I. - Le théâtre religieux
Le Jeu Adam, p. p. K. Grass {Romanische Bibliothek, t. Vl),2 éd" 1907, et p. p, P. Studer, Manchester, /908; la Résurrection du Sauveur et Ie Jeu de saint Nicolas, p. p. Monmerqué et Michel, Ie Théâtre français au moyen âge, /839; Ie demier de ces poèmes a aussi été publié séparément par G. Manz, Erlangen, /904.
Voir: L. Petit de Julleville, les l\1ystères, 2 vol., /880; W. Creizenach, Geschichte des neueren Dramas, Halle,
LE MOYEN AGE
"' III " -,
t I. lAuaullull.
LA DANSE D'HÉRODIADE. - r ympan du port ail Saint-Jean, à la Cathédrale de Rouen.
4 vol., 1894-1903 (2 éd" I'T vol., 1911); Marius Sepet, Ie Drame religieux au moyen âge, Paris, 1903; Gustave Cohen, H istoire de la mise en scène dans Ie théâtre religieux français du moyen âge, 1906,
L E théâtre religieux n'a pris son plein développement qu'aux XIVI' et XVI' siècles; mais on Ie trouve déjà en voie de formation au XIII' et au XIII". Son origine est double: il se rattache d'une part à la célébration des of /ices liturgiques, d'autre part à celie des fêtes de sain:s.
Très anciennement, certaines cérémonies du cuhe avaient pris Ie caractère de représentations dramatiques. Aux fêtes de Noël, un sermon qui fut long temps attribué à saint Augustin avait fourni la première occasion d'un dé/ilé des personnages qu'on considérait comme les prophètes du Christ. Peu à peu s'organisèrent, pour ces mêmes fêtes, de véritables spectacles, et I'on ressuscita dans I'église les scènes de I'f.criture. On y employa d'abord la langue latine; mais au latin se mêlèrent bientôt des répons en français. Ces représentations, ceuvre de c1ercs, éveillèrent chez les laïques un intérêt de plus en plus vif : e1les /inirent par avoir lieu sur Ie parvis, et c'estlà que fut joué Ie plus ancien II jeu II que nous ayons conservé, Ie Jeu Adam, écrit dans la seconde moitié du XIII' siècle, en dialecte anglo-normand. Le poème met en scène la chute d'Adam et d'tve, la mort d' A bel et Ie dé/ilé des annonciateurs du Messie. On y remarque surtout la façon dont I'auteur a traité Ie thème de la tentation. A la vérité, son dialogue manque quelque peu d'ampleur: une centaine de vers, de petits vers de huit syllabes, suf/isent pour que Ie démon, après avoir élé repoussé par Adam, réussisse à séduire tve, et pour que celle-ci à son tour ait raison d'Adam.
Malgré cette rapidité excessive de I'action, malgré I'exiguïté du délai accordé aux acteurs pour changer de sentiments, iI faut convenir que leur psychologie donne une impression très forte de vérité; et c'est avec beaucoup d'esprit qu'est conduite la conversation du Malin et d'tve : lui, commençant par dénigrer la rudesse et la grossièreté d'Adam, puis plaignantla femme, créature si charmante, si tendre, si fraîche, d'être soumise à ce rustre, - elle, prenant d'abord sa défense, puis faiblissant peu à peu et se laissant persuader à la /in. A Pâques, la célébration de la Résurrection donnait égalementlieu à une mise en scène pour laquelle ont été composés des livrets, d'abord en latin, puis en langue vulgaire, et I'on a conservé, datant des premières années du Xlll é siècle, Ie début d'une Résurreclion du Sauveur écrite, comme Ie Jeu Adam, en dialecte anglo-normand, Les drames issus des fêtes de Noël et des fêtes de Pâques constituentle genre liUéraire des mystères : ce nom n'est aUesté d'ailleurs qu'au XIVI' siècle.
Le cuhe des saints a donné naissance, lui aussi, à des spectaclesoù cf'rtains épisodes de leurs légendes étaient mis en action et qu'on donnait habituellement aux vigiles de leur fête, Les plus anciennes pièces de ce type qui nous soient parvenues sont consacrées à saint Nicolas, patron des écoliers : elles sont pour la plupart en latin rythmique; mais on en possède au moins une en français, qui fut écrite, à la /in du XJIC siècle, par Jean Bodel.
C'estle Jeu de saint Nicolas. Une armée chrétienne a été exterminée par les Sarrasins : un survivant de la défaite est en train de prier devant une statueUe de saint Nicolas, quand il est fait prisonnier. II est conduit devant I'émir, qui lïnterroge, I1lui apprend que Ie saint est très puissant. Pour éprouver la vérité de ses dires, I'émir place la statueUe dans son trésor et en retire les gardiens; on verra bien si Ie saint est capable de Ie protéger: Ie lendemain, des larrons ont enlevé Ie trésor, et Ie chrétien va être mis à mort par I'émir. Mais saint Nicolas apparaÎt aux voleurs, les remplit de crainte et de repentir : ils remeUent Ie trésor en place; et à la vue de ce miracle les Sarrasins se convertissent en foule. Comme dans Ie Jeu Adam, les événements vont d'un train précipité. L'auteur ne sait pas ou ne veut pas employer I'expédient de la narration, qui permet de ne retenir sur Ie théâtre que les scènes essentielles : Ie spectateur voit tout, iI voÏl trop. Le drame néanmoins a de très belles scènes : c'est un tableau justement réputé que celui des chrétiens arrivant sur Ie champ de bataille et faisant serment de bien mourir : f1 Sainz Sepulcres, aïe ! Seignor, or del bien faire! Sarrazin et païen vienent por nos forfaire; Vez les armes reluire : toz Ii CUers m'en esclaire! Or Ie faisons si bien que no' proece i paire"!..)) 'notre. happaraisse,
Et quelle élévation dans les paroles du plus jeune de ces chevaliers, tout récemment adoubé :
f1 Seignor, se je sui juenes, ne m' aiez en despit ! On a veü sovent grant cuer en cors petit! ))
Au reste, dans Ie raccourci trépidant de la pièce, on voit lecomique se mêler d'une façon assez brusque au sublime. En contraste avec les scènes épiques, on en rencontre d'autres d'un caractère plaisant et presque trivial: des scènes de taverne, où un courrier royal s'attarde à boire et à jouer aux dés; des scènes de dispute, où les voleursdu trésor règlent leurs affaires, entre les pots etla trique à la main, dans un langage mêlé d'argot. Ce mélange du tragique et du comique est curieux et pose une question dont il va falloir dire quelques mots.