LE DIX-SEPTIE1\1E SIECLE
chemin: pourquoi les calvinistes. qui ne peuvent croire à la présence réelle. s'indignent-ils que d'autres ne puissent croire à la Trinité ? Ainsi, au rebours du siècle qui va commencer. Bossuet se refuse en même temps à dédaigner la raison et à la flaUer. Le xvm e siècle prétendra tout examiner : Bossuet se défie de l'esprit de libr<> examen. Ille combat chez Richard Simon. en remontre aux protestants les dangers. II leur représente quelles eussent été les lamentations de 1\1élanchton. s'iI avait pu voir (( des chrétiens nier l'ouvrage de la création et celui de la rédemption du genre humain. anéantir l'enfer. abolir l'immortalilé de I'âme. dépouiller Ie christiani me de tous ses m}stères et Ie changer en u:Je secte de philosophie tout accommodée aux sens : de là naÎtre l':ndifférence des religions et ce qui suit naturellement. Ie fond même de la religion aUaqué, I'Ecriture directement combauue; la voie ouverte au déisme. c'està-dire à un athéisme déguisé II (Hisloire des variations). Sombre tableau, dont Bossuet veut effrayer les réformés! II leur dÎt les avantages de la sou mission religieuse, Il leur dit aussi Ie caractère sacré de la monarchie. iI s'indigne de les voir se souslraire à I'autorité civile. et dans Ie cinquième Avertissemenl. si admiré par de Bonald : ( j'ai ,:engé. dit-il. les droits des rois et de toutes les puissances souverames. II Ce n'est pas seuleIDent en matière religieuse que I'esprit dïndépendance séduit les protestants; Bossuet dénonce en outre leur (( tolérance universelle II, Le xvm e siècle aimera ce mot. (( tolérance II. Bossuet ne ('emploie qu'avec une sorte de colère; dans sa bouche iI sonne comme un reproche: (( Outre ces inlo/érabies erreurs qu'on ne lo/ère qu'à Jurieu. il yen a d'autres qu'il faut lo/érer par les principes de la secte. II (Avertissemenls. VI.) Le XVlll e siècle enfin sera caractérisé par un esprit d'individualisme. et Bossuet 1m oppose par avance ('esprit de tradition: (( Avoir une opinion particulière II. c'est (( Ie propre de l'hérétique II. et (( Ie propre du catholicisme. c'est-à-dire de l'universel. est de préférer à ses sentiments Ie sentiment commun de toute I'f.glise)). Bossuet voit dans ce principe la grande règle de la catholicité et. avec une logique simple et rude. il en fait la majeure du grand syllogisme qu'iI oppose aux protestants dans son Hisloire des variations, La variation est preuve d'erreur; or I'histoire des églises réformées est I'histoire de leurs variations; donc I'histoire de ces églises condamne I'entreprise de Luther, Dans ceUe défense de la raison. de la discipline. de la tradition. quelles sont les armes de Bossuet? Le raisonnement. mais -surtout dans I' Hisloire des variations - Ie raisonnement appuyé sur les faits. Il manie. dans ceUe æuvre admirable. une véritable méthode historique. II veut dire la vérité ; iI rend justice au talent des réformés. à J'esprit de Zwingle. à la science d'<Ecolampade. à la force d'esprit de Luther, (( Rien. dit-il. ne manquait à Luther. que la règle. II Mélanchton enfin. pour qui il marque quelque prédilection. était un (( homme modéré..., Ie plus sincère de tous les hommes par son naturel )), N e rien dissimuler. ne rien outrer : ceUe règle. qu'iI s'imposait déjà au début de sa Réfulalion de Ferry. ilia répète dans I'Hisloire des variations, Il y veut faire æuvre d'érudit.1I n'est pas. comme Jurieu I'en accuse. (( un évêque de cour. dont Ie métier n'est pas d'étudier II ; et I'on peut même sentir chez lui Ie plaisir désintéressé de la recherche scientifique, un peu de ceUe concupiscence de savoir qu'il condamnera plus tard, étudié en effet. et de très près. les témoignages les moins suspects. Sïl juge condamnable la Réformation anglicane, c'est (( par I'histoire même de 1\1. Burnet)); et q uand iI veut analyser I'âme d' un 1\1élanchton. c'est Mélanchton lui-même. dit-il. qui no us la découvrira dans ses écrits. Aucun souci d' agrément liUéraire ne I' empêche d' étaler ses témoignages et de citer sesdocuments, (( CeUe histoire. déclare-t-il. a dû paraître avec toutes ses preuves et munie. pour ainsi dire. de tous côtés; il a fallu hasarder de la rendre moins divertissante pour la rendre plus convaincante et plus utile. )) Nul apprêt apparent dans la disposition des documentsetdespreuves; iI suit pasà pasl'ordrechronologique : c'est la suite des temps qui forme la suite de I'Hisloire des varia lions, De plus. il ne se sert pas sans discernement des textes qu'jJ cite, des sources qu'iI invoque. S'iI se réfère à un passage de Luther. iI substitue une traduction exacte à celIe que Burnet en a donnée en (e trop adroit historien I); ou encore. si I'on dispute sur la valeur d' un mot biblique. iI veut remonter au texte hébreu. Il a prohté. dans Ie temps de I'éducation du Dauphin. aux entretiens des plus savants oricntalistes; iI ne néglige pas les secours de la philologie, 1\1ais il ne sera pas un froid annaliste : (( Je ne prétends pas faire un récit sec et décharné des variations des réformés; j'en découvrirai les causes; je montrerai qu'iI ne s'est fait aucun changement parmi eux qui ne marque un inconvénient dans leur doctrine et qui n' en soit I'effet nécessaire. )) Cet historien reste un (( philosophe)), et aussi un psychologue, puisqu'iI cherche ces causes des variations dans l'âme
même des réformés. dans I'évolution de leurs caractères ; et aussi il est un peintre habile à discerner les traits distinctifs des physionomies. si bien que ses portraits de Bucer, de Zwir.gle. de Luther. de 1\1élanchton respirent la vie, Ainsi iI manie sans lourdeur ce lourd appareiI d' érudition ; surtout il Ie manie avec adresse: il en use selon Ie besoin. Il suit ses adversaire:; sur leur terrain. et, quand ils se déplacent, iI sait se déplacer avec eux. Les protestants reconnaissent-ils que Ie salut était encore possib!e en 1543 dans I'f.glise romaine? II établit, dans sa Réfulalion du caléchisme de Ferry, qu'elle n'a pas varié depuis ceUe date. - Demeurent-ils d'accord que I'unité et la continuité sont des caractères de la véritable f.glise? II leur montre leurs (( variations II. -S
font-ils une gloire de ces variations, y voient-ils Ie signe mêmc de la vérité? II leur remontre que (( les sociniens triomphent selon ces maximes )). que (( l'f.criture même ne subsiste plus)) et que (( Jésus- Christ et les apôtres n 'ont plus d'autorité II, II sait aussi changer de ton. et, en même temps. unir les tons divers: iI est historien dans les Variations. orateur dans les A verlissemenls ; et I'historien des Varialions s'élève à l'éloquence. I'orateur des Averlissemenls è scend aux détails de I'histoire, Sa soup!esse. son habileté font merveilles, II sait être insinuant et doux ; il sait faire des concessions. abaisser les barrières : il soutient que Ie luthéranisme n'est pas si loin qu'on Ie croit du catholicisme. et que, certains malentendus une fois écartés, une fois dissipées les (e fausses idées de ses adversaires II. il ne subsisterait entre luthériens et catholiques presque plus de difficuhés; il sait aussi être énergique. autoritaire, pressant. pathétique. S'il est pathétique, c'est qu'il apporte dans Ces controverses toute son âme. Ce ne sont pas de froides idées qui se dressent en face de l'adversaire. c'e3t lui-même. C'est, dans la querelle du quiétisme, son tempérament robuste et franc qui s'oppose à celui de Fénelon, insinuant, séduisant. tortueux peut-êlre. II a vu en F énelo n (( un parfait hypocrite )), IIlui parle durement : (( Qu sert de dire: Oui. je brûlerais mon amie de mes propres mains. je me brûlerais moi-mêm:!;> Ceux qui brûlent tout de ceUe sorte Ie fmt pour ne rien brûler. )) II lui dit, d'un ton impérieux : (( Finissez une quere!le qui trouble l'f.glise n (Relalion sur Ie quiélisme) , Dans son Hisloire des varialions. c'est son cæur de chrélien, de prêtre, qui court au salut des âmes. De ceUe æuvre de polémique il veut faire une æuvre de paix : (( Cd ouvrage. qui d'abord pourraÎt paraÎtrecontentieux. setrouvera dans Ie fond beaucoup plus tourné à la paix qu'à la dispute. I) II s'émeut sur Ie sort des réformés : (( Tremblons. humi/ions-nous, avouons qu'il y a dans l'homme une source profonde d'orgueil et d'égarement, et que les faible3ses de l'esprit humain. aussi bien que les jugements de Dieu. sont impénétrables)); et s'iI veut vaincre ses adversaires. s'il veut (e qu'ils rougissent. qu'ils soient confondus )). iI conjure Dieu que ce soit (e de ceUe confusion salutaire qui opère Ie repentir et Ie salut )). II sera partial. ille sait, et il veut I'être; il se refuse à (( faire Ie neutre et I'indifférent )) (Préface de I'Hisloire des variations). Ailleurs, iI sera mordant, iI raillera sans charité MOle Guyon. ceUe (( Priscille )). et iI éclairera d'une lueur équivoque la figure de Fénelon. son (( Montan )1. II ne contient pas sa raillerie hautaine dans la Relation sur Ie quiétisme. II frappe fort. durement; et iI ressent une sorte d'âpre joie, notamment dans I' Hisloire des varialions, à voir son adversaire abandonner ses rehaites, se re:irer avec (e Ie désordre d'une armée vaincue.... consternée par sa déroute II, Ces coups sont-ils toujours salutaires ? N'aueignent-ils pas autant rami que l'ennemi? T and is qu 'il défend Ie gallicanismeet qu 'il ménage Ie jansénisme. ces deux courants glissent doucement vers la Constitution civile du clergé. Tandis quïl triomphe de l'ennemi abauu. celui-ci. plus d'une fois, prend une vue plus neUe de sa vo:e. et donc sort fortifìé de ces controverses. Bossuet. en dénonçant la variété et les variations des églises réformées, montre au protestantisme Ie chemin qui s'ouvre devant lui.-etle protestantisme s'y engage résolument. Au même moment. il présente du catholicisme une image sublime. mais immobile, Ce qui est mouvant dans Ie catholicisme s.efface, etla vie semble se retirer de lui. La vie abandonne en effet Ie catholicisme. si la morale catholique condamne à Jamaisla plus légitime des concupiscences, celie de I'esprit, et s'iI répudie Ie siècle, 1\1ais à son tour Ie siècle. Ie public moyen, en présence de ces controverses. de ces prélats qui lui jeUent en pâture des médisances et qui puisent dans des corres;:>ondances privées. comme fait l'auteur de la Relalion sur Ie quiélisme. Ie public peut bien d'abord prendre parti; iI trouvera bientôt. pour parler comme Bossuet lui-même. que (( les querelles des évêques sont imp!acables )); iI ne tardera pas à sourire. à railler. et ce XVlllc siècle que Bossuet combat par pressentiment et déteste à l'avance, en un sens ille prépare. Pourtant. il ne faut pas méconnaÎtre sa clairvoyance. S'il a (( persécu é )) Richard Simon. a-t-il eu tout à fait tort de se dé!ier d'une critique trop grammairienne? Sa doctrine est que ron diminue un texle
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