‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 82 sur 402 · II. - Les fabliaux · texte numérisé non relu

II. - Les fabliaux

:; Le nom français de ces poèmes est fableau. Fabliau est une forme picarde, mais très répandue dans les anciens textes, et qui a été adoptée dès Ie XVIII" siècle par les critiques, puis par nos meilleurs écrivains:

nous nous conformerons à leur usage.

Un assez grand nombre de fabliaux ont été écrits par des auteurs conn us pour d'autres æu- Vres: Henri d'Andeli (Ie Lai d'Aristote), Huon Ie Roi (Ie Vair Palefroi), Philippe de Beaumanoir (la Fole Largece), Rutebeuf (Frère Denise, l'Ame au vilain, Ie Testament de l'âne, Charlol Ie Juif, la Dame qui list trois tors entor Ie moustier), Jean de Condé (les Braies au prêtre, Ie Pliçon, Ie Sentier battu) , etc.

La Disciplina clerical is (texte latin et versions françaises en prose) a été publiée par A. Hilka et W. Soederhjelm (Acta societatis scientiarum fennicæ), Helsingfors, 1912 (ces érudits en ont donné une I( editio minor n dans la Sammlung mittellateinischer T exte, fascicule 1, 1911). Deux versions françaises en Vers de ce texte ont été éditées : rune, de la fin du Xl/" slècle, sous Ie titre Ie Castoiement d'un père à son /ils, par lvl. Roesle, Munich, 1898; l'autre, du milieu du XIII" siècle, sous Ie même litre, par Barbazan et Méon, Recueil de conies et fab!iaux, t. II, p, 63. - Les rédactions latines du Roman des Sept sages (dont Ie Dolo athos de Jean de Haute-Seille) ont été publiées par Hilka (Samm!ung mittellateinischer Texte, fascicule Ill-IV), 1912-1913; une version française anonyme, de la seconde moitié du Xl/' siècle, a été publiée sous Ie titre Ie Roman des Sept sages, par A, Keller, Tübingen, 1836; une autre, Ie Roman de Dolopathos, composée par Herbert au début du XIII siècle, a été publiée par B/Unet et de Montaiglon, Paris, 1856. - Le Directorium vitæ humanæ de Jean de Capoue a été édité par]. Derenbourg (Bibliothèque de l'f.cole des hautes études), 1889.

Les fabliaux ont été recueillis par A, de MontaÏ!;/on et G, Raynaud, Recueil général et com:>let des fabliaux des XIII" et XIY" siècles, Paris, 6 vol., 1872-1890, II existe de plusieurs d' entre eux des éditions séparées : de Richeut, par Irving C. Lecompte (Romanic Review, t. I V, 1913, p. 261); du Vair palefroi, par A. Lam;fors (Collection des classiques français du moyen âge), 1912; d'Auberée, par G. Ebeling, Halle, 1895, etc, Voir Joseph Bédier, les Fabliaux, Paris, 1 r ,' édition 1893, 3 édition 1911,

Cl. Girnudon.

LA LÉGEI'oDE IJE THÉOPHI'-:E. - Son pacte avec Satan. Sa vIe de perdition. Son repentir. Notre-Dame chasse 5atan (Keglstre médian du tympan de la porte du c1o'tre à Notre-Dame de Paris).

O UTRE les miracles de Notre-Dame, des écrivains français O:1t mis en ceuvre beaucoup de contes pieux et moraux qu ïls puisaient dans des collections de provenance orientale, La principale de ces colleclions est la Vie des Pères, doni une rédaction latine, compilée par Ie moine Ru/in dans les dernières années du lye siècle, a obtenu, grâce au merveilleux de ses légendes et en raison de son inspiration ascétique, un grand succès jusqu'en plein XYl e siècle, et dont plusieurs rédactions françaises, Irès remaniées d'ailleurs, ont été composées dès Ie XIII" siècle. II en va de même du roman de Barlaam et Joasaph, dont Ie fond primitif est l'histoire du Bouddha, enfermé tout enfant par son père dans un jardin de délices, et qui, parvenu à l'âge d'homme, s'échappe un jour, et découvre tour à tour la pauvreté, la maladie, la vieillesse et la mort : thème qui, par la Perse, la Syrie et la Grèce, est arrivé en Occident et a été traité, selon l'esprit chrétien, par plusieurs poètes français du XIII" siècle, II en va de mêmc en/in d'une foule de récits, dont un grand nombre a été utilisé en manière d' (( excmples II par Jacques de \itry, évêque d'Acre, rour illustrer ses sermons.

Dans plusieurs de ces conies règne la double beauté de la piété et de la bonté humaine, Ainsi dans Ie Chevalier au Barisel. Cest l'histoire d'un chevalier cruel eI impie, qui ne craint ni les I:ommes ni Dieu.

Un vendredi saint, il accompagne à la forêt prochaine, en les poursuivant de ses sarcasmes, d'autres chevalicrs qui vont se confesser à un ermite.

A son tour, mais par maniÜe de dé/i et sans contrition, il se confesse à lui : iI se compla:t à lui narrer les pires scandales de sa vie, et Ie saint homme pleure à voir comme son cceur est endurci. (l Pour votre pénitence, lui dil-il, vous jeûnerez tous les vendredis pendant sept ans, )) Le chevalier refuse, et il refuse aussi des pénitences moins dures, comme de jeûner les vendredis seulement pendant trois ans, seulement pendant un mois, tant qu'en/in l'ermite lui dit : II Soit! Pour toute pénitence, prenez ce petit baril, où je mets l'eau que je bois. II est vide: veuillez Ie porter jusqu'au ruisseau voisin et me Ie remplir.)) Le chevalier va, riant d'une peine si légère. II plonge Ie barillet dans Ie rui seau : l'eau se dérobe, il n'en peut recueillir une seule goutte. II va plus loin, à la rivière, au lac: la rivière refuse, Ie puits refuse, et même Ie bourbier. Le dépit, la rage l'étreignent ; il va par les pays, apprenant peu à peu à connaÎtre la faim, Ie froid, les nuils sans gÎte, les railleries, l'insulte. II va, bientôt déguenillé, déchaus, sordide, mendiant son pain. Mais toujours son misérable cceur refuse de s'humilier. Un an plus tard, hâve, décharné, les veines saillant sous la peau, il se résout en/in à retourner vers l'ermite. (( Ah! s'écri celui-ci, tu es pire qu'une bête! Un chien aurait pu remplir ce baril. T a pénitence n' a servi de rien : car lu l'as faite sans amour et sans repentir. nEt, pleurant, il implore pour ce pécheur la miséricorde de Dieu. Le chevalier écoute avec étonnement la prière; il s'émerveille qu'un homme puisse ainsi s'affligersur ses péchés. II commence à réfléchir quïl devrait, lui aussi, avoir pitié de lui-même : il demande merci à Dieu, U ne larme d'humilité, une seule, monte à ses ycux; e1le tombe dans Ie barillet et Ie remplit tout entier. La mort vient, et c'est une âme puri/iée que les anges emportent :!u cd.

LES FABLIAUX sont des contes à rire. Pour la plupart ils appartiennent au XIII" siècle: quelques-uns seulement peuvent être attr bués à l"extrême /in du XU<' siècle, quelques autres au début du Xlye siècle. La question de leur origine a donné lieu à b aucoup de discussions.

II a été de mode, pendant un certain temps, d'y voir des conies de provenance indienne, passés dans les diverses littératures orientales, et venus à la connaissance des Occidentaux soit par transmission orale, soit à la faveur de traductions latines de recueils en hébreu ou en arabe.

On pos ède en effet un certain nombre de traductions de ce genre. Voici la Disciplina clericalis, par exemple, composée au début du XJIl' siècle, en Espagne, par un Juif converti, Pierre Alphonse: c'est une suite d'historiettes qu 'un père narre à son /ils pour lui apprendre comment il doit se com porter dans la vie, Voici Ie Dolopathos, que Jean de Haute-Seille écrivit à la /in du même siècle : on y voit les Sept sages, pour défendre un jeune prince calomnié par sa marâtre, rap;:orter à son père sept exemples de la perfidie des femmes: la marâtre riposte par sept contes propres à discréditer la prétendue sagesse des donneurs de conseils. Pareillement on possède un recueil latin de contes adaptés de l'arabe, Ie Directorium humanæ vitæ, qui fut composé entre les années 1263 et 1273, par Jean de Capoue, et l'on a récemment relrouvé une traduction en latin du l'vlischle Sandabar, version hébraïque du Roman des Sept sages. l\1ais, sur les quelque cent cinquante fabliaux qui nous sont par-

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