‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 34 sur 114 · Peu s'en faut que · texte numérisé non relu

Peu s'en faut que

Ses poésies comprennent le Petit Testament et le Granu Testament; ces testaments, genre de poème dont Villon n'est pas l'inventeur, se composent d'une suite de legs, pour la plupart satiriques, faits par le poète à ses amis et à divers personnages. Mais ce n'est là qu'un cadre commode où Villon introduit librement, sans ordre, au hasard de sa fantaisie et de son inspiration, toutes sortes de réflexions personnelles sur tous sujets, grands ou petits, graves ou plaisants : sur la vie humaine, dont il a vu le néant ; sur la fuite des jours dont il a mesuré l'effrayante rapidité ; sur la mort inévitable où il voit que nous courons tous ; sur les hontes et les misères de sa propre vie, sur sa jeunesse perdue, sur la potence où il a touché, sur son avenir à jamais gâté. Triste ou gai, sévère ou railleur, insolent ou résigné, quelque accent qu'il prenne et quelque sentiment qu'il exprime, il est partout poète et grand poète, par la profondeur et la sincérité de l'émotion ressentie, par la vigueur et la précision du style. Il semble obscur quelquefois, à cause du grand nombre des allusions qu'il fait à des événements ou à des hommes peu connus de nous; mais il n'est jamais afTecté, ni pédant, ni emphatique. Sa vie fut méprisable, et son œuvre est profondément humaine et touchante; contraste rare et singulier, dont l'histoire des lettres n'offre peut-être pas un autre exemple aussi frappant. Ce poète, (e plus original et le plus personnel des poètes, a toutefois rendu avec une admirable éloquence les sentiments généraux qui inté-^ ressent tous les hommes; par exemple, qui a parlé de la mort avec une mélancolie plus poignante?

Je congnoys que pauvres et riches, Sages et folz, prebstres et laiz*,

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