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Histoire lilléraire de la France^ tome XXIII, p

Le plus remarquable auteur de dits allégoriques moraux est fciudouiii de Condé qui nous a laisse environ quinze de ces petits poèmes (dits de la Rose, de la Mort, du Monde, de Gentillesse (noblesse), etc. Le dit des Trois Morts et des trois Vifs offre le même sujet que les arts ont représenté souvent au moyen âge; entre autres, Orcagna le peignit sur les murs du Campo Santo de Pise. Trois jeunes hommes, brillants de force et de santé, rencontrent trois cadavres, et s'arrêtent épouvantés; les trois morts parlent tour à tour, et leur disent la brièveté de la vie et la vanité des plaisirs.

Entre les ouvrages didactiques du xni® siècle, notons les Cast qiements. On appelait castoiements les poèmes d'enseignement moral; ce titre serait bien rendu par celui éCinstruction que portent plusieurs traités d'éducation. Le mot latin castigare, d'où nous avons tiré châtier et châtiment, qui est le même que casloiement, signifie en effet punir et rendre meilleur.

Citons parmi les ouvrages de ce genre le Casloiement d' un père à son fils, imité d'un traité latin de Pierre- Alphonse [Disciplina clericalis) qui lui-môme reproduisait un poème indien. C'est une série d'apologues à peine reliés entre eux, par lesquels l'auteur a voulu enseigner une sagesse toute pratique, toute d'expérience, assez semblable à cèîlrrque La Fontaine a enseignée dans ses Fables; l'œuvre abonde en détails piquants sur les mœurs et les usages du xin® siècle.

11 faut en rapprocher le Chastiement des Dames, de Robei^-deHBUûs, un protégé de Thibaut de Champagne. Robert de Blois, pour améliorer les dames, leur prodigue d'excellents conseils sur les matières les plus élevées comme sur les plus humbles; il leur recommande successivement la piété, la modestie, et de tenir leurs ongles très courts; car, c'est le plus sur moyen, dit le poète,

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pour qu'ils soient propres; et de ne ^)a8 s'essuyer la bouche à ia nappe après le repas.

^u mangier vos devés garder De meut rire, de moût parler; Se vos mangiés avoc autrui, Le plus bel morsel devant lui Tornés : n'aies pas eslisant Ne le plus bel ne le plus grant A vostre oes, n'est pas cortesie; Et ce dit on k'en glotonie Nus bon morsel ne mangera, Ou trop grans ou trop chaus sera :

Del trop gros se puet estrangler, Del trop chaut se puet eschauder.

Toutes les fois que vos bevés, Vostre bouche bien essués, Que li vins engraissiés ne soit, Qu'il desplaist moût celui qui boit.

Gardés que vos oes n'essués A celé fois que vos bevés A la nape ne vostre nés.

Car moût blasmée en serés.

En mangeant, vous devez garder — De beaucoup rire, de beaucoup parler; — Si vous mangez avec autrui, — Placez devant lui le plus beau morceau ; — N'allez pas clioisir — Le plus beau ni le plus grand — Pour votre usage, ce n'est pas courtoisie ; — Et, ce dit-on, en gloutonnerie. Nul ne mange bon morceau ; — Il sera trop grand ou trop chaud ; — Du plus gros on peut s'étrangler, — Du plus chaud on peut s'échauder. — Toutes les fois que vous buvez, — Essuyez bien votre bouche, — Que le vin ne soit pas mêlé à la graisse, — Chose fort déplaisante à qui boit. — Gardez-vous d'essuyer votre visage — Ou votre nez à la nappe — Lorsque vous voulez boire, — Car vous en seriez fort blâmée.

Voilà pour tous d'excellents conseils ; et ce n'étaient pas seulement les « Dames » qui pouvaient faire leur profit de ce petit livre, le plus ancien modèle de nos « manuels de civilité » .

(( Les enseignements moraux ne furent point les seuls qu'on eut la prétention de rimer; les trouvères, dont

l'ardeur eut bientôt épuisé tant de genres différents» s'exercèrent aussi dans presque toutes les variétés de celui que les Grecs avaient nommé didactique ^ n On rima des almanachs, des poèmes sur la chasse» sui' les échecs, sur la géographie. Hais le grand poème didactique du xiii^ siècle est V I mage d u Monde y dont le succès est con-*'* staté par le grandnôrnBrêltSS manuscrits. L'auteur est resté inconnu*; son œuvre est une encyclopédie, où se trouve condensé tout ce que son siècle savait ou croyait savoir sur toutes choses, et particulièrement sur la géographie et l'astronomie. U puise sa science en partie chez les anciens, en partie dans les écrits d'un théologien du siècle précédent. Honoré d'Autun.

5t. On appelait bestiaireSf au moyen âge» des poèmes consacrés à la description physique et morale des animaux, et même des végétaux et des minéraux; les descriptions de minéraux s'appelaient aussi lapidaires; celles des oiseaux, volucr aires; tous ces ouvrages renferment peu de science exacte, mais beaucoup de traditions fabuleuses, force allégories et leçons de morale ou de religion : l'esprit symbolique du temps s'y donne libre carrière. Partout l'observateur croit deviner un sens caché sous le phénomène apparent.

Les plus anciens bestiaires appartiennent au îii« siècle (celui de Philippe de Thaon, qui écrivait, vers 1120, pour la reine d'Angleterre, femme de Henri !«'; celui de Guillaume, clerc de Normandie, d'un demi-siècle plus récent).

Au xin« siècle, Richard de Furnivâl (mort vers 1260) écrivit le Bestiaire d\imow\ où il essaya de rajeunir le

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