‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 98 sur 402 · LE RO:YIA \. DE LA ROSE · texte numérisé non relu

LE RO:YIA \. DE LA ROSE

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LE ROMAN DE LA ROSE. - Les vio!ences du ]aloux (Bib!. Sainte-Geneviève. ms. franç. 1126).

reste, homme du monde, connaissant bien les lettres françaises, et particulièrement familier avec la poésie courtoise. 11 avait entrepris son roman, dit-il au début, pour plaire à sa dame, et au cours de son récit il rappelle cette intention, confessant qu'il espère d'elle sa récompense, Mais il est clair qu'en lui l'amant s'efface derrière l'homme de lettres et que son principal dessein a été d'écrire un savant Art d'aimer, Ce dessein était nouveau, mais non point tant qu'ille prétend, et son livre a plus d'une obligation à la littérature antérieure. En effet, une foule d'écrivains avant lui avaient recouru à la fiction du Songe. Ce procédé avait été employé par Fulgence,à l'imitation du Songe de Scipion, pour expliquer son excursion au pays des dieux; et à partir des Dialogues du pape Grégoire, il était devenu Ie moyen classique d'introduire des descriptions de l' autre monde. Tout un genre littéraire avait ainsi pris naissance: visions du Northumbrien, dans l' H istoire ecclésiastique de Bède; visions de Wettin, recueillies par l'abbé Hatton et mises en vers par Wahlafrid Strabon (Ie plus ancien et Ie plus complet prototype de la Divine Comédie); vision de Bernold, rapportée par Hincmar; vision d'Andrade. Au xn C siècle. Ie procédé restait toujours en honneur, comme en témoigne, entre tant de poèmes, l'Apocalypse de Hugues Ie Primat. T ous les textes que nous venons d'énumérer sont en latin; mais fréquents aussi sont les écrits français qui racontent des visions: c'est Ie cas des diverses traductions de la vision d'Owen relative au II purgatoire de saint Patrice)), et aussi du Songe d' enfer, de la V oie de Paradis. De même, l'emploi de la personnification et celui de l'allégorie étaient, au temps de Guillaume de Lorris, une mode très répandue et qui venait de loin.

La personnification, dont on trouve des exemples remarquables dans \' Énéide de Virgile et dans les Métamorphoses d'Apulée, Reurit dans la Psychomachie de Prudence et dans les Noces de Philologie et de Mercure de Martianus Capella, deux ouvrages qui out compté parmi les grandes autorités du moyen âge. Quant à l'allégorie, elle fait Ie fond du Physiologus, du poème De Phænice, attribué parfois à Lactance, et, depuis saint Hilaire et saint Ambroise, tous deux inHuencés par Philon Ie J uif, d' une foule de commentaires de la Bible. C'est sous l'empire de ce goût qu'ont été composées au xn C siècle trois ceuvres de haute importance, devenues célèbres aussitôt que nées: l'Archithrenius de Jean de Hanville, Ie De planctu Natura! et l'Anticlaudianus d'Alain de Lille, qui sont, so us une forme figurée, une critique de la corruption humaine au nom de la raison naturelle. Dans la littérature en langue française, la même disp:Jsition se manifeste, notable surtout chez deux auteurs: Raoul de Houdenc et Huon de Méry. Le premier de ces deux poètes, en son Roman des ailes, usant d'un symbole déjà employé par Ie prédic.ateur Pierre Ie Lombard, développe ce thème que la vertu plane sur les deux ailes de (( largesse)) et de (( courtoisie 1\; son roman du Songe

Jean de Meung ressemblait aussi peu que possible à son devancìer. Le moi ns qu 'on puisse dire, c 'est que, Guillaume de Lorris ayant été un artiste, il était, lui, un phiIosophe; et dans la mesure où Guillaume de Lorris avait une philosophie, celie de Jean de Meung en est exadement Ie contre-pied. Le premier, clerc enté de damoiseau, se présentait comme un mondain délicat, curieux d'élégance, comme un joli poète, aUentif aux proportions et styliste nuancé : I'autre n'a rien du petit-maître et n'est point I'ami de la frivolité; pour lui, la poésie est un jeu sérieux : elle n'a pas pour objet de divertir, mais d'instruire; e1le n'est pas une amusette, mais une occupation de sage. Quant à sa morale, e1le s'exerce dans un domaine autrement large que celie des beaux seigneurs de la société courtoise ; aux yeux de ce bourgeois, aimer n'est pas I'unique affaire, Aussi se demande-t-on comment a pu lui venir I'idée de continuer Guillaume de Lorris. Sa longue addition présente moin I'asped d'une suite que d'une réfutation. Sans doute n'a-t-il vu dans Ie poème glorieux de son devancier qu'un cadre favorable pour y placer ce qu'il avait à dire: il aura voulu proliter de cette gloire pour pousser dans Ie monde ses idées personnelles : de même, Ie Roman de Renard a servi de véhicule à la pensée des épigones phiIosophes et moralistes du Couronnement de Renard, de Renard Ie Contrefait et de Renard Ie Nouvel, Quand prend lin Ie récit de Guillaume, I'Amant ne semble pas loin d'en venir à ses lins et de cueillir la Rose: cependant il a fallu à Jean de Meung quelque dix-huit mille vers pour conduire son lecteur à ce dénoûmenL Renonçons à retrouver ici la belle ordonnance de la première partie: Jean de Meung marc he à I'aventure, revient sur ses pas et repart, et, sans se mettre en frais d'invention, sans se soucier des redites, emprunte ingénument au premier poète la matière de ses épisodes. C'est ainsi que d'abord, devant I'Amant désespéré de voir la Rose enfermée par Jalousie, réapparaÎt Raison, avec laquelle il a un colloque de près de trois mille vers. Après quoi, las des sermons de Raison, I'Amant va de nouveau trouver Ami, dont les conseils lui ramènent Doux Penser et Doux Parler; puis, s'étant engagé sur Ie chemin de T rop Donner, il se voit refuser I'entrée du verger par Richesse, dont il n'est pas I'ami. Alors reparaÎt Amour, qui reprend I'Amant sous son empire et, après lui avoir imposé la récitation de ses dix commandements en manière de pénitence pour sa conversation avec Raison, décide de mettre Ie siège devant la tour où est enfermé Bel AccueiI.

Le récit de ce siège, qui occupe un peu plus des dix mille derniers vers, constitue la partie véritablement nouvelle de l'intrigue. Mais, ici encore, Jean de Meung ne s'est pas fait scrupule de reprendre à Guillaume de Lorris l'idée de scènes entières, Amour convoque ses hommes et les harangue. II est déjà fort privé, leur explique-t-il, de n 'avoir plus ni Tibulle, ni Gallus, ni Catulle, ni Ovide : il s'agit aujourd hui de tirer Bel Accueil de sa prison et de sauver du même coup Guillaume de Lorris, son bon serviteur, qui doit meUre en écrit ses préceptes dans un roman que continuera plus tardJean de Meung. On répartit les missions: Faux SemLlant et Abstinence Contrainte lutteront contre Male Bouche: Courtoisie et Largesse contre la Vieille, geôlière de Bel Accueil; Delit et Bien Celer contre Honte; Hardement et Sûreté contre Peur; Franchise et Pitié co:Jtre Danger. Vénus n'assiste pas au conseil : elle n'est la déesse que du plaisir. Richesse s' est dérobée : mais Amour tirera vengeance de sa défection en rJlinant les riches qui tomberontsous sa main. Quant à Faux Semblant, Amour regrette un peu sa prése.nce, mais il ne peut se passer de son servICe.

On aUaque. Se présentant com me des pèlerins, Faux Semblant, vêtu en Jacobin, et Abstinence Contrainte, vêtueen béguine, vont saluer Male Bouche qui gardait I'une des portes et lui reprochent d'avoir médit de I'Amant : tandis que Male Bouche s'agenouille pour confesser son tort, Faux Semblant I'étrangle et lui coupe la langue, Puis, suivi de Largesse et de Courtoisie, les deux faux pèlerins pénètrent dans la place. lis gagnent la Vieille, qui fait agréer à Bel Accueil un chapeau de Aeurs et lui persuade de recevoir I'Amant, Celui-ci es!

introduit, à la faveur d'une absence de Jalousie; mais, sur sa tentative de s'emparer de la Rose, Bel Accueil se récrie, et, en une scène empruntée à la première partie du roman, Danger, puis Honte et Peur accourent, châtient Bel Accueil et

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