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CHAPITRE IV Quatorziôme siècle

Dernières chansons de gestes.

K Le XIV® siècle, en France, âge malheureux et agité, ne fut pas une ère favorable à la poésie et aux lettres. C'est une époque de transition, où de grands changements se commencent ou se préparent dans les opinions humaines, dans la science, la politique et le gouvernement. Mais les écrits qu'elle voit se produire n'ont pas une très haute valeur httéraire, à l'exception des Chroniques de Froissart, l'une des plus belles œuvres que nous ait transmises le moyen âge.

Aucun genre nouveau n'est créé dans la littérature, et les genres déjà cultivés s'appauvrissent et s'épuisent. La langue elle-même, cette langue d'oïl, si bien conçue, si bien ordonnée, si ferme dans sa naïveté, si claire dans la liberté de sa syntaxe et de sa construction, cette langue qui avait suffi pendant trois siècles à l'expression d'une littérature vaste et variée, cçmmence à s'altérer au xiv^siècle. Elle oublie ou néglige ses propres règles (commes celles de la déclinaison à deux cas qui faisait sa principale originalité) ; et, en attendant qu'elle devienne le français moderne et acquière de nouvelles et éclatantes qualités, elle traverse une période de transition et de confusion gramnaaticale, qui pourrait s'appeler l'âge ingrat de notre langue.

Les contemporains eurent quelquefois le sentiment des défaillances de leur idiome : en tête d'un psautier en dia-

lectc lorrain le traducteur déplorait cette décadence du français pendant le xiv« siècle :

« Pour ceii quenulz ne tient en son parleir ne rigle cerlenne mesure ne raison, esl langue romance si ofiiTompue qu'a poinne li uns entent Taultre et a poinne pueton trouveir ajourd*îeu persone qui saiche escrire, canteir ne prononcieir en une meisme semblant menieire, mais escript, cante et prononce, li uns en une guise, et H aullre en une aultre*. »

Pour ce que nul ne tient en son parler ni règle certaine, mesure ni raison, la langue romane est si corrompue, qu'à peine l'un entend l'autre, et à peine peut-on trouver aujourd'hui personne qui sache écrire, chanter ni prononcer en une môme >et semblable manière , mnis on écrit, on chante, on prononce, l'un en une guise, et l'autre en «ne autre.

Ainsi la langue s'altère et se désorganise, mais en même temps, toutefois, elle s'enrichit, se développe, et par là, dans sa décadence même, elle semble se préparer aux hautes destinées qu'elle devait remplir plus tard. Le XIV® siècle est l'époque où les mots de formation dite savante commencent à entrer en foule dans notre vocabulaire. Nous reviendrons sur ce point en parlant, plus loin, des traducteurs.

»0. Mais l'accroissement du vocabulaire n'est pas toujours favorable à l'essor de la poésie. Le xiv« siècle est une époque peu poétique : il était inévitable et fatal qu'il vît mourir la chanson de gestes.

C'est d'ailleurs une loi constante qui régit tous les genres poétiques, en tous pays et à toute époque : on fait d*abord les œuvres par génie, on les fait ensuite par recette. La Chanson de Roland est une œuvre de génie. Les dernières chansons de gestes sont des œuvres de recette fastidieuses

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