‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 78 sur 402 · LE ROI\IA \I DE RENARD · texte numérisé non relu

LE ROI\IA \I DE RENARD

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FORTUNE ARRÊTE SA ROUE, - Renard trône au sommet, Dernière page du roman de Renard Ie Nouvel (8. N.. ms. franç, 372),

Que l'ensemble du poème soit chaotique, voilà qui est bien évident. L'auteur ne brille pas, certes, par la vertu d'ordre; il lui manque Ie sens de la composition, et davantage encore la faculté de choix. II a utilisé toutes ses connaissances, placé tous ses souvenirs, fait un sort à tous les développements que lui fournissaient sa mémoire et sa fantaisie. II a fait appel à I'antiquité profane et à I'antiquité sacrée, lesquelles se trouvent parfois étrangement mêlées. II a puisé dans l'ancienne tradition du Roman de RenaTd, sans aucun souci d'accorder les tons. ou de donner quelque vraisemblance aux caractères. Lui plaisait-il d'insérer dans ses vers de belles lettres en prose, sommations, délis, ou déclarations amoureuses, il l'a fait aussitôt. Hanté par des réminiscences des romans courlois, il leur a emprunté des bouts d'intrigue<;, des histoires sentimentales, des personnages, des procédés. Harouge la Léoparde, aimée du roi, et victime des infamies de Renard, ne p ut s'empècher d'aimer Renard plus que Ie roi : ce trait psychologique serait joliment marqué, s'il ne paraissait ici hor<; de sa place. U ne grande variété de chansons, qui sont en majorité des chansons de danse, parsèment Ie récit ; elles sont indiquées, avec leur mélodie notée : Or sai vraiement que ne puis Vivre sans amor longement.

Ainsi chante la tendre Harouge, et de sa chanson Ie bois retentit.

pour un temps, à ces danses, à avec plus ou moins de bon-

La narration s'arrête et fait place, ces chansons : on renoue ensuite, heur, Ie iii de I'intrigue.

La partie du roman qui nous montre II Renart et Roi Noble s'entre-baisant par pais faisant )) contient une série continue de pièces courtoises, que les différents personnages chantent successivement. Surprenante métamorphose : la cour de Noble Ie Lion est devenue une cour d'amour.

Ces ornements cherchés au loin, ces artilices, toute cette richesse disparate et touffue, n'arrivent cependant pas à détourner I'attention de I'idée qui domine Ie poème. Celui-ci est essentiellement une allégorie destinée à peindre et à faire détester les vices du monde, surtout ceux du clergé, et surtout ceux des ordres religieux. L'auteur n'attache qu'un intérêt médiocre à la liction elle-même, et la vraisemblance est Ie moindre de ses soucis. Ce qui lui importe, au contraire, c'est de multiplier les symboles qui serviront à l'enseignement moral.

Expliquer - par un renversement de la symbolique traditionnelle exposée dans I'OTdTe de ChevaleTie - qu'à son adoubement, Orgueil, lils de ;\Joblon, est revêtu de fausseté, de cruauté, de vanterie, de dédain, et autres pièces d'armure, - voilà qui lui plait.

Décrire Ie vaisseau de Renard, fait de tous les vices: Ie fond de male pensée, Ie bordage de trahison, l'ancre de malice et de foi

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