‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 13 sur 114 · A pi*ésent on dit, conte et récite · texte numérisé non relu

A pi*ésent on dit, conte et récite

fut au fond, ses beaux pieds et ses belles mains, qui n'étaient pas accoutumés à être blessés, étaient brisés et écorchés, et le sang en jaillit bien en douze places ; et néanmoins elle ne sentit ni mal ni douleur pour la grande peur qu'elle avait ; et si elle avait été en peine pour entrer, encore fut-elle en plus grand'peine pour sortir.

Cependant à l'aide d'un pieu aiguisé, elle réussite sortir du fossé; mais autre péril! la forêt voisine est pleine de bêtes féroces; elle hésite avant de s'y jeter :

Or se cante Nicolete o le vis cler Fut montée le fossé, Si se prent a dementer, Et Jhesum a reclamer :

« Pères, roi de maïslé. Or ne sai quel part aler.

Se je vois u gaut ramé, Ja me mengeront li lé, Li lion et li sengler, Dont il i a grant plenté ; Et se j'atent le jor cler Que on me puist ci trover, Li fus sera alumés, Dont mes cors iert embrasés.

Mais, par Diu de maïsté, Encor aim jou mix assés Que me mengucent li lé, Li lion et li sengler.

Que je voisse en la cité ; Je n'irai mie.

(A présent on chante.) — Nicolette au clair visage — A gravi le fossé, — Elle se prend à se désespérer, — Et à invoquer Jésus : — Père, roi de majesté, — Maintenant ne sais-je de quel côté aller. — Si je vais au bois touffu, — Les loups m'y mangeront, — Les lions et les sangliers, — Dont il y a grand nombre ; — Et si j'attends le jour clair — Qu'on me puisse ici trouver, — Le feu sera allumé, — Dont mon corps sera embrasé. — Mais, par le Dieu de majesté, — Encore aimé-je mieux beaucoup — Que les loups me mangent, — Les lions et les sangliers, — Plutôt que d'aller en la cité; — Je n'irai pas.

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