‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 76 sur 402 · IV, - LES TRANSFORMATIONS DU ROMAN DE RENARD · texte numérisé non relu

IV, - LES TRANSFORMATIONS DU ROMAN DE RENARD

; Les branches suivantes du Roman de Renard ont été composées entre /205 et /250: XII/; XVII/ à XXVI; XXVII/, D'autre part, Renard est encore Ie héros de divers poèmes qu'il faut considérer séparément, parce qu'ils n'ont plus qu'un rapport assez lointain avec Ie roman proprement dit. Ce sont: - 1 0 Le Couronnement de Renard, poème anonyme qui a été composé en Flandre dans la deuxième moitié du XI/I" siècle, peu aprè s /250; on Ie trouvera au tome I V de l' édition M éon; - 2 0 Renard Ie Nouvel, volumineux ouvrage qui comprend deux livres, l'un de 2630, l' autre de 74/8 vers. II est l'æuvre du poète lillois Jacquemart Gelée, et date de la fin du XI//"" siècle. On Ie trouvera également au tome IV de l'édition Méon; - 3 0 Renard Ie Contrefait, æuvre d' un clerc anonyme qui vécut à T royes, dut renoncer à la cléricature pour cause de bigamie, c' est-à-dire de concubinage, et s' adonna au commerce des épices. II écrivit pour se distraire, et acheva la première rédaction de son roman entre /3/9 et /322, II en produisit une autre, beaucoup plus ample (plus de 40000 vers et un long passage en prose), erytre les années /328 et /142. Renard Ie Contrefait a été publié par Gaston Raynaud et Henri Lemaítre, en deux volumes, /914.

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NOBLE TrENT SA COUR (B. N.. ms. franç. 1581, XIII' siècle).

L Ebeau temps du Roman de Renard est désormais /ini, Certes, il continue d'obtenir, pendant la première moitié du XIIIC siècle, Ie même succès qu'au XII e , Certes, il voit pousser de nouvelles branches - une douzaine environ; et quelques-unes au moins de ces ramifications rappellcnt agréablement les premiers contes, T elle I'histoire du bon prêtre Martin et du loup Isengrin :

Prestre Marlin estoit moult sages De bien norrir en ses erbages Brebis dont il ot maint fromage.

Mais comme Isengrin venait chaque nuit lui ravir lesdites brebis, Prêtre Martin creusa une grande fosse, y

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LE SIÈGE DE M UPERTUIS. dans Renard Ie Nouvel - Renard lance aux assiégeants des carreaux d'arbalète (B. N., ms. franç. 1581).

mit un agneau comme appât, recouvrit d'une claie Ie piège amsl préparé, et attendit. Bientôt après, Isengrin, qui grant faim endure,

se dirige vers ranimal bêlant et tombe dans la fosse. \1uni d'un solide gourdin, Prêtre Martin y descend afin d'assommer son ennemi. La chose n 'est pas si facile, car Isengrin se défend; et tous deux tombent; et Ie loup, d'un bond, saute sur Ie col du prêtre et, de là, bondit au dehors: il est libre...

i\his en dépit d'un tel exemple, et encore qu'il soit bien entendu que les deux siècles ne sont pas séparés par une brusque coupure, nous n'en arrivons pas moins à répoque où Ie succès même du genre nuit à la qualité de la production, II s'agit de fournir des histoires à un public qui en est devenu très friand : on lui en sert de bonnes ou de mauvaises; il est rare qu'elles soient tout à fait bonnes. Ou bien, par un procédé dont souftraient déjà les branches immédiatement postérieures aux premières, on reprend les épisodes connus : c'est Ie cas de la branche XIII, qui s'alimente aux branches II, VII, XIV et XVI; et c'est Ie cas aussi des branches XXII et XXIII. Ou bien on cherche des sujets originaux :

mais cette originalité demeure médiocre; et les inventions nouvelles sacrifient les personnages si heureusement consacrés par la tradition, com me dans les branches XVIII, XIX, xx et XXI, OÙ Renard ne figure même plus. Renard disparaÎt de la scène, au grand regret de ses admirateurs: les autres animaux ne sont plus que des êtres conventionnels, des entités sans vie. L'intrigue seule prête quelque intérêt au récit; mais il n'y a plus de raison pour que les rôles soient attribués à des bêtes plutôt qu'à des hommes, ainsi quïl arrive, par exemple, en la branche XXI. Le Roman de Renard s'augmente, mais ne s'enrichit pas. La verve amusante des premiers contes ne se retrouve plus dans les histoires alanguies, ou compliquées, qui dénaturent peu à peu la tradition, Ce curieux mélange de fantaisie et d'observation qui donnait à chaque scène tant dïmprévu et tant de vérité, lorsqu'on nous narrait les démêlés de Renard avec Chantecler, la I\1ésange, Tibert Ie Chat ou dame Hersent la Louve, n'est plus désormais qu'un lointain souvenir: et qu'est devenu resprit d'antan? Le feu s'éteint.

Seulement, Ie genre se transforme; et, pour Ie dire tout de suite en un mot, Ie gai roman devient satire, On pouvait lire déjà dans la branche XXIV des vers comme ceux-ci :

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