‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 377 sur 402 · I: I 'J "* - 'l.i ..... -II.., I · texte numérisé non relu

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comme la Bible et qu'on Ie trahit en quelque manière lorsqu'on substitue (( les pensées des hommes à celles de Dieu )) (Lettre au cardinal de Noailles, 1702). S'il a poussé vers la libre pensée les doctrines auxquelles il reprochait de s'y engager, il a, par là-même, rendu plus nette la question religieuse; ill'a débarrassée de bien des équivoques; et Ie catholicisme, parmi des doctrines de changement et d'individualisme, est apparu comme une doctrine de permanence, d'équilibre aussi.

BOSSUET É\'ÊQUE

II est nommé à /'évêché de Meaux, Ie 2 mai /681. (( Il avait pris possession de /'évêché de Meaux Ie 8 février /682, dit Ledieu, et dès Ie mercredi suivant, jour des Cendres, prêchant dans sa cathédrale, il déclara qu'il se destinait à son troupeau et consacrerait ses talents à son instruction )). Son activité épiscopale ne ralentit pas, on fa vu, son activité de polémiste. Elle ne /'éloigne pas non plus pour toujours de Paris et de la cOur. II y va pour entretenir son crédit et celui de son neveu. /l y donne Ie spectacle cUTistant d'un Bossuet vieilli et courtisan, mais courtisan gauche, dont les démarches font jaser, font sourire, Du moins, à Meaux, i I est un pasteur attentif et vigilant. Nous Ie voyons, énergique, ramener au devoir des religieuses rebelles; nous pouvons Ie suivre, grâce à des procès-verbaux, dans ses visites pastorales, et, grâce à une abondante correspondance spirituelle (avec la sæur Cornuau, Mm. d'Albert, Mine de Luynes), dans son rôle de directeur d'âmes. l/ compose pour des religieuses ses Méditations sur l'f.vangile, publiées en 1730-1731, et ses f.lévations à Dieu sur les mystères de la religion chrétienne, publiées en 1727.

LE JOURNAL de l'abbé Ledieu no us permet de suivre pas à pas I'évêque de Meaux, Nous pouvons entrer dans Ie détail de sa vie, découvrir des ambitions déçues, des tracasseries indignes de lui, et Ie spectacle d'une famille hivole, avide et égoïste, Nous pouvons enfin nous demander si des embarras d'argent ne vinrent pas troubler son (( domestique )), où il aimait à mettre quelque magnificence, et OÙ il ne savait guère maintenir l'ordre et l'économie. Mais si sa figure, à s'éclairer de cette triste lumière, en devient plus humaine, mieux vaut encore écouter parler dans ses lettres, dans ses Méditations, dans ses f.lévations, son cceur de chrétien et de poète, Malgré Ie caractère général, anonyme, des conseils qu'elles donnent, ses lettres révèlent la bonté de ce cceur, mais aussi la fermeté de son bon sens. II veut que l'on aille au progrès moral tout droit et tout franchement, (( bonnement, simplement )). Ce progrès moral est Ie but de la vie spirituelle: (( Ie dessein de l'oraison n'est pas de nous faire bien passer quelques heures avec Dieu, mais que toute la vie s'en ressenle et en devienne meilleure. )) On a vu dans Bossuet Ie type du directeur de conscience français, unissant à l'idéalisme et à l'amour Ie souci de la morale positive et Ie goût de l'action, On l'a rapproché de saint François de Sales, de Ravignan, de Lacordaire. Peut-être faut-il ajouter à ces noms celui de saint Vincent de Paul. Pour Bossuet comme pour M. Vincent, point de raffinements qui énervent les âmes; point de lâcheté non plus, Ce n'est pas une morale de casuiste qu'il recommande, ni une religion de quiétiste : son âme virile a marqué ces lettres de direction de sa vigoureuse empreinte.

II y a plus de mysticisme dans les M éditations sur /' Evangi/e et dans les Elévations sur les mystères, Les titres mêmes de ces ouvrages font songer à Lamartine, à Vigny, Ces Elévations sont, il est vrai, des pages de théologie qui exposent Ie dogme, et encore des pages d'apologétique, où, non content d'exposer, Bossuet prouve, et non content de prouver, réfute; ce sont enfin des pages philosophiques qui dégagent des enseignements de la religion une explication de la destinée de l'homme et de son rôle dans l'univers. Mais ce que Ie lecteur aime surtout dans ce livre, ce sont les effusions de la foi et l'enthousiasme uni à la sérénité : c'est Ie Iyrisme, Le Iyrisme de Bossuet palpite dans tous ses ouvrages. Non pas Ie Iyrisme du Mystère de jé:>us. C'est un Iyrisme mains pathétique, plus calme, plus ample, enveloppé d'ordinaire dans des phrases longues et périodiques, mais parfois aussi agiles et bondissantes. Souvent une image grandiose éclaire la phrase d' un reRet des livres sacrés. Soit qu'il évoque l'âme de saint Bernard, qui (( se rassasiait II du sang de Jésus-Christ et (( avec cette divine liqueur.., humait Ie mépris du monde )), soit que, dans Ie Traité de la concupiscence, il LlTTÉR. FRANÇ, - I

L'ELOQUENCE RELICIEUSE - 305

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