LES VIES DE SAI TS
s'élève, Des années passent encore. Enfin, l'époux et l'épouse se sont retrouvés :
Sainz Alexis est el ciel senz doutance, Ensembr ot' Deu en la cum;>aignie as angeles", ad' la pulcele dunt se list si estranges; Or rat od sei. an semble sunt lur anemes; Nevus sai dire com lur leece' est grande...
Ce poème est tout baigné de pathétique et vibre de cette émotion rude et âpre qui touche les cæurs simples. Le contraste entre l'in- Rexible ascétisme du héros et les sentiments nobles, mais imprégnés d'humaine faiblesse, de sa femme et de ses parents, yest marqué avec une poignante vigueur. J ustesse, force expressive du vocabulaire, ordre et mouvement J'un style plein, sobre et pur, ce sont les traits d'un art déjà sûr de lui-même. Ainsi l'on voit s'allier, dans l'un des plus antiques poèmes de notre littérature, les deux éléments dont l'union fera la beauté de tant d'æuvres du moyen âge: une science à la fois approfondie et discrète du métier d'écrivain et Ie pouvoir de peindre les âmes avec simplicité.
On aimerait à savoir Ie nom de ce poète. Plusieurs ont proposé, mais sans preuves, de l'identifier à un chanoine de Vernon, nommé Thibaud, dont il est rapporté que, vers l'an 1040, il avait composé plusieurs Vies de saints en vers français, Le nom de ce Thibaud de Vernon est en tout cas bien digne de mémoire : il est Ie plus ancien d'une belle lignée. lis foisonnent, les poèmes hagiographiques : c'est la vie de saint Remi par Richer, de saint Georges par Simon de Freine, de saint Patrice par Béroul, de saint Edmond par Denis Pyramus, pour ne citer que quelques noms du xU<' siècle. D'autres, en plus grand nombre encore, nous sont parvenus sans que les auteurs aient pris la peine de dire leurs noms: (I mais Dieu les sçait. )) lis doivent peu compter, dit-on, dans l'histoire des lettres, car ils ne furent guère que des traducteurs. II n'en e t pas moins vrai que sans eux la physionomie de la vieille France ne serait pas tout à fait ce qu'elle est: il est facile de Ie montrer.
({ Le culte des saints, dit excellemment M. f.mile Mâle, répand sur tous les siècles du moyen âge son grand charme poétique. Les saints étaient partout. Sculptés aux portes de la ville, ils regardaient du côté de l'ennemi et veillaient sur la cité. Les façades de nos vieilles maisons ont souvent plus de saints qu'un retable d'aute\. Dans nos grandes viBes gothiques, Paris. Rouen, Troyes, la rue avait un aspect surprenant. i\Jon seulement chaque maison montrait aux passants sa galerie de saints, mais les enseignes qui se balançaient au vent multipliaient encore les saint :vIartin, les saint Georges, les samt f.loi. La cathédrale, qui montait au-dessus des toits, n'emportait pas plus de bienheu reux vers Ie cie\.)) Or,comprenons bien que ces multiples et tendres dévotions n'auraient pu se développer si des hagiographes écrivant en latin et des sermonnaires prêchant au prône s'étaient seulschargés de les provoquer et de les répandre, 1\1ais des poètes s'y sont employés. A lïntention des pèlerins attirés vers les reliques, ou des seigneurs dans les châteaux, ou des artisans dans les confréries de métiers, pour entretenir l' amitié des grands et des petits à I'égard de leurs patrons célestes, ils
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L'ASSASSI AT DE SAINT THOMAS BECKET. - Bas-relief de la Cathédrale de Chartres, portail Sud, XIII" .iècle.
6 LE MOYEN AGE