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jE\N DE LA FO'TAINE. - Portra;t par de Troy (bibliothèque de Genève),
série de Contes; en 1678-1679, cinq nouveaux livres de Fables: en 1682, Ie poème du Quinquina.
l/ avait eu la bonne fortune d'être recueilli au Luxembourg comme gentilhomme servant de la duchesse douairière d'Orléans (1664). Les gages n' étaient que de 200 livres, la maison était triste et dévote, mais Ie service laissait au poète de grands loisirs, el il n'avait plus, comme chez Fouquel, à payer sa pension en Vers de redevance, La duchesse était morte. Vers 1672, La Fontaine devint l'hôte de son amie, M"" de la Sablière; il demeura chez elle pendant vingt années. En 1684, il fut reçu à l'Académie: Ie roi, pour favoriser rélection de Boileau, avail longtemps différé d'approuver la sienne.
Dans les années qui suivirent sa réception à rAcadémie, il fit paraÎtre des poèmes (Philémon et Baucis; les Filles de I\liné, 1685); de nouVeaux Contes. La Comédie française représenta Ragotin (1684), Ie Florentin (1685), la Coupe enchantée (1688). Toutes ces comédies furent données sous Ie nom du comédien Champmeslé : on a dit, avec beaucoup de vraisemblance, que La Fontaine y Q1 l ait largement collaboré, En 1691, il fit jouer un opéra, I'Astrée, dont Colasse écrivit la musique; il était déjà l'auteur de deux livrels d'opéra : run, Daphné, qui ne tut jamais représenté; rautre, Galatée, qui resta inachevé.
En 1692, il tomba gravement malade, se convertil et désavoua publiquement ses Contes. l/ se rétablit. M de la Sab/ière étant morte, il tut recueilli dans la maison de ses amis d'Hervart. 1/ 1) resta les deux dernières années de sa vie. Ce fut en 1694 qu'il publia ses dernières tables. 1/ mourut Ie 14 avril 1695, Un recueil d'æuvres posthumes, comprenant des lettres, des poésies, des opuscules en prose el sept tables inédiles, pamt 1/ existe d'innombrables, éditions des Fables, des Contes et des CEuvres complètes de La Fontaine. Contentons-nous de signaler: réd,tion de Marty-Laveaux, dans la Bibliothèque elzévirienne, 5 vol., 1857-1877, et rédWon de Henri Régnier, dans la collection des Grands f.crivains de la France, /l vol" 1883-1893.
Parmi les études sur la vie et les ouvrages de La Fontaine, nous citerons seulementles plus récentes: la notice biographique de P. Mesnard, placée en tête de l'édition Régnier;
La Fontaine et ses fables, par Taine, 1853; La Fontaine, par Georges Lafenestre, 1895; La Vie de Jean de La Fontaine par Louis Roche, 1913.
L'homme et Ie poète L E lendemain de la mort de La Fontaine, son vieil ami Maucroix
iva.it : { C'était I'âme .Ja plus si re et la pl.us candi.de ,9ue ] ale ]amalS connue : pomt de degUisement; ]e ne sals s II a jamais menti en sa vie. n Tout I'homme est dans ces quelques mots, et aussi Ie poète. La même sincérité, Ie même {( naturel II qui rendaienl La Fonlaine si cher à ses amis, font la beauté et Ie charme de ses ouvrages. T outes Ie. fois qu'il a parIé de lui-même, en vers et en prose, iI s'est p::int au vrai. Quand on I'a lu, on n'ignore rien de ses goûts et de son tempérament, de ses amitiés et de ses am:JUrs, de ses enthousiasmes et de ses faibJesses. Délicieuse ingénuité, qui fait qu'on lui pardonne tendrement Ie décousu de ses mæurs et la licence de ses écrits: candeur presque enfantine qu'iI a mise dans sa vie désordonnée, com me dans la dévotion de ses derniers jours. II ful, comme I'a dit I'abbé d'Olivet, {{ vrai dans sa pénitence comme ill'avait élé dans toute sa conduite, n'ayant jamais songé à tromper Dieu ni le hommes n. Après sa mort, on trouva sur son corps un ciIice. Jusqu'au jour de sa conversion, il n'eut souci que de suivre Ie penchant de son humeur voluptueuse. Point de religion: il existe une Providence, puisque les citrouilles ne poussent point sur les chênes, c'est tout. 5i I'on veut, à toute force, Ie dasser et marquer sa place dans un tableau du XVIIC siède, il faut Ie ranger du côté des (e libertins II avec 5aint-f.vremond, II appartient à la lignée des Gassendistes. C'est un épicurien. La seule prière qu'il fit jamais, iI I'adressa un jour à la Vo!upté (Psyché, livre II), sous les ombrages de Versailles. Et cet épicurien pratiqua, com me Ie montre la liste des plaisirs qui embellirent sa vie. D'avoir trop aimé Ie jeu il s'est accusé plus d'une fois. Qu'il ait adoré la musique, c est encore lui qui nous I'a dit dans son épÎtre à son ami de Nyert, non qu'il se plût au tintamarre de I'Opéra, mais il goûtait une chanson à danser ou une jolie pièce de davecin, surtout si les mains de la daveciniste étaient jeunes et blanches. Qu'il ait aimé la campagne, comment en douter quand on retrouve dans Psyché, dans les Contes, dans les Fables, Ie ressouvenir des scènes et des paysages qui, sur les bords de la Marne, avaient amusé ses yeux et enchanté son imagination? Et que Ie nom de Polyphile qu'il prend pour chanter son hymne à la V olupté convienne à la diversité de ses goûts, est-ce que la variété de ses ouvrages, ballades, épîtres, poèmes, contes, comédies et fables, n'en est pas la preuve?
De toutes les voluptés, aucune ne lui fut plus chère que Ie plaisir de rêver à sa guise. II a composé sa pro pre épitaphe : Jean .en alia comme il était venu, Mangea Ie fonds avec Ie revenu, Tint les trésors chose peu nécessa;re.
Quant à son temps, bien Ie sut dispenser :
I5eux parts en fit, dont ;1 soulait passer L'une à dorm;r et rautre à ne flen faire,
l\-1ais i\ ne faut pas prendre à la lettre les dires de ce prétendu paresseux qui, en réalité, a beaucoup lu, médité et travaillé, II ne dormait peut-être pas aulant qu'il en avait I'air, et quand iI paraissait ne rien faire, i) poursuivait, sans doute, son rêve ou sa tâche. 5a réputation de distrait était justifiée, et ses incessantes absences lui valurent de fâcheuses disgrâces. l\-1ais à la faveur de cette éternelle distraction, i) put tranquillement continuer ses song ries, et de ces songeries naissaient des images, des rimes, des vers, des chefs-d' æuvre, Ainsi s'est peu à peu formée l'image légendaire d'un lourdaud de génie, somnolent, taciturne, gauche, mal vêtu, incapable de se mêler aux propos de la compagnie, relégué dans un coin de salon avec les chats, les chiens et les guenons de ses belles amies. La Bruyère Ie représente (( grossier, lourd, stupide n; mais La Bruyère, selon sa coutume, force Ie trait: son dessein est d'opposer I'extérieur du poète à son génie. L'abbé d'Olivet nous montre un tout autre personnage : il semblait d'abord étranger à la conversation, mais, (( s'il se trouvail entre amis, et que Ie discours vint à s'animer par quelque agréable dispute, surtout à table, alors iI s'échauffait véritablement, ses yeux s'allumaient, c'était La Fontaine en personne, et non un fantôme revêtu de sa figure )). Et Ie même biographe ajoute : (( Quantité de gens I'agaçaient dans I'espérance de lui entendre faire des contes semblables à ceux qu'i\ a rimés : il était sourd et muet sur ces matières ; toujours plein de respect pour les femmes, donnant de grandes louanges à celles qui avaient de la raison, et ne témoignant jamais de mépris à celles qui en manquaient, n IIn'ya pas un principe d'f.picure auquel i\ ait été infidèle, si I'on ad met que la doctrine épicurienne fut exactement interprétée par un
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