LE DIX-SEPTIE lE SIECLE
autres. II est tué. Elle en a la plus vive douleur, Elle mène un grand deuil, et sip.cère. Elle pleure, elle gémit. Et Bussy s'en étonne : un si détestable mari! Bussy, comme d'autres amis des femmes, ne connaît pas les femmes. Désolée, elle quitte Paris, se retire en Bretagne : on ne la verra plus jamais; elle est inconsolable... Elle a été inconsolable toute la fin de I'hiver, tout Ie printemps, I'été, Ie début de I'automne et, pendant ces longs mois, deux saisons et quelques semaines des deux autres, on ne I'a pas revue à Paris, Elle y revient à la mi-novembre et vêtue encore, dit Loret, de sombres atours, mais consolée. Et consolée, ce n'est rien : ce n'est que I'effet du temps. Le temps cicatrise les blessures, tant bien que mal. et souvent mal. On ne fait rien sans lui; mais il ne faut pas se fier à lui seul. Mme de Sévigné a laissé Ie temps la consoler : en outre, elle a veillé à I'reuvre du temps et I'a dirigée, Dans Ie loisir de la campagne, elle a pris ses résolutions, certes au gré de sa nature, qui est douce, frivole et prudente, au gré aussi de la sagesse et du devoir. Elle a une tête bien faite, où les idées se rangent à merveille, où les idées du plaisir et de la vertu se réunissent volontiers. Elle ne prétend pas éluder tous les hasards: du moins elle saura tenir les hasards dans les limites où les peuvent enfermer quelques volontés. Ses volontés sont claires; on les numéroterait : elle ne se mariera pas de nouveau, elle n'aura point d'aventures galantes, elle ne sera ni austère, ni renfrognée, elle aimera ses enfants et Ie monde et les agréments dÏci-bas, Elle ne renonce point à se divertir; elle ne renonce pas à plaire. Elle est jolie, blanche et rose. Elle sera courtisée : elle veut I'être. Elle se refusera, mais sans la rudesse qui ensuite écarte les hommages. Elle sera une très honnête femme, dont les autres envieraient la destinée amusante, Elle ne doute pas du péril de cet arrangement. Elle se con fie à ses goûts de netteté. Elle est un peu une chatte blanche. Elle se confie, pour un surplus de précaution maligne, à ce bon abbé de Coulanges, vigilant, doux et bienveillant : une chatte blanche, sous la tutelle du Bien-bon, D'ailleurs, elle n'a point encore tout son génie. Son génie, ce fut I'épanouissement d'une âme gaie, tendre, curieuse, et d'une intelligence qui compose I'univers autour d'elle; ce fut la spontanéité la plus heureuse, avec Ie don miraculeux d'avoir toujours sa plus parfaite expression dès Ie sentiment et puis dans les mots. II lui manque, lors de la jeunesse, I'occasion de f!eurir. L'occasion pouvait être un amour et sera I'amour maternel. Mais il faut que sa fille grandisse, se marie, aille au loin. D'abord, Mille de Sévigné est une petite veuve très entourée, très demandée, qui ne craint pas de vivre un peu dangereusement, qui surmonte tous les dangers: Bussy I'amuse, I'agace et ne la trouble pas. Le comte du Lude pense, un jour, I'avoir alarmée: ce n'est rien; ce n'est que ce qu'elle a permis. L'abbé Arnauld I'a vue, peu d'années après son veuvage et quand elle a pris à peine un peu plus de placidité; I'abbé Arnauld I'a vue, qui arrivait, dans son carrosse ouvert, entre monsieur son fils et mademoiselle sa fille, deux enfants: et II tous les trois tels que les poètes représentent Latone au milieu du jeune Apollon et de la petite Diane, tant il éclatait d'agrément et de beauté dans la mère et dans les enfants... )) Que cette image est séduisante !
MOle de Sévigné a généralement une exubérance ,qui fait que I'on croit qu'elle a tout dit et n'a rien laissé sans Ie dire. Elle est bien amusante ainsi. Mais elle est, à qui saitn'êtrepas dupe detelsdehors, beaucoup mieux que tout simplement amusante. Elle a du secret, qui vaut la peine qu'on Ie cherche... Un soir, dit-elle, chez M. de Pomponne, la causerie tomba sur les dessous de cartes; voici ce qu'elle
\ \\ I r (" ....I l" J ' ï';I i'; I r:-Jr- II, "" ...
!Ita 111 1 lit