deux Phèdre,

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