‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 65 sur 402 · ' ."""3' ,.W JI · texte numérisé non relu

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AUCASSIN ET NICOLETIE La It chantefab\e II d'.lucassin et Nicolette, composée de parties dternées de prose et de vers, traite un sujet très semblable à celui de Floire et Blancheflor. (( C'est la geste brève de deux beaux enfants petits. Comment ils s'aiment malgré les félons, par quelles prouessEs Ie jouvenceau conquiert la jouvencelle, leurs jeux sous une loge de feuillée, des chants de pastoures et de rossignols, une cruelle persécution dont on sait d'ailleurs qu'e1le ne prévaudra ras, des chansons encore et des rires, et des larmes mêlées au rire, et des baisers toujours, c'est la trame de ce poème avenant et clair comme un jour de Pâques Aeuries. n (j. Bédier.) De rOrient féerique, OÙ nous avait conduit Ie roman de Floire et Blancheflor, ce IQman nous ramène en France, Les personnages sont ceux de la vie de tous les jours : un comte de Beaucaire, père trop sage pour autoriser son fils à épouser une captive; un veiileur de nuit, complice indulgent d'amours furtives; des pastoureaux: Esmeret, Martinet, Frulin, Jeannet, Robichon, Aubriet, qui chantent pour leur plaisir, mais qui font les mauvaises têtes quand Ie fils de leur seigneur les prie de chanter p:mr lui: un vilain qui s'indigne de voir Aucassin pleurer un lévrier perdu alors qu'il a perdu, lui, Ie meilleur de ses bæufs, son cher Rouget. Et tous s'entretenant

avec une simplicité, un naturel, qui donnent une ImpreSSion saisissante de vérité, A la fidélité de la peinture la poésie ne perd rien, une poesle fraiche et légère, animant d'aimables tableaux, comme la fuite de Nicolette, échappée de la tour OÙ elle était prisonnière et relevant sa ro':Je à deux mains, à cause de la rosée, toute gentille, toute menue, et ses pieds nus sont plus blancs que les marguerites qu 'elle foule: ou com me la scène de la hutte de feuillage, dans la forêt, alors qu 'Aucassin, ne trouvant pas Nicolette au rendez-vous et la croyant morte, s'écrie, à vo'r par un trou de la voûte P.eurie une étoile plus brillante que les autres :

c Estoilete, je te vo;, Que la lune trait a soi' :

Nicolete est aveuc toi, M'amiete 0 Ie blont poi!.

Je quid' Dieus la veut avoir Por la lum;ere du soir. >>

, attire à elle.

. je crois.

Et l'esprit couronne la grâce, Car dans cette idylle il n'ya de sérieux que juste ce qu'il en faut: l'auteur l'a assaisonnée d'une ironie malicieuse, Certains de ses traits sont un peu forts: ainsi l'histoire du pays de T orelore, OÙ la reine vaque aux travaux de la guerre tandis que Ie roi git en mal d'enfant. 1\<1ais les autres sont du meilleur ton et mêlent avec un rare bonheur la naïveté et I'enjouement: par exemple, la piquante réplique d'Aucassin à son père, quand ce!ui-ci lui représente que, s'il persévère à aimer Nicolette, il finira parperdre Ie paradis:

(( En paradis qu'ai-je a faire? Je n'i quier entrer, mais que j'aie :--.J icolette, ma tres douce amie que j'aim tant. C'en paradis ne vont fors tex gens com je vous dirai : il i vont cil viel prestre et cil viel clop et cil manke, qui tote jor et tote nuit cropent devant ces autex et en ces viés creutes, et cil aces viés capes esreses et aces viés tatereles vestues, qui sont nu et descaus et estrumelé, qui moeurent de faim et de soi et de froit et de mesaises. Icil vont en paradis: avec ciax n'ai jou que faire. l\1ais en infer voil jou aller: car en infer vont Ii bel clerc, et Ii bel cevalier qui sont mort as tornois et as rices gueres, et Ii boin sergant et Ii franc home. Aveuc ciax voi jou aler. Et s'i vont les beles dames cortoises, que des ont deus am is ou trois avec leur barons, et s'i va Ii ors et Ii argens, et Ii vairs et Ii gris, et s'i vont harpeor et jogleor et Ii roi del siecle, Avoc ciax voil jou aler. II LES ROMANS DE JEAN RENART Parmi les poètes qui ont écrit des romans d'aventure, iI faut mettre au premier rang Jean Renart. On suppose qu'il était originaire de la région du nord de I'lIe-de-France et qu:il était poète de cour. II a été prouvé récemment quïl fallait Ie reconnaÎtre pour l'aut ur d'une production littéraire importante, les deux romans de Guillaume de Dole et de I' Escouf/e et Ie Lai de I'Ombre. Peu de talents peuvent rivaliser avec Ie sien en finesse et en souplesse, Le roman de Guillaume de Dole se déroule dans une atmosphère bruyante d.:: fêtes et de plaisirs. L'empereur d'Allemagne Conrad est Ie modèle des princes. II ne doit pas ses victoires à la piétaille qui manie l'arbalète ou à des équipages de mangonneaux, mais bien aux seu!es lances de ses chevaliers. C'est un maitre de grande allure, large donneur, doux à ses sujets, protecteur des marchands, tenant volontiers cour de barons, ami des dames: les jours de chasse, il reste au milieu d'elles assis sur l'herbe d'une clairière, car il préfère leur compagnie à celle des chasseurs qui rentreront tout à I'heure, débordant de hâbleries et dévorés d'appétit. Comme iI voudrait se marier, il s'éprend, sur Ie rapport de Jouglet, son fidèle jongleur, de la belie Liénor, sans l'avoirjamais vue: Liénor est la sæur d'un pauvre chevalier, Guillaume de Dole; elle vit innocente, parée de grâce et de vertu, ignorée de tous, auprès de sa mère, au fond d'un château lointain. L'empereur commence par dépêcher son sénéchal à Guillaume pour Ie prier à sa cour. Le sénéchal reçoit un accueil plein d égards : Guillaume, qui rentre justement d'un tournoi, fait sauter la bulle d'or de la lettre impériale, tandis que Liénor s'extasie sur la beauté du sceau; puis, s'excusant avec courtoisie sur la chère modeste qu'illui offre, il fait au messager les honneurs de son pauvre manoir, lui montre les beaux travaux d'aiguille que sa mère et sa sæur savent exécuter, lui fait entendre les belles (( chansons de toile)) qu'dles savent chanter, comme chantaient les reines et les dames d'autrefois tandis qu'dles brodaient des courtines, Belle Aude, Belle Ayelle, Belle Doelle. Guillaume se rend à la cour de Conrad. II est plein de sagesse : aussitôt que la faveur de I empereur l'a pourvu de qudque argent, il s'empresse d'en envoyer une part à sa mère pour qu'dle paye des dettes contractées envers de petites gens et pour qu'elle fasse ensemencer ses linières. Mais il est aussi beau seigneur, et, quoique pauvre, il mène grand train et fait large dépense. Un tournoi se prépare à Saint-Trond, dans un

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