LES CO;\TES
\enus, il n'y en a guhe plus d'une dizaine qui aient des correspondants dans ces recueils: et même dans ce petit lot, certains, comme Ie Dit du pliçon ou les Quatre Souhaits de saint fl,lartin, existent sous une forme grecque ou latine antérieure aux formes orientales. Quant à la foule des autres fabliaux, les uns, fondés sur un jeu de mots ou un trait de mceurs, ne peuvent avoir été imaginés qu'en France, et les autres, qui se retrouvent un peu partout, presque dans tous les pays et dans tous les temps, peuvent aVOIr été inventés en un pays quelconque, en un temps que\conque.
Aussi la théorie de l'origine orientale de ces contes a-t-elle cessé de régner.
II se peut que certains conteurs aient, plus ou moins directement, emprunté quelques sujets aux littératures orientales, mais Ie fabliau n'est pas d'origine orientale. Le fabliau est un genre français. C'est en France qu'on lui découvre des antécédents littéraires authentiques : I'Amphitryo et l'Aulularia de Vital is, l'Alda de Guillaume de Blois, les poèmes de Baucis, de Lydia, toutes ceuvres en langue latine et lilies du génie français. C'est en France qu'a Aeuri l'état de civilisation particulier auquel il doit ses traits essentiels et constitutifs.
On en a la preuve dans la plus ancienne de ces productions, Ie conte de Richeut, qui fut composé aux environs de l'année II ïO. Ce poème, un des plus cyniques du genre, mais non des moins spirituels, raconte comment la courtisane Richeut, modèle de rouerie et de dévergondage, éduque si bien son lils Samson, quïl devient Ie Aéau des femmes comme elle est elle-même Ie Aéau des hommes: puis comment, ayant pris ombrage de la gloire spéciale à laquelle s'est élevé ce truand de lils, elle lui j:>ue Ie plus humiliant des tours et assure par une action d'éclat la primauté de l'astuce fiminine. Par Ie thème qu'elle traite, l'æuvre se rattache à la tradition latine, et l'un des éléments essentiels de l'intrigue, également exploité vers la même époque dans la pièce de Baucis, se trouve déjà dans Ovide.
l\lais toute sa force littéraire, toute sa raison d'être résident dans la description d'un certain milieu, dans la peinture du personnage de Samson, représenté comme un docteur habile à enseigner la débauche: dans l'imention parodique qui consiste à feindre que l'on chantait une II V ie de Richeut )) comme l'on chantait des Vies de saints: et ces traits appartiennent en pro;Jre à la France du XII" siècle. De même que Richeut, beaucoup de fabliaux se signalent par une extrême grossièreté, grossièreté de fond et, parfois aussi, grossièrfté èe forme: on y reconnaÎt la main d'ouvriers i'lcultes et, pa" exemple,
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LE FOL MÉNESTREL. - Dit de Watriquet Brassenel de Couvin (cébut du xlv'siècle) !'vIs, de rArsenal 3525 .
la versilication du Meunier d'Arleux, pour ne pas parler du style, est presque barbare. l\lais, une fois fait Ie tri convenable, il reste une assez ample collection de très jolis contes, pleins d'esprit, et du meilleur.
Ces petits poèmes veulent être amusants, et ils Ie sont par Ie simple eifet d'une histoire bien inventée et d'un récit adroit. Trois aveugles, raconte Courtebarbe (les Trois At'eugles de Compiègne), cheminaient sur la route de Compiègne à Senlis, Un clerc en veine de plaisanter les rencontre et leur dit : (( T enez, voici un besant pour v:>us trois. )) Chacun d'eux s'imagine que la pièce d'o a été remise à l'autre. Un besant ! Quelle joie! lis n ont rien de plus pressé que de gagner une auberge, lis annoncent quïls ont de quoi payer; et l'hõte, qui les croit (car souvent ces gens-Ià ont la bourse bien garnie), s'empresse à les traiter : it leur sert un repas à cinq services, fait Aamber la cheminée, leur donne sa meilleure chambre. Le lendemain, quand il faut régler la dépense, les aveugles s'aperçoivent qu'aucun d'eux n'a Ie besant, pour la raison très simple que Ie clerc ne leur a donné ni besant ni maille, et Ie tavernier, pensant qu'ils se sont moqués de lui, s'apprête à user du bâton. quand Ie clerc, qui suivait la scène, annonce qu'il acquittera Ie compte. Les trois compagnons s'en vont, fort satisfaits, Alors Ie clerc conduit Ie tavernier à l' église, où Ie prêtre, dit-il. s'empressera de verser la somme voulue. C'était justement l'heure de la messe et Ie prêtre s'apprêtait à la chanter. (( Je n'ai pas Ie loisir d'attendre qu'il ait lini, dit Ie clerc au bourgeois, je vais lui dire de vous payer aussitõt après l'oflice, )) Puis, prenant Ie prêtre à part, illui expose que son compagnon est possédé et ille prie, pour l'exorciser, de lui lire un évangile sur la tête. (( C'est entendu, dit Ie prêtre en se retournant vers l'aubergiste : je ferai votre affaire aussitõt après la messe. )) Sur quoi Ie c erc prend congé et gagne Ie large, La messe dite, Ie curé fait approcher son homme, l'invite à s'agenouiller, Le tavernier, qui n'y comprend rien, réplique: II Ce n'est pas pour cela que je suis venu: il s'agit de me payer mes quinze sous! )) - (( II est tout à fait vrai qu'il divague II, pense Ie prêtre; , c'est une crise qui Ie prend. )) II lui place son missel sur la tête et commence à lire l'évangile. Le tavernier regimbe de plus belle : (I Allons! payezmoi vite! )1 Le prêtre s'effraie, les paroissiens accourent, on saisit Ie possédé, on lui passe une étole autour du cou, on lui lit l'évangile d'un bout à l'autre, on l'asperge d'eau bénite. Pour être relâché, il faut bien que Ie malheureux, tout penaud, renonce à recouvrer son dû.
Très souvent Ie conte a pour sujet la malice des
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BOURGEOIS AITABLÉS, - Le Dit de raison et mesure de \V'atriquet (Arsenal, IDS, 3525, XIV' siède ,