LA FONTAINE
'at .
it '). .f:- '"
It
,.JI
tli
LES FABLES DE LA FONTAINE illustrées par ].-B. Oudry (1735-1759).
LlTTÉR, FRANÇ. - I
elles portent un sens très solide, Et comme par la délÌnition du point, de la ligne, de la surface, et par d'autres principes très familiers, nous parvenons à des connaissances qui mesurent enlÌn Ie ciel et la terre, de même aussi, par les raisonnements et conséquences que I'on peut tirer de ces fables, on se forme Ie jugement et les mæurs, on se rend capable des grandes choses. )) II est douteux que les apo!ogues, renouvelés par La Fontaine, des Crecs, des Lalins et des Orientaux, présentent une doctrine propre à rendre les hommes II capables des grandes choses )). II serait vain d'y chercher des maximes d'héroïsme ou des préceptes de sainteté. Jusqu'au jour de sa conversion, La Fontaine fut très peu chrétien, encore moins stoïcien. Si Ion voulaità toute force extraire une morale de ses fables. on n'en trouverait point d'autre que celie de I'utilité, fondée sur I'expérience de la vie et Ie sens commun, mais préservée de toute bassesse par Ie goût de la justice, -Ie sequere naturam, pratiqué par un cæur tendreet un esprit délicat. la morale d'un honnête homme, indulgent aux autres com me à soi-même, qui voudrait bien n'être ni dupe ni dupé, et qui cependant, des deux rôles, s'il y était forcé. choisirait Ie premier comme Ie moins déshonorant. Mais pourquoi demander une II éthique )) à Jean de La Fontaine? Celie préface, pour la bien entendre, il faut se rappeler qu 'en toute occasion La Fontaine veut se couvrir de I'exemple des Anciens. II n'a jamais rien tenté sans invoquer la parole d'un Crec ou d'un Romain, II s'imaginait désarmer toute censure en citant Platon, Et n 'était-il pas naturel qu 'en publiant ses premières fables il tÎnt à prouver leur excellente moralité? II n'avait jusqu'alors donné que des contes; sans doute il ne les croyait point scandaleux; mais, si ingénu fût-iI, ne devait-il point juger prudent d'avertir Ie public qu'on pouvait, sans péril, meUre sous les yeux des enfants ce nouvel ouvrage de I'auteur de Joconde D'ailleurs, Ie recueil étant dédié au Dauphin, il était séant d'aflÌrmer que la lecture des Fables rendrait Ie prince II capable des grandes choses )). On se trompe à vouloir découvrir dans une préface Ie véritable, ['unique dessein d'un auteur. La Fontaine était convaincu que ses fables étaient morales, iI croyait bien que ses contes n'élaient pas immoraux. Mais, à coup sûr, ce n'était point de morale qu'il se souciait en faisant dialoguer ses animaux, Dans la même préface, il déclare qu'aux apologues des Anciens il a voulu ajouter des I( traits qui en relevassent Ie goût J). II C'est, dit-il, ce qu'on demande aujourd hui : on veut de la nouveauté et de la gaieté, Je n'appelle pas gaieté ce qui excite Ie rire, mais un certain charme, un air agréable qu'on peut donner aux sujets même les plus sérieux. )) Celie fois, croyons-Ie sur parole. Son principal objet fut, non pas d'instruire ou d'édilÌer les hommes, mais de leur plaire. II On ne considère en France, dit-il, que ce qui plaÎt : c est la grande règle et pour ainsi dire la seule.)) Pour obéir à celie règle iI a déployé toutes les ressources de son esprit: délicatesse du goût, recherche aUentive de la perfection, richess e de l'invention poétique. La loi du genre voulant qu'une II moralité )) fùt ajoutée à la fable, presque toujours il a suivi ['usage: mais, chez lui, ces sortes de maximes n 'ont