LA M\RQUISE DE SABLÉ
(Dessin de du Moustier; mus,;e du Louvre),
<<':1. GiI'audon.
gneusement d'en avoir, C'est une passion qui n'est bonne à rien au dedans d'une âme bien faite... II II y a là quelque dureté; il y a là surtout de la hauteur, assez provocante, Néanmoins, La Rochefoucauld ne se vante-t-il pas de n'avoir jamais rien dit devant les femmes qui leur pût faire de la peine? Les Maximes leur ont fait de la peine et ont offensé leur timidité honnête, Mmc de La Fayette, moi:1s naïve qu'une autre, en témoigne. Et La Rochefoucauld n'a point manqué d'habileté si, ayant Ie goût de plaire à Mme de La Fayette, it I'a premièrement éveilIée à quelque surprise, et puis charmée ou fascinée, enfin réduite à confesser un émoi qui est de I'amitié qui tremble et qu'il saura tranquilliser. Par un exemple, à vrai dire, particulier, voilà quel fut I efIet mondain des Maximes, en leur nouveauté. Elles ont un caractère mondain qu'il faut signaler, mais sur lequel, à notre sens, on a trop insisté, à cause de leur apparence d'un jeu ou d'un badinage de société. Elles sont bien autre chose et contiennent une doctrine. Cette doctrine, La Rochefoucauld ne l'a pas lui-même présentée sous la forme d'un système : on l'a fait, après lui. La Rochefoucauld voit I'esprit humain sans cesse agité de passions qui se combinent ou se contrarient, s'emmêlent ou se détruisent. Quelle agitation! telle qu'on désespère de découvrir une loi qui explique ce grand remuement. Ce n'est pas la raison qui gouverne I'esprit ou Ie cceur des hommes et des femmes: et la rai on n'est pas grand'chose. Ce n'est pas notre volonté non plus qui se montre souveraine: (( L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit; et, pendant que par son esprit it tend à un but, son cceur l'entraÎne insensiblement à un autre, II Enfin, la raison subit la suprématie des passions. Celles-ci sont maÎtresses de nous". (( Si nous résistons à nos passions, c'est plus par leur faiblesse que par notre force. II Cette pensée indique une espèce de mécanisme psychologique dont La Rochefoucauld fut quelque temps satisfait: Ie conAit des passions qui agitent perpétuellement notre âme est une lutte de forces inégales, lutte dans laquelle nos décisions ne sont point efficaces; les passions les plus vaillantes, ou a sidues ou brutales, triomphent des plus faibles, comme un poids lourd dans la balance emporte un poids plus léger, Cela étant, la responsabilité se réduit à moins que rien ? Peut-être, (( La santé de I'âme n'est pas plus assurée que celie du corps; et, quoique ron paraisse éloigné des passions, on n'est pas moinsen danger de s'y laisser em porter que de tomber malade quand on se porte bien. II La santé de râme est pareille à celie du corps: vous êtes pris d'une passion comme vous tomberiez malade. Tout au plus avez-vous quelquefois à vous reprocher une imprudence. I\lais vous êtes soumis au ha>ard d'une pa>sion, comme au hasard d'une maladie. (( Quand les vices nous quittent, nous nous Aattons de la créance que c'est nous qui les quittons. II Voilà, en somme, Ie très peu de part que nous avons à la conduite de nos âmes. Notre vie mentale et morale est une
Retz
:) François-Paul de Gondi (Ie pays de Retz, en Bretagne, avail été érigé en duché-pairie, en 1581, en faveur de la fami/le de Gondi) étail né à Montmirail, en 1613. Chevalier de Malte dès I'enfance, il/ut desliné à I'état ecclésiaslique. sans nul/e vocation. II eut pour maître saint Vincent de Paul, qui ne fa point formé à son image, Adolescent, il écrivait la Conjuration de Fiesque, OÙ l'on voil bien ce qui Ie tente : cen'est pas la vie re/igieuse, mais la vie turbulente. Nommé coadjuteur de /'archevêque de Paris, son oncle, il Jut sacré à Notre-Dame, Ie 31 janvier 1644, sous Ie titre d'archevêque de Corinthe. Son remuement durant la Fronde est une chose