II. - LES POÈMES BIBLIQUES ET ÉV ANGÉLIQUES ET LES VIES DE SAINTS
; Ouvrages d'ensemble: Samuel Berger, la Bible française au moyen âge, 1884; Jean Bonnard, les Traductlons de la Bible en vers français au moyen âge, 1884 (cf. Ie compte rendu de ces deux livres p. p. Paul Meyer, dans la Romania, tome XVII, 1888, p. 121).
Pour ce qui est de l'hagiolIraphie en prose française et en Vers français, on consultera surtout la très importante étude de P. Meyer, au tome XXXIII de fHistoire littéraire de la France.
Les traductions partie/les de la Bible en prose et en Vers, les paraphrases, les poèmes tirés de tel ou tel récit de l' Ecriture abondent dès Ie XII' siècle, Traductions des Psaumes, dont la plus ancienne date de la première moitié de ce siècle; version en vers de la Genèse, composée par Everat pour la comtesse Marie de Champagne. Vers 1190; à la même date, l'Ancien et Ie Nouveau Testament mis en Vers par Herman de Valenciennes, entreprise que renouvelleront, au XII Ie siècle, Jean Malkaraume, puis Macé de La Charité-sur- Loire; poèmes inspirés des évangiles apocryphes, de l'f.vangile de I'Enfance, de l'f.vangile de Nicodème, des légendes du Bois de la Croix, de Pilate, de la Vengeance du Sauveur, etc.; traductions des Vies des Pères, et, sans compter les recueils de Vies de saints en prose, plus de deux cents Vies de saints en Vers: c'est une immense bibliothèque, dont on ne saurait songer à dresser ici Ie catalogue. G. Paris, en sa Littérature française au moyen âge, a dénombré un grand nombre de ces ouvrages: Ie lecteur pourra se référer à cet ingénieux recensement. N ous nous en tiendrons à désigner quelques éditions des principaux textes dont il sera parlé en ce chapitre, Ce sont: la Vie de saint Alexis, poème du Xl e siècle et renouvellements des XII c , XIII C et Xlye siècles, publiés par G. Paris et L. Pannier, 1872 (Ie poème du X/' siècle a été édité à nouveau par G. Pans en 1903 et celie édition de 1903 a été réimprimée en 1911 dans la collection des Classiques français du moyen âge) ; - la Vie de saint Gilles, par Guillaume de Berneville, p. p.
G. Paris et A. Bos, S. A. T, (par les lettres S. A. T., nous désignerons les Publications de la Société des anciens textes français), 1881; - les Voyages merveilleux de saint Brendan, p. p. Francisque Miche/, 1878; - la Vie de Ie martyr, p. p. E. Walberg, Lund et Paris,
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trouvera dans l'Altfranzæsisches Uebungsbuch, p. p. TV. Foerster et Ed, Koschwitz, 2" édition, Bonn, 1902, une édition du très ancien poème de la Passion (X siècle) , dit la Passion de Clermont
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L E christianisme a su de bonne heure substituer sa poésie aux mythes épuisés des païens. L' Historia evange/ica de J uvencus au IYC sièc1e, Ie Pasch ale Carmen de Sedulius et les poèmes bibliques de saint Avit au ye, sont de véritables épopées, et dès Ie même temps, saint Jérôme, traduisant des Vies de saints d'origine hellénique, puis Rufin, compilant les Vies des Pères, introduisaient dans la littérature latine I'hagiographie. Un saint de France, saint Martin, Ie premier saint d'Occident qui ait été célébré par des lettrés, trouva tour à tour chez nous comme biographes SuI pice Sévère et Paulin de Périgueux au ye siècle, Fortunat au YIC. A leur suite une foule de prosateurs et de poètes exaltèrent une foule de saints.
Dans I'f.glise des Caules, à mesure que Ie latin devenait moins intelligible au peuple, Ie c1ergé sentit plus impérieusement la nécessité de rester en contact avec les fidèles, et c'est pourquoi, dès I'an BJ 2, les évêques réunis en concile à Tours avaient ordonné de (( transposer les homélies en langue romane rustique )). Tout au long de I'âge carolingien, tandis que se développait sur notre sol et par toute la chrétienté une ample littérature liturgique et hagiographique en latin, une t part de cette littérature fut communiquée en langue vul- , gaire à la (( sainte plèbe de Dieu )), et, Ie temps venu, des poèmes français se grefferont sur Ie robuste tronc latin.
Les plus anciens qui soient parvenus jusqu'à nous sont un récit de la Passion (en quatrains de vers de huit syllabes), une Vie de saint Léger (en quarante sixains du même mètre), poèmes composés tous deux, semble-t-il, dans la seconde moitié du x e siècle. C'est à la première moitié du XI C qu'appartiennent une Vie desainte Foi (593 vers) et une Vie de Boèce (258 vers), écrites en des dialectes méridionaux, et la Vie de saint Alexis, texte français que I'on date de I'an 1040 environ, Ce sont des vestiges de genres fortement constitués dès ces hautes époques, et dont la destination populaire est chose manifeste. Ces poèmes étaient récités sur Ie parvis des églises, aux jours solennels de I'année liturgique ou aux vigiles des saints, auprès des reliques, devant les paroissiens ou les pèlerins assemblés, Arrêtons-nous au plus expressif d'entre eux, à ce poème où, sÏnspirant d'un modèle en prose latine, un conteur français retrace en cent vingt cinq strophes, chacune de cinq décasyllabes unis par JONGLERESSES, Figures extraites la même assonance, les actes d' un ascète du lye siècle, d'un ms, du Roman J'A , lexanJre saint Alexis. Alexis est Ie fils unique,longtemps désiré, d'un haut seigneur de Rome, Euphémien. Après avoir été bien II garni de lettres )), iI entre au service de I'empereur, et son père Ie marie la fille d'un autre seigneur, un II comte de Rome la cité )). Alexis a consenti ou semble consentir. Mais son cæur est tout à Dieu et, au soir de ses noces, resté seul avec I'épousée, i1lui dit Ie néant de la vie mortelle :
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An ices sede nen at parlite amur; La vie est {raisle, nï at durable honur; Ceste leece (joie) revert a grant tristur. ))
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