LE ROMAN DE RENARD
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SCÈ"iES D'A:\IMAUX, - Tympan du portail de I'église Saint-Ursin. à Bourges (XII" siècle).
Cl. GU8udon.
allure, insouciant, joyeux, Le fin compère dont tant de plaisants conteurs nous ont redit sans se las er les aventures méritait bien d'avoir son monument: et c'est, tout justement, Ie Roman de Renard. Prenons garde à ce mot de (( roman II : il ne s'agit pas, en effet, d'une composition organique, mais d'une grande variété de poèmes indépendants que domine un même personnage. Comme un arbre ramu qui multiplie sa lrondaison, cetle abondante matière se divise en (( branches II: letermeest employé par les contemporains: (( C'est la branche de Renart si comme il lut mires )), annonçaient-ils en matière de titre. Avant d'examiner quelques-unes de ces branches vivaces, voyons comment Ie genre s'est formé, et par quel chemin Renard nous est venu,
LES ORIGINES Que Ie Roman de Renard soit uni par un lien de parenté très étroit aux fables issues d'Ésope, voilà qui est certain. Faut-il lui chercher ailleurs d'autres origines, en Orient, dans les pays du Nord? Plusieurs I'ont soutenu. A les en croire, des récits d'animaux répandus parmi les peuples les plus divers seraient arrivés jusqu 'à nos rimeurs français par voie de tradition orale et leur auraient fourni une partie de leurs sujets : une fois de plus les æuvres de la littérature ne seraient que I'écho tardif des créations du (( génie populaire II. I\Iais cetle hypothèse, jadis proposée par les frères Grimm, et qui longtemps fit fortune, ne semble pas devoir être retenue, Ces récits d'animaux qu'e1le suppose, nous ne les possédons pas. Tout ce que nous possédons, ce sont des contes recueillis d'hier chez les paysans de la Gascogne, de la Finlande ou de I'Ukraine, et qui semb ent bien descendre en droite ligne de notre Roman de Renard lui-même, n'être que de lointains dérivés de nos vieux contes du XII" siècle: et c'est trèsgratuitement que nos I( folkloristes)) supposent Ie rapport inverse, Aussi, nous en tenant aux réalités que nous pouvons atleindre, nous nous bornerons, pour expliquer les origines du Roman de Renard, à rappeler que nous possédons des poèmes latins, qui en sont les authentiques précurseurs : I' Ecbasis captiv;, entre autres, et I'Vsengr;mus.
Le premier date du x e siècle; iI est I'æuvre d'un religieux de Saint-tvre, à T ouI. Ce religieux s'était échappé de son couvent et avait fini par y rentrer: il raconte cetle aventure dans une composition touffue, qui tient à la fois de I'allégorie et de la fable. Un Veau
LlTT'::R. FRANÇ. - I
échappé de I'étable tombe entre les griffes du Loup, qui Ie conduit dans son antre. Le Loup, rejoint par ses serviteurs, Ie Hérisson et la Loutre, se dispose à Ie dévorer, quand survient Ie troupeau, guidé par Ie Chien, et qui prétend délivrer Ie Veau, Dans I'antre, on s'apprête à la résistance. Le Loup explique aux siens qu'il ne craint personne, excepté Ie Renard, son ennemi juré : un jour que Ie Lion malade avait réuni son conseil, iI s'était fort irrité de n 'y point voir Ie Renard; mais celui-ci, averti par la Panthère, avait feint de revenir d' un long voyage entrepris pour Ie service du roi et avait obtenu qu'on écorchât Ie Loup pour envelopper Ie monarque de sa peau ; après quoi, nommé comte palatin, il avait réparti à sa fantaisie les charges de la cour entre les divers animaux, obligé Ie Hérisson, quoique descendant de Caton, margrave des Rutules et porteenseigne de Rome, à transporter des pommes et des amandes: nommé la Panthère choriste, pour chanter les psaumes, la Licorne lectrice. Ie Merle et Ie Rossignol chantres; et. finalement. iI avait obtenu que Ie Lion lui donnât en fief Ie château du Loup. Or, tandis que Ie Loup achève ce récit, on signale I'arrivée du Renard. qui vient à I'attaqu de I'antre, porteur dt" son titre de donation: Ie Hérisson et la Loutre s'enfuient: Ie Loup est attaché à un arbre; Ie Veau est délivré. Cette Ecbasis captiv; renferme bien des obscurités et des gaucheries de toute espèce; mais iI est curieux de rencontrer, deux siècles avant Ie Roman de Renard, un thème qui I'annonce déjà, voire une manière qu'il ne laissera pas d'imiter : quand Ie Hérisson prend la cithare pour chanter les (I Triomphes de Rome II, ou quand Ie Loup voit en un songe prophétique I'annonce de ses malheurs, nous croyons reconnaÎtre une lointaine ébauche des parties achevées de nos poèmes français.
Quant à I' Ysengrimus. il fut terminé à Gand en I'année 1148: son auteur s'appelait Nivard, On y observe, par rapport à I' Ecbas;s captivi, un certain nombre de nouvt"autés, telles que l'attribution de noms d'hommes à des animaux, I'abondance et la variété des épisodes, I'intention satirique, C'est à ce poème que se rattache directement, par I'esprit généraI. et souvent aussi par I'emprunt de tel ou tel épisode, Ie Roman de Renard.
LES PLUS ANCIENNES BRANCHES DU POÈME Comme elles sont fraÎches et vives, les histoires qui composent les (( branches)) reconnues aujourd'hui pour être les plus anciennes