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l'historien qu'au lettré. Môme il se trouve que le seul chef-d'œuvre écrit au xiv« siècle est une chronique.
Froissart est le plus grand historien du moyen âge. Lui seul en ce temps a possédé ce don rare de faire revivre une époque entière dans un tableau d'ensemble animé, pittoresque, où l'harmonie et l'unité naissent de& j contrastes mêmes. Tout le xiv« siècle est dans Froissart, avec ses vices et ses vertus, sa chevalerie batailleuse et ses communes soulevées, ses héroïques dévouements, ses trahisons, ses forfaits, ses fêtes, ses misères, sa galanterie, ses ridicules. Il ne s'occupe et ne se soucie que de la société aristocratique; mais il peint aussi les autres classes, comme en passant, et à propos de celle-là. L'infatigable chroniqueur a tout vu, tout retenu, tout raconté.
Né à Yalenciennes en |557, il n'avait pas vingt-cinq ans lorsqu'il se rendit pour la première fois en Angleterre et présenta à la reine Philippe de Hainaut, femme d'Edouard III, l'histoire des quatre années qui avaient suivi la bataille de Poitiers. Il fut historien presque avant T d'être homme fait. Alors commence sa vie voyageuse. 11 / visite l'Angleterre et l'Ecosse, la France, l'Italie, l'Allemagne, la Hollande ; partout, nouvel Hérodote, il observe, ] il interroge, il écoule ; il rédige, et son livre grossit sans / cesse. Le premier livre, le plus considérable, s'arrête en 531$ *" 1378; le second finit en 1385; le troisième en 1388; le t"^^' quatrième et dernier s'arrête à la dernière année du siècle. Changeant sans cesse de pays et de protecteurs,^ il est obligé de reprendre et de remanier plusieurs fois ses! chroniques pour les accommoder au goût de son dernierl maître ; il le fait sans scrupule, comme un voyageur errant \ qui n'a d'autre patrie que les lieux où il est bien accu eiUi.
Dans Imterwlte de ses pérégrinations, il était entré
dans les ordres; mais son caractère sacerdotal n'avait modifié ni ses goûts ni sa vie. La vieillesse seule put mettre un terme à sa curiosité vagabonde. Il revint en Flandre et se fixa à Chimay ; il y mourut en 1410, o u quelques années plus tard.
81. Toute sa vie avait été consacrée à cette œuvre unique; il écrit :
(( Ainsi ai-je rassemblé la haute et noble histoire et matière,... et tant comme je vivrai, par la grâce de Dieu, je la continuerai ; car comme plus y suis, et plus y laboure, et plus me plaist.»
S'il s'arrête quelques mois entre deux voyages, c'est à grand regret, presque avec confusion.
(( Point ne voulois estre oiseux ; car je savois bien que au temps a venir et quand je serai mort, sera celte haute et noble histoire en grand cours, et y prendront tous nobles et vaillans hommes plaisance et exemple de bien faire; et entrementres* que j*avois. Dieu merci, sens, mémoire et bonne souvenance de toutes choses passées, engin cjair et aigu pour concevoir tous les faits dont je pourois eslre informé touchans a ma principale matière, aage, cors et membres pour souffrir peine, me avisai que je ne voulois me séjourner* de non poursuivre ma matière, sans que j'envoyasse aucune autre personne en Heu de moi, pour savoir la vérité de lointaines besoignes. »
Le titre de Chronique attribué à l'œuvre est un peu trompeur; car l'ordre etl'exactitude ne sont pas les qualités maîtresses de Froissart; il ne se soucie guère de bien enchaîner les faits ; et la vie humaine est pour lui une comédie dans laquelle il ne cherche pas du tout l'unité d'action, mais seulement la continuité d'intérêt. Mais cet historien, rempli d'erreurs de détail, n'en est pas moins