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LE ROMAN DE LA ROSE. - Col!oque de Jalousie et de Honte (Bib!. Sa:nte- Geneviève, ms, franç. "26).
muraille. Parmi les ornements dont elle se chargeait, on distinguait les hgures de dix personnages affreux : Haine, flanquée de Félonie et de Vilanie; Convoitise aux mains crochues et, à ses côtés, Avarice, pâle, hâve et sordide; Envie, au mauvais regard; Tristesse, échevelée, Ie visage sombre et trempé de larmes; Vieillesse, chenue, édentée, radoteuse; Papelardie, d'aspect humble et doux, mais ouvrière de méchante besogne: Pauvreté enhn, honteuse et tapie dans un coin, Derrière Ie mur s'étendait un verger, bruissant du gazouillis des oiseaux, qui chantaient Les dances d'Amors et les notes Plaisanz, cortoises et mignotes.
Pris du désir d'y pénétrer. Ie jeune homme frappe à une porte. U ne jeune hlle, couronnée d'orfroi et de roses, qui tient un miroir à la main et dont I'unique souci est celui de ses atours, vient lui ouvrir : elle s'appelle Oiseuse. Elle lui apprend que Ie jardin appartient à Déduit (Ie Plaisir) et consent à Ie conduire auprès du maître. Sur sa route iI en tend Ie concert des rossignols, des roitelets, des tourterelles, des chardonnerets, des alouettes, des merles, des mauviettes :
Lais d'amors et sonez cortois Chantoient en lor serventois, Li un en haut, Ii autre en bas.
A Émerveillé, Ie visiteur arrive bientôt auprès de Déduit. Leece (la Joie) menait en maÎtresse de ballet consommée une carole à laquelle Courtoisie Ie convie aussitôt; et là, mêlé aux danseurs, il peut contempler à son aise I'air et la façon de chacun : Déduit, damoiseau blond et frais, coiffé d'un chapeau de roses, et tenant par la main Leece, dont les yeux rient toujours: puis Ie dieu d'Amour en personne, dans sa robe délicate de fleurs, tout enveloppé d'oiseaux, et qui conduit Beauté, tandis que Doux Regard veille sur ses arcs et sur ses flèches : puis Richesse, honorée de tous, en habits magnihques et ruisselante de pierreries ; puis Largesse, descendantc d'Alexandre, que mène à la carole un chevalier du lignage d'Artur de Bretagne; puis Franchise, et Courtoisie, et Oiseuse, et J eunesse, Après la danse, Guillaume continue sa visite du verger. Les arbres de tous pays, de toutes essences, s'y pressent à profusion; arbres des contrées lointaines, grenadiers, muscadiers, dattiers, gérofliers, callneliers; arbres de France, chargés de fruits, Chastaignes, noiz, pomes et poires, Nesßes, prunes blanches et noires, Cerises fresches, vermeil/ettes, Cormes, alises et noisettes.
D'autres, lauriers, pins, oliviers, cyprès, ormeaux, offrent I'asile de leur ombre aux chevreuils, aux lapins, aux écureuils. Or, parmi les fleurs, sous un pin, luit une fontaine merveilleuse, taillée dans Ie marbre : une inscription dit que dans ses ondes mourut Narcisse, et Ie
souvenir de cette aventure inquiète un instant Guillaume; mats il hnit par s'approcher, Au fond des eaux, iI découvre deux blocs de cristal, où se reflète Ie jardin tout entier : c'est Ie miroir périlleux, celui qui perdit Narcisse, et qui a pour vertu de faire aimer ce qu 'on yaperçoit. Guillaume, en se penchant, voit des rosiers, et subitement il est pris du désir de cueillir un bouton de rose, qu'entre tous les autres iI a distingué. II tend la main, se pique aux chardons, aux ronces, aux orties, et juste à ce moment Ie dieu d'Amour, qui Ie suivaitet I'épiaitdepuisqu'il avait quitté la carole, lui décoche, de I'un de ses deux arcs,les cinq flèches qui font aimer : d'abord Beauté, Simplesse et Courtoisie, qui renforcent Ie jeune homme dans son désir; puis, tandis qu'il s'attarde auprès de la Aeur, Compagnie et Beau Semblant, dont la blessure se mêle de douleur et de douceur.
Dès cet instant, Guillaume, vaincu, se met à la discrétion du dieu, qui lui fait la faveur d'accepter son baiser d'hommage, mais qui n'en place pas moins rigoureusement son cceur sous clef, comme sa propriété surée, et qui dicte ensuite ses commandements à son nouvel homme lige. I1lui explique quelles règles iI devra suivre désormais dans son service: fuir vilenie; savoir se taire et, sur ce point, prendre JX>ur modèle non pas la médisance de Keu, Ie sénéchal d'Artur, mais la courtoisie de Gauvain; saluer les gens dans la rue avec beaucoup d'exactitude; éviter les mots malsonnants; honorer les femmes; ne pas être orgueilleux; se montrer II cointe II et élégant, porter des vêtements bien taillés, des chamsures si étroites que ce soit problème pour un vilain de savoir comment on peut les mettre et les quitter, et, à la saison, un chapeau de roses: soigner ses ongles et ses dents, coudre ses manches, veiller à sa coiffure, - toutefois ne pas se farder à la façon des mignons: se tenir en joie et II envoiseüre )), grâce à ces talents d'agrément, I'art de monter à cheval, de faire des armes, de chanter, de vieller. de Aûter, de danser ; être large et généreux; penser toujours à I'amour et s'y donner de tout son cceur. Malgré tous ces soins, explique encore Ie dieu d'Amour, des épreuves multiples attendent I'amant: rêveries, peine à supporter I'absence, soupirs, impatiences, brûlures du cceur, timidité qui arrête I'aveu sur les lèvres, longues stations devant la demeure de la dame, angoisse lorsqu'on la rencontre, dépit de n'avoir pas su dire sa pensée, insomnies, illusions cruelles des songes, débats intérieurs, levers matinaux, tourments qui amaigrissent Ie corps et fatiguent Ie visage, Mais en ce rude service I'amant trouvera aussi des occasions de réconfort : il rencontrera I'aide d'Espérance, celie de Doux Penser, qui lui remettra devant les yeux I'image aimée; celie de Doux Parler, qui enseigne la douceur des conhdences faites à un ami également peiné d'amour; celie de Doux Regard enhn. Laissé seul par Ie dieu d'Amour, Guillaume n'a plus en tête que d'approcher la Rose, quand se présente à lui un jeune hom me de
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LE ROMAN DE LA ROSE. - Peur et Honte donnent l"alerte à Dang'er (Bib!. Sainte-Geneviève, ms. franç, 1126),
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