‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 388 sur 402 · LA GAGEURE DES TROIS COMMÈRES, LA COUPE E"CHANT E · texte numérisé non relu

LA GAGEURE DES TROIS COMMÈRES, LA COUPE E"CHANT E

f:dilion des Con/e.. dile de. Fermiers généraux, Dessins de Charles Ei.en (l7S8).

Le Voyage en Limousin Cet opuscule n'a été publié qu'après la mort de La Fontaine. C'est une suite de six lettres mêlées de vers adressées par lui à sa femme, durant un voyage quïllit de Paris à Limoges, dans I'été de 1663, Après la chute de Fouquet, une lettre de cachet avait exilé en Limousin 1\1, Jannart, qui naguère avait introduit son neveu chez Ie surintendant. La Fontaine accompagna I'exilé : on n'a jamais su au juste si ce fut par affection ou bien par ordre du roi, Elles sont vives, spirituelles et plaisantes, ces lettres qui nous promènent de Paris à Limoges dans la plus divertissante des com;Jagnies. Que de jolis tableaux! Voici les voyageurs entassés dans Ie ca rrosse :

(I Point de moines, mais en récompense trois ft>mmes, un marchand qui ne disait mot, et un notaire qui chantait toujours, et qui chantait très mal: it reportait en son pays quatre volumes de chansons, Parmi les trois femmes, it y avait une Poitevine qui se qua!iliait comtesse : elle paraissait assez jeune et de taille raisonnable, témoignait avoir de I'es;nit, ,déguisait son nom et venait de plaider en séparation contre son man. II Et quelle scène impayable que la dispute de cette Poitevine avec M. de Chateauneuf, I'exempt chargé d'accompagner 1\1. Jannart à Limoges! I( Notre comtesse en fut la cause; elle est de la religion, et nous montra un livre de du 1\10ulin, M, de Chateauneuf I'entreprit et lui dit que sa religion ne valait rien pour bien des raisons. Premièrement, Luther a eu je ne sais combien de bâtards: les huguenots ne vont iamais à la messe; enlin itlui conseillait de se convertir, si elle ne voulait aller en enfer: car Ie purgatoire n'était pas fait pour des gens comme elle, La Poitevine se mit aussitôt sur I'f.criture, et demanda un pass3ge où il fût parlé du purgatoire; pendant cela. Ie notaire chantait toujours; i\ 1. J annart et moi, nous nous endormÎmes, II On trouve aussi dans ces lettres d'agréables paysages; et les

historiettes des anecdotiers ne donneront jamais du poète une image aussi vivante que celIe qu'il a tracée de lui-même, sans y penser, en nous contant au hasard de la route ses curiosités, ses distractions et ses enthousiasmes. On en pourrait extraire vingt morceaux achevés qui s raient parmi les petits chefs-d'æuvre de la pros:: française.

Psyché et Cupidon L'histoire des Amours de Ps ché et de Cupidon forme un des épisodes de fAne d'or d'Apulée. C'est là que La Fontaine a pris la matière de son roman. II ne s'est ass::rvi ni au t::xte ni méme à I'affabulation d'Apulée. II a modilié, en divers endroits, les péripéties du récit, et il a, dans sa préface, longuement expliqué ces chan ements.

A la légende antique, il a parfois mêlé des réminiscences de /'Aslrée. En peignant certains paysages, il s'est souvenu de la campagne voisine de Château-Thierry et des coteaux de la Marne. De là des disparates qui nous rebutent ou nous enchantent, selon notre humeur : I( Apulée, dit La Fontaine, me fournissait 'a matière; il ne me restait que la forme, c'est-à-dire les paroles; et d'amener de la prose à quelque point de perfection, il n:: semble pas que ce soit une chose fort malaisée : c'est la langue naturelle de tous les hommes. Avec cela je confesse qu'elle me coûta autant que les vers; que si jamais elle m'a coûté, c'est dans cet ouvrage. Je ne savais quel caractère choisir : celui de rhistoire est trop simple; celui du roman n'est pas encore assez orné ; et celui du poème rest plus quïl ne faut. Mes personnages me demandaient quelque chose de galant; leurs aventures, étant pleines de merveilleux en beaucoup d'endroits, me demandaient quelque chose d'héroïque et de relevé... I) II a donc cherché un II caractère nouveau II, un II juste tempérament II. II s'en est remis comm toujours au goût du siècle : II Or, après plusieurs expériences, il m'a semblé que ce goût se porte au galant et à la plaisanterie... Dans un conte comme celui-ci, qui est plein de merveilleux, à la vérité, mais d'un merveilleux accompagné de badineries et propre à amuser des en/ants, il a fallu badiner depuis Ie commencement jusqu 'à la lin; il a fallu chercher du galant et de la plaisanterie. Quand il ne I'aurait pas fallu, mon inclination m'y portait; et peut-être y suis-je tombé en beaucoup d'endroits contre la raison et la bienséance. I) La Fontaine craignait que ces perpétuelles II badin ries I) ne choquassent ses contemporains, comme une sorte de parodie irr vérencieuse, et ceux-ci en effet semblent avoir moins goûté Ps ché que les Contes ou les Fables, La mode avait changé depuis dix ans, et ce qui avait plu au temps de Fouquet paraissait d jà un peu suranné. De nos jours, ces badineries choquent encore bien davantage les commentateurs graves qui, dans Ie m}the de I'Antiquité, s'évertuent à découvrir des philosophies, des sociologies, des cosmogonies. En vérité, Ps ché est un joli conte - un peu long - et qui fait sO:Jger tour à

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