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PORTAIL DE L'ÉGLlSE DE SAINT-GILLES DE PROVENCE.- Ce saint, souvent célébré par les poètes, joue un rôle dans la légende de Roland,
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ont voulu que les saints fussent traités aussi bien et selon les mêmes procédés que les héros des romans en vogue et ils ont employé à leur service les ressources de l'art profane. II est rare quïls aient fait office de simples traducteurs. lis s'appliquent bien plutôt à transposer leurs modèles, à les adapter au goût et au sentiment de leur temps, Quand un Guillaume de Berneville, par exemple, entreprend de célébrer en vers l'ermite saint Gilles, il ne veut que remémorer les actes du II bon baron II, afin que celui-ci, par son intercession précieuse, l'en récompense : il s'en tiendra, semble-t-il, à translater fidèlement une Vie latine du XC siècle. Pourtant, avec quelle innocente hardiesse il traite ce texte, l'égaye, l'embellit! Saint Gilles ne lui apparaÎt pas dans Ie lointain des temps, figé en une pose hiératique, mais tout proche de lui, semblable à lui, bien que meilleur. Il entend les dialogues du saint, aux jours de sa jeunesse, avec ses II chevaliers II, les rapporte vivement, et ce sont les propos d'aimables seigneurs du XII C siècle, II accompagne son héros sur la nef qui Ie porte d'Athènes aux rivages de la Provence, et dont il sait décrire la cargaison : draps d'Alexandrie, pailes de Russie, cannelle, azur et sinople de Grèce. Il se plaÎt à joncher d'herbes fraÎches, à parer de lumière son ermitage : la biche familière paÎt à la porte, des églantiers Reurissent: une cressonnière s'épand à rentour. Sïl en vient aux miracles relatés par la Vie latine, il ne se fait pas faute de supprimer ceux qui Ie choquent, l'histoire par exemple du II prince de NÎmes II ressuscité, de développer ceux qui lui plaisent mieux, avec force détails de son invention. Avec la même liberté, rauteur de la Vie de sainle Thaïs s'amusera à mettre en scène des coquettes ses contemporaines, parées à la mode du jour. Pourtant, gardons-nous de trop insister sur ces transpositions, sur ces anachronismes charmants, Il serait exagéré de dire, comme on ra fait parfois, que, dépourvus de sens historique, nos poètes n'avaient pas senti la différence des pays et des temps. Au contraire, en certains cas du moins, c'est l'attrait de cette différence qui paraÎt les avoir séduits. Dans Ie trésor immense de l'hagiographie, parmi les légendes byzantines ou anglo-saxonnes, mérovingiennes ou carolinßiennes, il semble que parfois ils aient choisi leur sujet moins par dévotion que par instinct de romanciers soucieux de sortir de leur temps, par un certain goût d'exotisme, et Ie fait est sensible surtout quand ils se font les biographes des saints celtiques, quand ils suivent par ex mple Ie chevalier Owen au purgatoire merveilleux de saint Patrice ou quand ils célèbrent saint Brendan. II ne paraÎt pas que ce saint irlandais ait jamais été vénéré en France, ni même peut-être en Grande-Bretagne, dans aucun sanctuaire particulier : pourquoi done ce poème à sa gloire, que Ie moine BenoÎt dédia en 1121 à la reine d'Angleterre Aelis C'est que, sur la mer, plus blanche que Ie lait, une barque enchantée em porte Brendan et ses compagnons vers l'Ouest inconnu, à la recherche de la terre de promission des Saints. C'est qu'elle touche nle Rocheuse, OÙ la table est servie par des mains invisibles; puis rile Plongeante, qui n'est autre que l'échine d'un monstre marin: puis nle aux Oiseaux, et ces oiseaux sont des âmes qui disent, empennées de blanc, les louanges de Dieu; puis \lIe du
Silence, OÙ des Rambeaux, qu'un trait de feu dardé du ciel alluma, brillent et jamais ne se consument ; puis nle aux trois chceurs, OÙ chantentles enfants vêtus de blanc, les jeunes hommes vêtus d'or, les vieillards vêtus de pourpre: puis rile aux Raisins, puis rile aux Forgerons...; et Ie vieux rimeur français a dû aimer pour les mêmes raisons que nous. pour son charme d'étrangeté et de féerie, cette prodigieuse odyssée celtique, cet imrama vers Ie Pays d' f.ternelle jeunesse. Cette légende lui ouvrait les sources du merveilleux septentrional. et par elle quelque chose du génie cehique s'est infiltré en France: les II contes de Bretagne II, les fictions de la Table Ronde s'en ressentiront, Il en fut de même en d'autres domaines de la poésie : les Vies de saints de toute provenance, traduites en langue vulgaire, auront contribué à élargir Ie champ des imaginations. Nos romans d'aventure emprunteront des motifs aux légendes de l'hagiographie orientale, telles que la Vie de saint Eustache. Nos chansons de geste devront une part de leur inspiration héroïque aux actes des martyrs ou des saints cavaliers, saint Georges, saint Maurice: et la légende de saint Joseph d'Arimathie, passant, à la faveur de poèmes français, de r Eoangile apocryphe de N icodème à nos romanciers, suscitera la légende. du saint Graal.
Pour faire contraste à tant de poèmes d'inspiration romanesque, il faut mettre en relief ceux qui visent surtout à la vérité historique : au premier rang de ceux-Ià, la Vie de saini Thomas Beckel, qu'acheva en 1174, quatre ans seulement après la mort de son héros, Guernes de Pont-Sainte-Maxence.
Durant sept ans, Thomas, archevêque de Cantorbéry, avait défendu les droits de son église contre Ie roi Henri II; Ie 29 décembre 1170, des affidés du roi ravaient assassiné à rautel majeur de sa cathédra e.
Aussitôt iI fut réputé martyr et honoré d'un culte. Guernes de Pont- Sainte-l'vIaxence ravait connu lorsquïl vivait réfugié en France: il entreprit, comme plusieurs autres trouvères, de propager son culte. Guernes était de ces clercs formés aux écoles, mais qui n 'avaient pas trouvé d'emploi dans rf.glise, et qui menaient une vie errante, colportant des poèmes, et payés ou d'un dÎner, ou d'un manteau, ou d'un cheval. CeUe existence de I( clerc vagant II comportait sans doute bien des compromissions; mais - Guernes nous en est un garant elle ne tuait pas toujours Ie talent et n'abaissait pas nécessairement Ie caractère. II avait ébauché, nous dit-il, son poème sur Ie nouveau saint, puis, sentant son information insuffisante, il avait fait Ie voyage de Cantorbéry pour recueillir d'autres documents: il remit son ouvrage sur Ie métier, Ie polissant avec un zèle passionné. Longtemps on a attribué à sa biographie une grande valeur documentaire, rautorité d'une source originale. II faut en rabattre: Guernes a tiré à peu près toutes ses connaissances de deux Vies en latin. composées dès 1172. Du moins il s'est ingénié. par un effort personnel, à compléter ses modèles. à les concilier, La jeunesse de saint Thomas, son entrée à la cour du roi, sa conduite dans la charge de chancelier, son élévation au siège de Cantorbéry, les péripéties de son âpre conRit avec Henri I I: Ie poète raconte toutes les scènes de sa vie avec un sens de renchaÎnement des faits, un art de poser les caractères, une
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intensité de coloris qui sont les signes d'un esprit vigoureux, On s nt aussi dans son ouvrage la présence d'une âme ardente. II est un panégyriste passionné plutôt qu'un historien : mais sa partialité l"élève jusqu'à la poésie.
II fut bon écrivain :
Mes languages est buens,car en France fui nez, dit-il avec nerté: mais ce bon langage de I1le-de-France, il Ie manie avec un génie tout personnel. Son style plein de verve, solidement moulé dans la strophe monorime de cinq alexandrins, est d'une extrême pureté, SoupIe et varié, iI garde son aisance jusque dans l"expression des idées abstraites, dans l"analyse de pièces de chancellerie ou la discussion de points de droit ecclésiastique.
Cuernes lut souvent son poème à Cantorbéry, auprès de la tombe du martyr, devant les pèlerins accourus pour la vénérer. L'ceuvre de ce clerc érudit était faite pour eux : si savante qu'elle soit, elle a aussi la simplicité, Ie naturel qui touche les foules, Ainsi, cent cinquante ans après la Vie de saint Léger, plus d'un siècle après la Vie de saint Alexis, Ie genre reste ndèle à lui-même : certains poèmes hagiographiques gardent. comme aux hautes époques, leur destination populaire.
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