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des amis de La Fontaine, Ie médecin hançois Bernier. Ce Gassendiste disait un jour à Saint-Ë.vremond : (( L'abstinence des plaisirs me raraÎt un péché. II Cest un réché que La Fontaine n'a jamais commis, A cinquante-sept ans il disait :
Ah! si mon cæur osait eneor se ren/1ammer !
Ne sentirai-je plus Ie charme qui m'anête?
Ai-je passé Ie temps d'aimer?
Pour lui, ce temps-Ià ne sera passe qu'à soixante et onze ans. Depuis ses premières élégies jusqu'aux étranges conlìdences Quïl tait en pleine vieillesse au duc de Vendôme, il ne nous a pas laissé ignorer grand'chose de ses menues aventures.
De belles amitiés I"ont consolé des déboires de ramour. II a toujours vécu dans une douce atmosphère d'affection et de dévouement. Ses nombreux amis, sauf Ie hargneux F uretière, lui demeurèrent toujours lìdèles, II n'y eut aucun nuage dans I"amitié qui runit à I\laucroix, à i\lolière, à Chapelle, à Boileau, à Racine, à La Rochefoucauld, à Saint-Ë.vremond : tous lui passaient de bon cæur ses oublis et ses fugues.
Enfin "raffection de quelques femmes s;>irituelles et aUentives Ie protégea des injures du sort. Parmi elles, ,\1 m " de la Sablière occupe la première place. Vingt années. elle rhébergea dans son hôtel. On pensera peut-être que la présence de La Fontaine amusait sa vanité et que, collectionnant dans son sa on des auteurs, des savants. des médecins, elle avait voulu ajouter un fabuliste à la troupe de ses beaux esprits: on au a torI. Lorsqu'elle quiua Ie monde, elie n'en continua pas moins ses bienfaits à ce I( libertin J) de La Fontaine: et quand on sait quelle était a!ors la ferveur de sa dévotion, I"o peut mesurer la sincérité et la profondeur de I"attachement qu'elle avait voué à son poète. On a fait grief à La Fontaine d'avoir accepté sans vergogne cette longue hospitalité. I\lais il ne faut pas juger ces choses selon les maximes de notre temps. Personne au XVII" siècle ne se scandalisait de voir un poète pauvre accueilli, logé, disons Ie mot, entretenu, dans la maison d'un noble ou d'un bourgeois. Racine, Boileau et bien d'autres étaient pensionnés par Ie souverain. Louis XI\' n'aimait pas La Fontaine, Une jolie dame qui avait du goût et de l'esprit vouÌut réparer I"injustice du roi, La Fontaine en prolìta. En quoi fut-il plus blâmable que Racine ou Boileau? Enlìn La Fontaine n'a pas trompé ses bienfaiteurs et ses bienfaitrices en leur promettant rimmortalité. Fouquet ra d'abord pensionné: mais, apres r Élégie aux N mþhes de Vaux, du poète ou du surintendant qui reste Ie débiteur? La duchesse de Bouillon, 'a brune et fantasque Marie-Anne I\lancini, a comblé de ses (( grâces I) Ie maître des <'aux et forêts du duché de Château-Thierry : elle a reçu de lui les plus délicieux compliments, Quant à I\lme de la Sablière, elle a eu pour sa part Ie prand Discours sur les bêtes-automates de Descartes; une fable exquise, Ie Corbeau, la Gazelle, la T ortue et Ie Rat, et I"admirable Discours en vers que La Fontaine lut en public Ie jour de sa réception à I"Académie, mélancolique et souriante confession du poète.
De ceUe confession, qui est un des chefs-d'æuvre de la poésie Irançaise, citons quelques verso car jamais image de La Fontaine n'aura Ie charme et la vérité de celle-là :
Je m'a\oue, il est vrai, sïl faut parler ainsi. Papillon du Parnasse, et semblab e aux abeilles A qui Ie bon Platon compare nos merveilles :
Je suis chose légère, et vole à lout sujet; Je vais de /1eur en P.eur, et d'objet en objet; A beaucoup de plais;r je mêle un peu de gloire, firais plus haut peut-être au temple de Mémoire Si dans un genre seul j'avais usé mes jours:
Mais quoi? je suis volage en vers comme en amours. En faisanl mon portrait, moi-même je m'accuse. Et ne veux point donner mes défauts pour excuse: Je ne prétends ici que dire ingénument L'effet bon ou mauvais de mon tempérament.
A peine la raison vint éclairer mon âme, Que je sentis !'arc!eur de ma première /1amme. Plus d'une passion a depuis dans mon cæur Exercé tous les droits d' un superbe vain ueur:
Tel que fut mon prinlemps, je crains que I on ne voie Les plus chers de mes jours aux vains désirs en pIOie,
De rhomme, après cela, il ne reste rien à dire.
Quant au poète, c'est encore lui quïl laut interroger pour savoircomment s'est formé son génie.
Quand la vocation poétique s'éveilla-t-elle en lui? Se!on Perrault, il lìt ses premiers vers après avoir lu 1\1arot et Rabelais, et il les montra à son père, qui en eut " une joie
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inconcevable n et exigea de lui quïl s'appliquât à la poésie, Selon d'Olivet, il avait déj3 vingt-deux ans, lorsque, par hasard, it entendit un oflìcier déc!amer un ode de Malherbe, et, pris d'un soudain enthou<iasme, se mit à compos r des vers Iyriques, De ces deux récits Ie premier est Ie plus vraisemb!able, 11 écrivit plus tard quelques odes dans la manière de \Ialherbe : elles sont pet.: dignes de mémoire, et ce fut assurém nt ailleurs qu'il chercha d'abord un modèle. II dira un jour à Saint-Ë.vremond :
. j'ai pro té dans Voiture, Et MaIOt, par sa lecture, l\1'a fort aidé, j'en con\"iens, (( foubliais, ajoute-t-il, I\laÎtte François, dont je me dis Ie disciple. aussi bien que cdui de l\laÎtre Vincent, et celui de l\laÎtre Clément. " Alors, comme toujours, il dit la vérité. l\larot, Rabelais, Voiture. tels sont ses pr miers maîtres. Par delà la Pléiade, il renoue la tradition gauloise, narquoise et grivoise des fabliaux et des farces: non qu il ait lu les aut urs français du moyen âge, mais tout ce qui survivait de leur littérature chez les écrivains de la Renaissance, il en a fait s s délices et son prolìt. Dans s s ballades, dans ses CO'ltes, jusque dans ses fables, il demeure fidèle aux admirations de sa jeunesse, II lut les Latins avec passion: Térence, Virgile, Ovide, Sénèque et jusqu'à Quinti!ien, II fut guidé r:ar deux bons latinist s: I\laucroix, son ami, et Pintr 1. son parent. Un an avaht sa mort, nous Ie voyons occu<Jé à revoir et annot r les traductions de Tite-Live et de Cicéro:J que lui envoie l\laucroix, II a lu aussi les Cr cs, surtout Platon et Pìutarque, dans des traductions latines ou françaises. car it semble n avoir jamais su Ie grec assez bien pour aborder les originaux.
Son infatigaSle curiosité ne s'arrêtait pas aux liuératures anciennes: J e chéris I' Arioste et ï estime Le T asse ; Plein de Machiavel, entêté de Boecace, j' en parle si souvent qu' on en est étourdi: fen lis qui sont du Nord et qui sont du Midi, Ailleurs, it a confessé son goût pour les romans grecs, français, italiens, espagnols. T oute sa vie il a lu et relu Don Quichotte et fAstrée, Comment tant de lectures ont-elles formé Ie poète Ie plus original de notre liuérature? C'est encore lui qui livre son secret : Quelques im:tateurs, .ot bitail. je I'avoue, Suivent en vrais moutons Ie pasteur de l\1antoue. fen use d'autre sorte. et, me laissant guider, Souvent à marcher seul j'ose me hasarder, On me vena toujours pratiquer cet usage, Mon imitation n'est point un esclavage:
Je ne prends que lïdée, et les tours, et les loi.s Que nos maÎtres suivaient eux-mêmes autrefOis. Si d' ailleurs quelque endroit plein chez eux d' excellence Peut entrer dans mes vets S3ns nulle violence, Je I'y transporte, et veux quïl n'ait rien d'affecté, Tâchant de rendre mien eet air d'antiquité, En vérité, La Fontaine a tout II rendu sien ", On v rra s'opérer Ie miracle en suivant d'æuvre en æuvre la marche du génie.
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LF CHATEAU DE VAUX-LE-VICOMTE. - Clavure de Pérelle (B. N., Cabinet des Estampesl.