‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 45 sur 402 · LE H.O!\IA:\ DE REI\ARD · texte numérisé non relu

LE H.O!\IA:\ DE REI\ARD

Après que Brichemer Ie CerL Brun 1'0urs, Beaucent Ie Sanglier, Cointeriau Ie Singe, ont exprimé leur o;Jinion, on décide qu'on ne saurait condamner un accusé sans I'entcndre, quïl convient d'appeler Renard en cour de justice, et qu'on I'ira chercher en son castel de !\laupertuis.

Or, Isengrin se met d'accord avec Roonel, Ie Mâtin, pour saisir enfin leur commun ennemi, Renard devra prêter serment sur une relique de saint : laquelle sera, en I'espèce, un des crocs de Roonel, qui fera Ie mort. Dès que Renard s'approchera de la relique, Ie mort se réveillera et prendra Ie fourbe à la gorge. Sans doute; mais Renard n'est point si sot que de se laisser faire; it s'aperçoit bien vite que Roonel est en vie Au /lanc qu'il debat et dernaìne.

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II d::-mande la permission de manger un peu avant de prêter serment : it en aura Ie cæur plus gaillard. II sait un endroit où se trouve certain miel...... Brun rOurs, par ce mot alléché, cède à la prière de Renard; et i1s s'en vont avec Tibert Ie Chat. Vaut-itla peine de dire que Brun 1'0urs et Tibert Ie Chat sont battus comme plâtre par les vilains, et que Renard triomphe ?

Que d'éléments, à les analyser, entrent dans la composition de ces contes! L'observation des animaux, d'abord. Ce n'est pas que la réalité soit toujours rendue avec scrupule : heureusement, car la fantaisie y perdrait, Peu importe qu'on n'ait jamais vu goupil ni chat se mettre en selle: I'image de Renard et de Tibert emportés par des destriers au galo;> est si plaisante qu'on pardonne à I'invraisemblance, Si nous mettons à part ces drôleries voulues, I'observation des animaux n'est pas si gauche, ni si superficielle, il s'en faut. Le caractère des bêtes est rarement trahi : chacune est dépeinte avec sa vraie nature, ses habitudes constantes, ses instincts profonds, - Autre travail de I'esprit, qui fut ici nécessaire : la constitution des types et I'invention de noms pittoresques propres à les caractériser tous. T ous les chats, passant de la forêt sauvage au foyer de I'homme, sont devenus Tibert Ie Chat: tous les ours en quête de miel autour des ruches sont devenus Brun 1'0urs: tous les goupils de taus les terriers sont devenus Renard Ie Roux: au point que Ie mot goupil est tombé, et que Ie mot Renard I'a supplanté dans Ie langage. - II a fallu, encore, la connaissance des hommes et I'attribution de leurs qualités essentielles à des animaux, installés à leur tour dans la dignité de personnages humains. Renard est Ie résultat Ie plus surprenant de ce travail psycho!ogique : Renard, Ie Panurge des bêtes, si vrai et si naturel par sa complexité même; dur aux petits, mais généralement dupé par eux; cynique, trompeur invétéré, mais Ie plus souvent aux dépens des fcrts: toujours prêt à nuire, mais avec une telle fertilité d'invention, un tel entrain, une telle fantaisie, une telle bonne humeur, qu'il désarme la sévérité el conquiert les sympathies secrètes des lecteurs qu'il amuse. - Ajoutons Ie sens de la parodie : nous avons ici, au mains par endroits, de I'épopée à rebours, L'épopée magnifie les actions humaines, Ie

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LA PROCESSION RENARD. - Le San lier et Ie Bouc Ie portent sur un brancard. L'Ours, Ie Loup et Ie Lièvre Ie précèdent, Bricherner Ie Cerf célèbre la rnesse; Bernard I'Archiprêtre lit I'évangile sur la tête de Cointeriau Ie Singe, - D veloppe"I1ent d'un chapiteau qui décorait. dans la cathédrale de Strasbourg, un pilier de la nef. C'était une illustration de la branche XVII. Le parnphlétaire alsacìen Fischart, ardent luthérien, reproduisit sur bois, au xv..' siècle, ces sculptures burlesques, et les exploita contre les papistes, Les catholi es les détruisirent en 1685. Nous donnons ìci la gravure de Fischart (d'après Ie fac-sirnilé publié par Ferd, Reiber. 1890). - Voil Georges Delahache. la Calhédrale de 51rasbonrg, 1910, p. 112,

Roman de Renard les rapetisse; et I'on reconnaît bien au passage quelques-uns des procédés épiques, comme les songes avant-coureurs des catastrophes, ou la poursuite furieuse organisée par la meute des mâtins, qui sont les Barons, contre Renard : mais par Ie pouvoir de la parodie, ces rêves tragiques et ces chevauchées éperdues font rire : I'héroïque e t devenu de I'héroï-comique. - II a fallu, plus que tout Ie reste, les qualilés propres au poète, à ce Pierre de Saint-Cloud, dont nous voudrions connaÎtre autre chose que Ie nom: tous les éclats de la gaieté, toutes les nuances de la malice, Ie sens de la forme, I'aisance à manier Ie vers - précieux et multiples privilèges, dont hériteront que!ques-uns au moins de ses successeurs,

DEUX AUTRES BRANCHES PARMI LES PLUS ANCIENNES Son exemple, en effet, fut vite suivi; d'où quelques æuvres charmantes, qui Ie cèdent à peine aux deux plus anciennes en pittoresque et en gaieté, Les branches 1I1 et I sont justement célèbres. S'il est vrai que les données de la branche III sont déJà pour la plupart dans I'/sengrimus, Ie conteur français n'en fait pas moins preuve d'une agilité qui man-

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LE PRÊTRE DE LA CROIX-EN-BRIE, auteur d'une a branche>> de Renard (8. N., ms. français 1580, XIII" siècle).

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